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Les nouvelles figures de la droite portent un projet libéral-conservateur

par François Turenne
La défaite cinglante du parti Les Républicains à la présidentielle est certainement représentative d’un manque d’idées, de projets et de convictions. Si le programme de Valérie Pécresse comportait quelques bonnes propositions, il manquait d’une ossature claire et d’une vision forte pour la France. Le programme de Fillon en 2017 était précis, il portait une volonté réformatrice très prononcée, la libéralisation de l’économie et la réduction du poids de l’Etat. Les Républicains sont dos au mur : soit ils adoptent une nouvelle ligne libéral-conservatrice à même de les distinguer à la fois de Macron et de l’extrême-droite, soit ils disparaissent. Les élections législatives à venir donneront le « la » des prochaines années.

En parallèle du calendrier électoral, une échéance non moins importante approche avec l’élection du nouveau chef du parti. Christian Jacob, homme de consensus, ne se distinguait pas vraiment par une ligne idéologique affirmée. On retiendra surtout de lui son incapacité à décider du mode d’élection du candidat LR pour la présidentielle, mais il s’est battu pour limiter les départs chez Macron et pour marquer une ligne indépendante. Il n’en demeure pas moins que la droite doit se trouver un chef capable de soutenir un projet de rupture et d’apporter des idées neuves au débat public, où l’idéologie socialiste bénéficie d’une trop grande couverture.

Les candidats déclarés ou supposés sont déjà nombreux. Quelques-uns ont retenu notre attention : Bruno Retailleau, Éric Ciotti, Julien Aubert et David Lisnard. Les quatre ont un point commun, ils défendent clairement le retour d’un Etat fort sur les questions régaliennes, la mise en ordre des comptes publics et des libertés accrues pour les acteurs économiques. Ils revendiquent aussi une certaine filiation avec François Fillon et ont le mérite d’assumer leurs idées.

Éric Ciotti, une candidature pour une droite forte

Le plus connu est certainement Éric Ciotti qui, lors des débats au congrès Les Républicains, avait fait montre d’une vision libérale de l’économie. Il avait notamment proposé la suppression des droits de succession, la création d’une flat tax sur le revenu et la suppression des 35 heures. Sur les questions régaliennes, il avait assumé une vision dure sur les questions migratoires et de justice. Ses idées marquaient une véritable rupture avec les propositions du parti depuis cinq ans et apportaient un vent de renouveau dans le débat public. Même s’il n’a pas suffisamment séduit les militants pour remporter le congrès, il a gagné en influence. Pour renouveler la droite, il a un profil intéressant mais clivant, qui pourrait dissuader les militants de voter pour lui. Peut-être aussi manque-t-il un peu de charisme.

Bruno Retailleau, un profil rassurant

Sénateur de Vendée, président du groupe LR au Sénat et ancien bras droit de François Fillon, Bruno Retailleau est déjà un vieux briscard au sein du parti. Il avait pensé se présenter au congrès Les Républicains mais avait fini par se désister de peur de griller son capital politique. En mai 2021, il avait répondu à quelques questions dans nos colonnes. Il formulait un certain nombre d’idées fortes, comme la baisse des impôts de succession et la baisse massive des impôts de production. Une grande réforme de l’Etat était aussi au cœur de son programme, qui recentrait les missions de l’Etat autour de quatre piliers : la justice, la sécurité la défense et la santé. Du côté des fonctionnaires, il défendait que « le contrat doive devenir la norme et le statut l’exception ». Une vision que partage l’IREF avec force. Cependant, son projet ne portait pas de rupture majeure, il se disait attaché à la sécurité sociale publique, à la retraite par répartition ou à l’hôpital public. Il s’inscrit ainsi dans une vision gaulliste ou de « bon père famille » plus que dans une filiation libérale classique.

Julien Aubert, un jeune aux nombreuses idées

Le député du Vaucluse est le plus jeune candidat de cette liste, il est aussi sûrement le moins libéral. Il s’est illustré à l’Assemblée nationale par sa maîtrise des sujets énergétiques. Il est un fervent défenseur de l’énergie nucléaire et n’a eu de cesse d’apostropher le gouvernement tout au long du quinquennat. Dans le cadre de son mouvement Oser la France, il a livré sa vision de la France. Quelques propositions attirent l’attention comme la défense du droit de propriété ou la débureaucratisation de l’hôpital. Néanmoins, il défend une ligne souverainiste plus que libérale. Par exemple, il ne pipe mot sur la baisse du nombre de fonctionnaires, la baisse des impôts, la hausse continue des dépenses publiques. Cependant, il dispose d’une expertise précieuse sur les sujets énergétiques, une expertise qui manque au sein du parti.

David Lisnard, le plus libéral-conservateur

Le maire de Cannes s’est fait connaître en dénonçant les folies de l’administration durant la crise Covid. Depuis, sa notoriété ne cesse de monter et a été élu président de l’AMF (Association des maires de France) en novembre dernier. Il incarne une nouvelle génération à droite. Il pose tous les bons diagnostics sur les maux de notre pays. Il plaide pour une débureaucratisation, une réduction des normes et la fin de l’interventionnisme de l’Etat dans tous les domaines de l’économie. Il est le seul, en outre, à parler de subsidiarité en sus de décentralisation. Selon lui, les collectivités territoriales doivent obtenir une autonomie fiscale, budgétaire et plus de compétences. Il est aussi le seul à saluer la mémoire de Margaret Thatcher, une figure largement honnie en France. Au lendemain de l’élection présidentielle, le président du mouvement Nouvelle Energie appelait à « rompre avec quarante ans d’échec, de conformisme, de social-démocratie et d’étatisme », des mots forts, malheureusement peu entendus en politique. Il a le profil idoine pour reprendre un parti qui s’est appauvri intellectuellement car il a l’expérience mais aussi la matrice intellectuelle en adéquation avec les attentes des Français. Il apparaît comme le candidat qui convient le mieux pour renouveler la droite.

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9 commentaires

Chris 26 mai 2022 - 4:36

Une ligne libérale-conservatrice ?
Curieuse association d’idées pour une ligne politique !
Dans une ligne libérale, le conservatisme comme le progressisme ne peuvent exister qu’à titre individuel.
Associer ces idées dans une ligne politique générale est très réducteur, source de confusions et d’incohérences, et au final sans aucun espoir de succès.

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montesquieu 26 mai 2022 - 8:16

Ces deux termes peuvent très bien être unis: Libéralisme économique et conservatisme pour les fonctions régaliennes de l’Etat assumées et la lutte contre les inepties contre nature. Tout en assurant à chacun le droit de vivre comme il l’entend sans l’imposer aux autres.

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Gantier 27 mai 2022 - 1:42

Mais les français ne veulent pas de libéralisme,c’est un gros mot pour eux ,un mot repoussoir, epouvantail,ils s’imaginent d ailleurs vivre dans un pays ultralibéral!
Ils accusent d ailleurs le « néolibéralisme « De tous les maux de la société. Pas un citoyen,un journaliste,un écrivain,un intellectuel qui n accuse le libéralisme d être la cause de tous nos malheurs.Dans un espèce de psitacisme ridicule tout le monde le répète sans comprendre ni connaître le sens de ce mot ni l assise historique et philosophique de ce concept,ni les auteurs de ce courant de pensée!Alors c’est la grande confusion,on mélange libéralisme et capitalisme de connivence, on appelle libéralisme l étatisme et le collectivisme!
Si le constat et l état des lieux est faux comment voulez vous qu on se rapproche de la solution qui certes ne pourra être que libérale car seule la liberté apporte la prospérité. Les français sont imprégnés d idéologie marxiste et incultes en économie,alors bon courage à ses partis libéraux!

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LYBD 26 mai 2022 - 5:36

MONSIEUR MACRON A RASÉ PLUTÔT FACILEMENT LA VIE POLITIQUE ET SES PARTIS, COMME UN ENFANT CASSE SES JOUETS. MAINTENANT IL NAGE SUR DES MINORITÉS QUI NE RENDRONT PAS A LA FRANCE SA PLACE NI SA COHÉSION ET SON AVENIR. MONSIEUR LISNARD A L’ESPRIT PLUS CHARPENTÉ DES HOMMES QUI VIVENT SUR TERRE ET AFFRONTE LES RÉALITÉS DU QUOTIDIEN. SON TRAVAIL ET SA POLITIQUE SONT MOINS PARTISANES.
SA SPONTANÉITÉ EN EST LA PREUVE !!! LES QUALITÉS ET LES RICHESSES DE LA FRANCE NOUS DONNENT CONFIANCE.

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Bénassy Jean 26 mai 2022 - 7:25

David Lisnard semble être un excellent candidat volontaire, ambitieux tenace il l’a prouvé dans sa ville et il représente bien les valeurs de la droite française.

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Henri 26 mai 2022 - 9:23

Qualifier les personnes citées de libéral me semblent être une plaisanterie de mauvais goût.
Ils sont plus proches à mon avis d’un populisme qui rêve de reconstruire la ligne Maginot pour les personnes mais aussi pour les biens et les services.
Cordialement,

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REMI 26 mai 2022 - 12:09

Il est un lieu commun de dire : « Prévoir c’est gouverner… » et « anticiper c’est pouvoir gérer »

Ainsi les Républicains ont « improvisé » par manque d’organisation volontariste interne, par guerres intestinales internes gérant des luttes d’influences dans un parti qui a perdu ses repères….

 »La nomination » de madame Pécresse, non préparée, au travers un processus non crédible et sans visibilité pour la masse des électeurs, n’était que la mise en place d’une machine à perdre…
Xavier Bertrand devait se présenter et s’imposer vis-à-vis de Monsieur Jacob et de son entourage qui a montré une faiblesse digne des résultats obtenus…

De plus Les Républicains sont trahis par l’intérieur, car l’avoine servi ne contentaient pas l’appétit politique de ces infidèles de situations et de circonstances et le dernier servi est monsieur WOERTZ qui est un indésirable dans son parcours indigeste pour des partisans de l’EGO …aux  »petits bras musclés »…

A 77 ans, j’ai encouragé mes enfants à travailler et vivre ailleurs… car le soleil brille aussi ailleurs…

Et de mon côté, je vis en Afrique où « je cultive mon jardin », selon la philosophie de Voltaire, loin du dépotoir des Républicains, entre autres….

Après tout on ne dispose que d’une seule vie… !

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Geoffroy Claude 26 mai 2022 - 3:03

Si le problème résidait vraiment dans le « manque d’une ossature claire », Macron n’aurait jamais pu passer, me semble-t-il…

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Dufournet 29 mai 2022 - 11:28

Je ne peux être que d’accord avec la constatation navrante que le mot « libéralisme » en France est honni de toute la classe politique et surtout de la masse des français .
Trouver un autre mot ne serait pas suffisant pour franchir l’obstacle .
Il faudrait s’appliquer à monter comment bien des pays par des exemples concret de réussite économique et sociale
sont parvenus à sortir leur pays d’une succession d’échecs dus au recours classiques aux solutions de facilité de court terme inspirées par des idéologies de gauche.
Les exemple d’échecs sont innombrables ne serait-ce qu’en France
Il faut faire travailler les économistes libéraux que l’on connait bien à L’IREF avec des Communicants de qualité
Tout un travail indispensable si l’on veut sortir la France de cette pensée socialo keynesio marxiste qui irrigue notre université ainsi que Science po et l’Ena .
Il est possible que les événements du deuxième mandat Macron nous offre une opportunité à ne pas manquer car la poursuite de la politique du « quoi qu’il en coûte », de l’hélicoptère money et des chèques émis en « open bar » tous les jours amènent la France au défaut de paiement vu le niveau d’endettement et surtout les déficits gigantesques de nos balances de paiement. On se souviendra des dix huit premiers mois de la présidence de MITTERRAND ou l’ Etat français ne pouvait plus faire face aux échéances.
Nous allons,r je pense en arriver assez vite à cette occurence.
Alors que tous les libéraux se mettent des aujourd’hui au travail avec pourquoi pas monsieur Linard ou un autre
candidat possible à la présidentielle

Enfin qu’on cesse de nous parler de monsieur Macron libéral y compris dans les cercles de droite ou autoproclamé de droite
Mr. Macron a :
étatisé totalement le chômage et le système de retraite privé (ce sera acté bientôt)
placé les finances des RÉgions et départements sous le bon vouloir de l’ETAT EN LEUR RETIRANT TOUTE LIBERTÉ
IMPOSÉ LES PRIX DE L’ÉLECTRICITÉ EN DICTANT À L’EDF SA POLITIQUE
INTERVIENT DE FAÇON DIRIGISTE SUR LES PRIX DES CARBURANTS
DÉCIDÉ QUI DEVAIT RECEVOIR LES CHÈQUES CADEAUX POUR « LUTTER CONTRE L’INFLATION » inflation que
le gouvernement français a créé et souhaité faire venir par sa politique de déficit et de création monétaire à tout va
IL intervient sur le prix des services et notamment des loyers
Bref le contraire d’une politique libérale puisque dans bien des cas Macron a cassé l fixation des prix par le
« marché » ,autre terme honni par nos politiciens gravitant autour de Macron.

A noter que les allemands ont un terme qui désigne bien ce que nous voulons dire par politique libérale .
Ils appellent cela la « social Marktwirtschaft » c’est à dire » l’économie sociale de marché »
Je propose ce terme en attendant d’autres propositions
Merci de votre attention
J.P.D

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