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L’AFP, une course à la compétitivité entravée par un fonctionnement « à la française »

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L’Agence-France-Presse (AFP), forme avec Reuters et Associated Press (AP) le trio de tête mondial dans son domaine. Une place importante qui mériterait bien des éloges. Malheureusement, son développement est freiné par des modes de gouvernance peu flexibles et peu adaptés aux exigences actuelles.

Le statut de l’AFP, frein à son développement

L’AFP n’est ni une coopérative de presse, comme l’américain Associated Press, ni la filiale d’un groupe commercial comme l’anglais Reuters. Son statut a été adopté par le Parlement à l’unanimité en 1957, après dix ans de discussion. Il garantit son indépendance et sa qualité par l’interdiction de recourir à des capitaux privés. Son domaine d’action se limite presque exclusivement à la distribution d’informations en France et à l’étranger. Elle n’a pas de fonds propres et, parce qu’elle doit fournir un budget à l’équilibre tous les ans, Francis Morel, président du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), affirmait en 2010 lors d’une table ronde sur l’avenir de l’AFP que l’investissement et le développement de projets à long terme lui sont impossibles.

Associated Press, homologue américain aux 1 500 membres, tire l’essentiel de ses revenus de l’actualité fournie aux médias américains. Son activité étrangère est secondaire financièrement et peut être poursuivie à perte. L’agence Reuters, elle, a proposé à peu près les mêmes services que l’AFP jusque dans les années 70, où elle a commencé à perdre de l’argent. Son directeur général a pris acte de déficits de fonctionnement perpétuels et Reuters est devenue un instrument des marchés financiers qui collectait et distribuait de l’information financière, développant des outils pour moderniser, faciliter et accélérer les transactions. Aujourd’hui, l’information générale des médias représente une part très mineure de son chiffre d’affaires.

Des charges trop élevées pour un déficit structurel

Si l’on excepte les années 2020 et 2021, la trésorerie donne depuis vingt ans des cheveux blancs aux dirigeants de l’AFP. Les divers confinements ont annulé un certain nombre d’événements sportifs, culturels ou d’entreprises, et réduit d’autant l’activité de l’agence, c’est-à-dire ses recettes, mais aussi ses charges d’exploitation. En 2021, le regain d’activité lui a permis d’afficher des résultats particulièrement florissants, avec un chiffre d’affaires de 309,5 millions d’euros. Mais avant la crise sanitaire, il était inférieur à 300 millions d’euros. Avec ses 1 500 journalistes produisant cinq mille dépêches par jour, soit trois par contributeur en moyenne, la masse salariale de l’AFP représente aujourd’hui les trois quarts de ses dépenses d’exploitation, principalement à cause de ses effectifs à l’étranger, soit plus de la moitié du personnel. Ses charges se sont alourdies de 2,4% chaque année de 2014 à 2016 tandis que les produits, eux, n’augmentaient que d’1,2%.

L’agence affichait donc un résultat net négatif de 5 millions en 2016 contre 4,8 en 2017. A la fin de cette dernière année, sa dette à long terme était de 50 millions, en hausse depuis quatre ans. Elle est contractée auprès de l’Etat, contrairement à celle, à court terme, de trente millions à ce moment, qui concerne les découverts accumulés. De 2015 à 2017, les résultats de l’AFP n’ont pas cessé de chuter, passant de 172,9 millions à 168,2. Pour sauver ce « joyau », comme certains de ses dirigeants aiment à l’appeler, les subventions, joliment nommées « compensation pour activités d’intérêt général », augmentaient, ainsi que le montre le graphique ci-dessous. Emmanuel Hoog, PDG du joyau en question jusqu’en avril 2018, demandait même soixante millions supplémentaires sur cinq ans, requête que son successeur Fabrice Fries n’a pas renouvelée.

En 2019, le projet de loi de finances précisait que la Cour des comptes s’inquiétait « de l’absence d’une réelle vision stratégique sur l’avenir de l’AFP ». A juste titre : les défis de demain risquent d’être bien difficiles à relever, tant est sombre l’aveuglement des principaux acteurs du développement de l’agence. A les entendre, elle serait non seulement un joyau ou « une belle maison », mais aussi un « fleuron » et même de la « dentelle fine ». Son activité serait par essence non rentable, et il n’y aurait « pas d’actionnariat stable et pérenne autre que l’Etat ». Des visions typiquement françaises qui peinent à admettre que les seuls véritables joyaux dont ce dernier devrait d’abord s’occuper se situent à un autre niveau, celui de la justice et de la sécurité.

Enfin, selon la Cour des comptes, la gestion financière de l’AFP laisse à désirer. Ses rapports concernant l’agence sont classés confidentiels car couverts par le secret des affaires. En effet, l’organisme opère sur le secteur concurrentiel, ce qui interdit à la Cour de diffuser des données sensibles qui pourraient intéresser les autres acteurs de cette activité. Néanmoins, en 2018, Challenges avait accédé à certains points de l’un de ces rapports. La Cour déplorait  le mode de gouvernance « hérité du passé » de l’AFP, un manque d’outils analytiques, un coût élevé de l’informatique et surtout une dérive dans la gestion du personnel avec des « rémunérations moyennes globalement très élevées ». Quelques économies de coûts et de charges permettraient probablement à l’agence de ne plus être en déficit, et avec un effort de gestion supplémentaire, elle pourrait investir et développer son modèle pour être réellement compétitive.

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2 commentaires

Obeguyx 8 juin 2022 - 9:25

L’AFP est avant tout un organisme de censure et rien d’autres. Cela explique les salaires élevés et l’impossibilité de faire bouger le « bidule ».

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Andy Vaujambon 8 juin 2022 - 4:52

Mais puisqu’on vous dit que c’est un joyau !

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