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Le fabuleux destin d’Etienne

A la charge du contribuable du berceau au cercueil

par Adélaïde Motte

Le 14 août 2022, par un beau matin d’été, Etienne Pujol naquit dans la petite ville de Pommiers-la-Placette, rassemblant un peu moins de six cents âmes. Il reçut de nombreux jouets, berceau, poussette, et même un parc dernier cri grâce aux dix mille euros que ses parents touchèrent pour avoir participé à la revitalisation des campagnes chère à Eric Zemmour, ministre de la Ruralité en cette année.

Ses premières années furent paisibles, presque idylliques. Sa mère, employée à la bibliothèque municipale de Voreppe, l’emmenait sur son lieu de travail afin de l’allaiter. Confortablement assise dans un fauteuil prune, elle lui murmurait les histoires du père Castor pendant qu’il tétait, parfois pendant des heures, sans que la famille perde un sou. Jean-Luc Mélenchon, ministre de la Famille, s’était assuré que le temps d’allaitement soit inclus dans le temps de travail. A la fin de la journée, poussant le landau acheté avec la prime de naissance, elle retrouvait son époux à la mairie, où une formation d’éducateur leur était offerte par l’Etat. Ainsi en avait décidé Nicolas Dupont-Aignan lors de son court passage au ministère de la Famille.

Etienne grandit paisiblement et, chaque année, ses parents l’inscrivaient, lui et ses deux sœurs, à un sport différent. Ils utilisaient ainsi les neuf cents euros annuels que Valérie Pécresse, ministre de l’Education nationale, donnait aux familles pour chacun de leurs enfants. Les inscriptions n’étaient d’ailleurs pas bien chères, car grâce à Nicolas Dupont-Aignan les clubs municipaux recevaient des aides de l’Etat. Etienne tâta ainsi de l’athlétisme, de l’équitation, de la natation, de l’escalade, du football, et même de la spéléologie. A dix ans, comme il avait testé tous les sports proposés aux environs sans vraiment trouver son préféré, ses parents l’inscrivirent à des cours de musique, et il essaya chaque année un nouvel instrument. Il se fixa finalement sur la batterie. C’est à cette époque-là qu’il se passionna pour les voyages : tous les ans, il partait avec sa classe grâce aux cinq cents euros par an que Jean Lassalle, ministre des Affaires étrangères, allouait à chaque élève.

Lorsqu’il eut dix-huit ans, Etienne fut détaché du foyer fiscal parental et commença à toucher le revenu citoyen de Yannick Jadot, ministre de la Justice sociale : 885€ mensuels, qu’il dépensait en sorties, restaurants, hôtels et CD musicaux et qui lui permettaient de participer tous les étés à au moins dix festivals, comme musicien ou comme spectateur. Grâce à Philippe Poutou, ministre des Transports, qui avait rendu les transports en commun gratuits, cela ne lui coûtait presque rien.

A vingt ans, Etienne hésita entre plusieurs voies. Il pouvait être agriculteur, et ainsi profiter de la Dotation Jeune Agriculteur, proposée par Eric Zemmour. L’un de ses amis avait repris l’exploitation de son père et l’avait convertie à l’agriculture biologique, bénéficiant ainsi par-dessus le marché une aide décidée par Nicolas Dupont-Aignan. Mais il fallait pour cela travailler l’été, donc renoncer aux festivals. Il entra finalement en apprentissage et commença à recevoir chaque mois plus de mille euros grâce à Marine Le Pen, ministre de l’Insertion professionnelle, sous la forme d’un « chèque formation » envoyé aux apprentis de plus de 18 ans. Etienne s’acheta une mobylette, décida de vivre en colocation avec quelques amis rencontrés dans les festivals et occupa la résidence secondaire d’un Breton, apparemment dirigeant d’entreprise à l’autre bout de la France. Philippe Poutou, à l’époque où il était ministre du Logement, avait réquisitionné les habitations inoccupées pour les mettre à disposition des sans-abris. C’est ainsi qu’il entra dans la vie adulte. A l’issue de son apprentissage, grâce à une loi de Fabien Roussel qui imposait aux entreprises de réserver une embauche sur dix aux jeunes, il put trouver un CDI. Payé au SMIC, il percevait 2 000€ chaque mois grâce cette fois à Nathalie Artaud, ministre du Travail, qui interdisait aux patrons de proposer des salaires inférieurs à cette somme.

A quarante ans, Etienne commença à se sentir à l’étroit dans sa colocation, et il chercha un logement où il puisse habiter seul avec sa compagne. Yannick Jadot et son Fonds national d’aide à la pierre de huit cents millions d’euros par an lui fournirent l’opportunité de trouver un appartement sans prétention, mais fort bien placé et proche de nombreux petits commerces. Lorsqu’un premier enfant vint pointer le bout de son nez, le couple fit appel aux aides à la conversion pour remplacer sa petite voiture par une berline familiale électrique. Elle se trouva rapidement hors d’usage, épuisée par de nombreux voyages à travers la France et l’Europe, mais le crédit à taux zéro décidé par Anne Hidalgo, ministre de l’Environnement, permit d’en acheter une nouvelle.

Une ombre vint un jour ternir le tableau si paisible de la vie d’Etienne. Lors du bilan médical gratuit instauré par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de la Santé, il découvrit que son audition baissait de façon inquiétante. A 60 ans, il partit à la retraite grâce à Philippe Poutou, un temps ministre de la Dépendance, avec une pension de 1 800€ par mois. Ses problèmes s’aggravant, il perdit beaucoup de son autonomie, ce qui lui valut trois cents euros supplémentaires par mois.  Mais la « Prime Adapt’ » d’Emmanuel Macron et le service de maintien à domicile payé à 70% par l’Etat pallièrent les plus grosses difficultés et il put rester encore quelques années chez lui, assisté également par son épouse, qui profitait de plusieurs mesures mises en place par tous les membres du gouvernement. Vers 90 ans, cette dernière mourut et il entra en EHPAD, où il toucha 740 euros qui complétèrent sa pension. Il remplit le placard sous son bureau de ses multiples CD et continua à acheter les œuvres collector des artistes qu’il avait applaudis dans les festivals pendant sa jeunesse. Il découvrit que ses voisins de couloir partageaient sa passion et l’étage fut rapidement transformé en boîte de nuit perpétuelle. Ils achetèrent des enceintes et obtinrent des infirmières qu’elles les placent à l’entrée de chaque chambre, juste sous le flacon de gel hydroalcoolique.

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8 commentaires

maxens 20 avril 2022 - 6:29

triste, car si proche de la réalité…..reste la question, qui paie à la fin?

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Obeguyx 20 avril 2022 - 11:51

Nous sommes dans un des rares pays de la planète où on ne parle jamais de la facture.

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Picot 20 avril 2022 - 12:45

Excellent! Un cauchemar décrit avec talent. Bravo.

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JR 21 avril 2022 - 2:47

Bonjour Madame Adélaïde Motte, bravo, c’est un conte à narrer jusque dans les université éscrolo-islamo-gauchiste… Merci pour ce billet d’humour réaliste. Bien à vous

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REMI 24 avril 2022 - 9:25

Hypothèses d’un parcours probable et même possible , mais qui pourrait encore s’améliorer avec une peu plus d’opportunisme dans le futur quinquennat…

Ne désespérons pas, nous contribuable associés autour de l’Art de Vivre, pour les « débrouillards » de la république qui s’accordent une vie républicaine à la française….
Ainsi, se construit le devenir du Titanic France….

Alors, je quitte ce navire pour « exister » ailleurs de mes propres ressources, sans risquer de devenir « Un zombi » dépourvu de toutes ambitions …Je vais donc : « cultiver mon jardin », selon la philosophie de Voltaire…!

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Henri Romeuf 24 avril 2022 - 11:21

Bravo, Adélaïde Motte
« Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde »
« Que lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ! »
Alfred de Musset, à propos de Molière, citation qu’on pourrait vous appliquer !

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PhB 24 avril 2022 - 12:26

Merci Adélaïde
Un très beau conte qui cadre très bien avec l’actualité.
Je vais le mettre sous forme pdf et le transmettre à mon entourage.
Les français sont vraiment devenus une bande d’assistés.
Heureusement ,ce n’est pas cette vertu que m’a enseigné mes parents, mais le respect d’abord, le sens du travail, bien fait de préférence,…
Quand je revenais du Lycée avec des revendications: mon père me disais de ne jamais se comparer aux autres copains de classe, mais toujours aux meilleurs.
Pauvre France, depuis les années 60-70, on est tombé bien bas!
Bonne journée
PhB

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PhB 24 avril 2022 - 12:28

Merci Adélaïde
Un très beau conte qui cadre très bien avec l’actualité.
Je vais le mettre sous forme pdf et le transmettre à mon entourage.
Les français sont vraiment devenus une bande d’assistés.
Heureusement ,ce n’est pas cette vertu que m’ont enseignée mes parents, mais le respect d’abord, le sens du travail, bien fait de préférence,…
Quand je revenais du Lycée avec des revendications: mon père me disais de ne jamais se comparer aux autres copains de classe, mais toujours aux meilleurs.
Pauvre France, depuis les années 60-70, on est tombé bien bas!
Bonne journée
PhB

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