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Pendant la crise du Covid-19, les Français fument davantage !

Depuis mercredi dernier, le 20 mai 2020, les cigarettes mentholées sont désormais interdites à la vente en France, comme partout dans l’Union européenne puisqu’il s’agit là de l’application d’une directive européenne de 2014.
Nous verrons dans les mois prochains si cette nouvelle interdiction frappant l’industrie du tabac reportera la consommation – qui représentait environ 8 % du marché en 2019 – vers les cigarettes classiques ou vers d’autres produits mentholés autorisés, comme la cigarette électronique ou le tabac chauffé.
En attendant, il s’avère que le confinement a plutôt incité les Français à fumer davantage. L’enquête publiée par Santé publique France il y a quelques jours montre que 27% des fumeurs déclarent avoir augmenté leur consommation de tabac depuis le confinement. Pour 54 %, elle est restée stable tandis que pour 19% elle a diminué.
Cette augmentation a-t-elle un lien avec les constatations d’une étude présentée dans Le Monde, qui révélait que le tabac pourrait protéger du coronavirus ? En Chine – avec toutes les précautions qui s’imposent concernant les chiffres en provenance de ce pays – la proportion de fumeurs parmi les malades du Covid-19 est de 12,6 %, contre 28 % parmi la population. En France, une étude menée par une équipe de la Pitié-Salpêtrière a montré que le taux de fumeurs parmi les patients infectés est d’environ 5 %. D’autres études semblent aller dans le même sens, et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) indique que 8,5 % des patients hospitalisés étaient fumeurs, alors que leur proportion dans la population est de 32 %.
Ces chiffres devront être confirmés dans le temps, et dans d’autres pays, avant que l’on puisse en tirer des conclusions définitives et s’assurer que l’on peut passer de la « constatation d’une association statistique valide entre des variables à un jugement de causalité », comme le soulignent le docteur Philippe Bizouarn et la philosophe Élodie Giroux.

Avec l’ennui et le stress, on fume plus

Les fumeurs interrogés par Santé publique France qui confessent l’augmentation de leur consommation n’avancent cependant pas cette raison. Non, c’est d’abord l’ennui et le manque d’activité (pour 74 %), puis le stress (48 %) qui expliquent l’envie de fumer davantage. Cela s’accorde avec la composition sociale des fumeurs. En France, ce sont les personnes les plus défavorisées qui fument le plus. Chez celles qui ont les revenus les plus faibles, la proportion de fumeurs est plus élevée de 54 % que chez celles qui ont les plus hauts revenus.
Si l’on considère la situation vis-à-vis de l’emploi, on remarque que la proportion de fumeurs est plus forte de 42,5 % chez les chômeurs que chez les personnes ayant un travail. Or le chômage et de faibles revenus peuvent être des causes d’ennui et de stress. Pour Patrick Peretti-Watel, chercheur à l’INSERM, le tabac est « l’anxiolytique du pauvre ».
Augmenter les taxes sur le tabac, comme l’a fait une nouvelle fois le gouvernement début mars, en portant le paquet de cigarettes à dix euros, pénalise donc d’abord les moins favorisés. Pour quelqu’un qui fume un paquet par jour, ce « vice » coûte désormais 300 euros par mois, soit environ 25 % du smic net.

Baisse du marché noir

Si seulement 27 % des fumeurs consomment davantage, s’ils ont fumé 5 cigarettes en plus par jour (soit + 38 % environ), la consommation totale ne devrait avoir augmenté que de 10 % environ. Comment alors expliquer que les ventes de cigarettes aient progressé de près de 30% au mois d’avril ?
Car, c’est ce qu’a constaté Philippe Coy, président de la Confédération nationale des buralistes. L’administration des Douanes l’a confirmé : en avril 2020 les ventes quotidiennes de tabac ont progressé de 29,5 % en volume par rapport au mois de mars.
Pour Bernard Gasc, président de la Chambre syndicale des buralistes de la région parisienne, qui s’exprimait sur RTL, « tout cela montre bien qu’en fin de compte, on dit qu’il y a moins de fumeurs, non il n’y a pas moins de fumeurs. Il y a exactement le même nombre de consommateurs mais nous avons des clients qui vont acheter sur d’autres réseaux ».
Les ventes de tabac auraient donc augmenté surtout parce les fumeurs qui s’approvisionnaient sur les marchés parallèles ont été contraints, du fait du confinement, d’acheter leurs cigarettes dans les bureaux de tabac. Les achats sous le manteau et à l’étranger n’ont pu avoir lieu comme d’habitude.
D’ailleurs, depuis la sortie du confinement, le 11 mai dernier, le commerce de tabac reprend petit à petit son cours normal. Ainsi Pascal Brie, président des buralistes de l’Aube, confie que ses clients sont retournés s’approvisionner au Luxembourg « en dépit de l’interdiction de passer les frontières pour un motif autre que professionnel ou familial ». Il est formel : en une semaine, ses ventes ont baissé de 30 % alors qu’il avait enregistré une hausse de 35 % pendant le confinement.
Ce dévoilement non voulu du marché parallèle –marché noir stricto sensu et achats transfrontaliers – confirme les estimations faites par KPMG en 2018 qui l’évaluait à 28,4 % de la consommation française, soit 15,8 milliards de cigarettes.
Ce qui fait de la France le plus grand marché illégal, en volume, de l’Union européenne, avec tous les dangers que cela représente en termes d’insécurité (braquage des bureaux de tabac et des camions transportant la marchandise, financement des mafias et du terrorisme) et de danger pour la santé des consommateurs (éventuels produits frelatés).
Si toutes les cigarettes consommées en France étaient achetées dans le réseau légal des bureaux de tabac, l’État percevrait 4,8 milliards d’euros de recettes supplémentaires.
Une baisse des taxes sur le tabac ne réduirait-elle pas le marché parallèle – et ses inconvénients – tout en améliorant la situation financière des plus démunis, qui sont aussi les plus gros fumeurs ? Et cela sans obérer les finances publiques ?
Ce n’est malheureusement pas la piste suivie par le gouvernement qui a prévu une nouvelle hausse de 40 centimes d’euros du paquet de cigarettes en novembre 2020. Réduira-t-elle le nombre de fumeurs ? Rien n’est moins sûr alors qu’une crise économique de grande ampleur se profile avec son lot de chômeurs supplémentaires et, par conséquent, de fumeurs en puissance.

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