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Législatives : la lente agonie des Républicains

par Morgane Afif
Désillusion, le 11 avril, avec les 4,78% de Valérie Pécresse au premier tour du scrutin. La candidate malheureuse offrait à son parti le plus faible score de son histoire à la présidentielle. Cette défaite amère confirmera-t-elle le déclin des Républicains aux prochaines législatives ?

« Rester la première force d’opposition parlementaire » : noble ambition de Christian Jacob pour les Républicains. Noble… mais peu vraisemblable. Le président du parti reste ferme en annonçant « un rebond pour les Républicains lors de ces élections législatives » ; propos que Roger Karoutchi, vice-président LR du Sénat, mesure en constatant lucidement sur le plateau de la matinale de Public Sénat que si « quand vous faites 4,78, vous êtes en position de faiblesse […] on n’est pas à vendre ». Dans le contexte particulier de la présidentielle où les Français ont décidé, non pas de ce que serait la politique du pays pour les cinq années à venir, mais de ce qu’elle ne serait pas, les législatives apparaissent comme le seul moyen d’opposition à une toute-puissance de la Macronie dont l’ombre envahit le paysage politique. L’opposition espère donc parvenir à soutirer quelques-uns des 267 sièges LREM pour que la majorité présidentielle ne parvienne pas à s’installer sur les 289 sièges nécessaires à la majorité absolue. « Si le président de la République n’a pas de majorité, explique Roger Karoutchi, il y aura une cohabitation. […] Si nous sommes le principal groupe d’opposition en préservant une centaine de sièges, il y aura une discussion sur le projet mis en place pour le pays ».

Sauvegarder la famille

Pour « sauvegarder la famille » et éviter la dissolution dans les limbes obscurs de la politique et le sort malheureux du PS qui n’obtenait, en 2017, qu’une petite trentaine de sièges à l’Assemblée nationale, une solution s’esquisse : rejoindre le camp de la majorité présidentielle. Là, les avis divergent entre les partisans d’un ralliement aux listes de Renaissance (ex-LREM) et ceux qui rejettent toute assimilation. Pourtant, constate Roger Karoutchi face à Oriane Mancini sur le plateau de Public Sénat, « pour qu’il y ait un pacte, il faut être deux. Or, je n’ai pas entendu le président de la République dire : ‘‘je souhaite travailler avec les Républicains’’ ». « Il n’y a pas de double appartenance, on ne peut pas être LR et LREM » martèle à son tour Christian Jacob.

Alors que Les Républicains faisaient élire  112 députés en 2017, les projections espèrent pour cette année tout au plus une cinquantaine de sièges. Aurélien Pradié, candidat LR à sa réélection dans le Lot, voit dans l’ancrage territorial la seule réponse au maintien du parti : « C’est aux habitants du territoire que je veux parler, pas aux appareils politiques, pas aux partis politiques » expliquait-t-il au micro de France Bleu début mai. Cette année, ils seront 543 candidats investis par le parti.

Renoncements et trahisons

Jean-François Copé défend quant à lui une proposition — plus si minoritaire — de ralliement à la majorité présidentielle. Le but ? « Peser » sur les décisions du gouvernement : point d’opportunisme ici… bien sûr. L’ancien président de l’UMP se défend toutefois d’une « fusion », mais plaide en faveur d’une coopération, comme les sarkozystes qui poussent le vice encore plus loin. Philippe Juvin, maire LR de La Garenne-Colombes et Jean Rottner, président de la région Grand Est plaident, eux, en faveur d’un ralliement à Renaissance. « Je suis personnellement engagé pour que le quinquennat d’Emmanuel Macron réussisse » affirme à ce propos Guillaume Larrivé, député LR de l’Yonne. Daniel Fasquelle, trésorier LR, fait à son tour les yeux doux au président, depuis, déjà, la campagne présidentielle : le maire du Touquet voyait sur le long terme. Robin Reda, lui, n’a pris qu’une longueur d’avance en changeant d’étiquette pour rejoindre Renaissance. Le départ du député LR sortant, ancien proche de Valérie Pécresse élu maire de Juvisy en 2014 à tout juste 22 ans, est perçu comme une trahison par ses anciens frères d’armes.

Certains n’ont pas hésité longtemps avant de suivre son exemple et passer du côté de la majorité présidentielle. Cee fut le cas pour Marine Brenier (5e circonscription des Alpes-Maritimes), Constance Le Grip (6e circonscription des Hauts-de-Seine) et Jean-Carles Grelier (5e circonscription de la Sarthe). Sans rejoindre Renaissance, d’autres ont tout simplement renoncé à leur candidature, comme Soizic Perrault (3e circonscription du Morbihan) et Nicolas Florian (1re circonscription de la Gironde). Aucun, en revanche, n’a rejoint les rangs du Rassemblement National : nombreux sont ceux qui s’indignent contre la droite restée à droite. « Le point de non-retour pour moi a été la prise de position de la direction des Républicains qui, entre les deux tours de la présidentielle, n’ont pas voulu choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen » expliquait Laura Cinieri, qui a renoncé à sa candidature LR aux législatives. La droitisation de la droite dérange… la droite.

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