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La Parole enchaînée

par Nicolas Lecaussin

Connaissez-vous Greta Thunberg ? Sûrement, vu ses compétences sans limites. Après avoir donné des conseils sur CNN concernant le coronavirus, elle somme le vice-président de l’Union européenne de réformer la politique agricole commune. Connaissez-vous Joshua Wong ? Pas si sûr…
Avec le coronavirus, la Chine a bien montré son vrai visage de dictature communiste. La molle réaction des démocraties (seuls les dirigeants américain et anglais l’ont montrée du doigt) l’a confortée dans sa politique de répression à Hong Kong. Ces derniers jours, le régime de Pékin veut imposer une nouvelle loi qui porterait encore plus atteinte à l’autonomie de cette région spéciale. Intitulée «loi sur la sécurité nationale», elle pourrait permettre aux autorité chinoises de condamner les manifestants pro-démocratie à de lourdes peines de prison. Parmi ces manifestants figure le jeune Joshua Wong qui vient de publier en France ce livre qui est en fait son journal de prison. Né en 1996, un an avant le rattachement de Hong Kong à la Chine, élevé dans une famille chrétienne, Wong a commencé à s’intéresser à la politique dès l’âge de 12 ans. A 14 ans, il participait déjà aux premières manifestations contre la dictature de Pékin. En août 2017, à 20 ans donc encore mineur (à Honk Kong, la majorité est à 21 ans), il est condamné à 6 mois de prison pour sa participation au «mouvement des parapluies», symbole d’un peuple qui veut garder son autonomie et ses libertés.
Wong est l’un des premiers et des plus jeunes) prisonniers politiques (matricule: 4030XX) qu’on ait jamais connu à Hong Kong. Ses activités de dissident démarrent en 2011 lorsqu’il crée le mouvement «Scholarism» en réaction à la volonté du gouvernement d’introduire un nouveau programme scolaire qui comprendrait une matière obligatoire appelée «éducation morale et nationale» dont le but était en réalité d’inculquer aux jeunes hongkongais les «idéaux du communisme». La maturité et l’intelligence politiques du jeune Wong sont impressionnantes. Il comprend très vite les astuces du Parti communiste chinois qui veut façonner la nouvelle génération de jeunes selon le moule idéologique marxiste. S’y opposer devient pour lui un devoir de lycéen ! Cela va jusqu’à une grève de la faim avec d’autres jeunes, qui incitera des dizaines de milliers de personnes à sortir manifester dans les rues.
En 2013, il proteste contre le système de nomination des candidats aux élections que Pékin veut contrôler en imposant une «pré-sélection». Avec d’autres jeunes comme lui, Agnès Chow par exemple, il organise de grandes manifestations en faveur des candidats indépendants issus de la société civile. La police intervient avec brutalité et il se fait arrêter une première fois. Mais la victoire démocratique est acquise. En 2016, il est l’un des créateurs d’un parti politique de la jeunesse, Demosisto, mot-valise qui combine le terme grec demos (peuple) et le terme latin sisto (se tenir debout) qui parvient même à faire gagner un candidat lors des élections législatives. Mais la dictature communiste utilise les ficelles idéologiques pour le faire tomber en l’accusant de vouloir l’indépendance de Hong Kong, ce qui n’était pas du tout dans son programme. Le ministère de la Justice ajoute l’accusation de «rassemblement illégal» lors du mouvement des parapluies trois ans auparavant. Plusieurs jeunes, parmi lesquels Joshua Wong, sont condamnés à de la prison ferme.
Libéré après 68 jours, Wong est un symbole de la résistance à la dictature. Sa mise en garde contre Xi Jinping à la fin du livre est d’autant plus lucide et visionnaire qu’elle a été écrite avant la crise du coronavirus. Si l’information était bien faite, on devrait connaître Joshua Wong beaucoup plus et beaucoup mieux que Greta Thunberg. Ce serait aussi beaucoup plus sérieux.
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