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Livret A : Une fausse réforme qui masque l’essentiel

Le gouvernement va modifier à nouveau la formule de calcul du taux du livret A. Une réformette, visant à limiter une hausse éventuelle des taux, et qui masque l’essentiel : conserver les privilèges étatiques de l’épargne administrée, pour financer à bon compte le logement social. Autant d’argent détourné des investissements productifs.

Une formule pseudo-scientifique

Le gouvernement veille sur la cagnotte du livret A. Il a la main sur les conditions de rémunération de l’épargne administrée. Certes, officiellement, il existe une formule permettant au Gouverneur de la Banque de France de faire une proposition au gouvernement, deux fois par an, au 1er février et au 1er août. La complexité de la formule visait à lui donner un caractère pseudo-scientifique, alors qu’elle était arbitraire.

Depuis le 1er février 2008, la formule était la suivante : « le taux est égal, après arrondi au quart de point le plus proche ou à défaut au quart de point supérieur, au chiffre le plus élevé entre 1) la moyenne arithmétique entre, d’une part, la moitié de la somme de la moyenne mensuelle de l’Euribor 3 mois et de la moyenne mensuelle de l’Eonia (exprimées avec deux décimales) et, d’autre part, l’inflation en France mesurée par la variation sur les douze derniers mois connus de l’indice INSEE des prix à la consommation de l’ensemble des ménages hors tabac (exprimé avec une décimale) et 2) l’inflation majorée d’un quart de point ». Bel exemple de créativité bureaucratique.

Une nouvelle formule pour limiter la hausse des taux

De plus, le gouvernement peut déroger à la formule, qui n’est donc qu’un paravent. Ainsi, compte tenu de la faiblesse des taux et de l’inflation, le taux retenu actuellement est de 0,75%, alors que le calcul donnait 0,5%. Mais, même si la formule n’est pas toujours appliquée, le gouvernement s’est inquiété : que se passerait-il en cas de hausse de l‘inflation ? Appliquer la formule actuelle pourrait conduire à des taux élevés.

D’où l‘idée d’une nouvelle formule, ce qui a été confirmé le 8 novembre. Michel Sapin a expliqué qu’elle visait à « concilier trois objectifs ; maintenir une rémunération attractive pour les épargnants, préserver la qualité du financement du logement social et lisser l’évolution du taux du livret A. ». Objectifs contradictoires : le premier implique des taux élevés, le second des taux faibles et le troisième une déconnexion encore plus grande avec la réalité des marchés ! Pour le dernier objectif, il ne sera plus question du taux d’inflation du mois précédent, mais de celui « lissé » des six derniers mois. Mais surtout il n’est plus question d’appliquer l’inflation majorée d’un quart de point, mais, en cas d’écart trop important entre les taux monétaires et l’inflation, ce sera seulement le taux d’inflation, sans les 0,25% supplémentaires, soit un taux réel de 0% ! En cas de remontée de l’inflation, l’objectif est de limiter la hausse du taux. Question de « solidarité » vis-à-vis du logement social, précise le gouverneur de la Banque de France ; « solidarité » donc sur le dos de l’épargnant !

Formule que le gouvernement peut ne pas appliquer !

Il y a pire : le gouvernement pourra toujours déroger à la formule, ce qu’il fait immédiatement, puisque le ministre de l’économie a déclaré « Quelle que soit l’incidence de la nouvelle formule, le taux ne baissera pas et sera maintenu au 1er février 2017 à 0,75% ». Donc, on appliquera la formule quand elle ira dans le sens voulu par le gouvernement (pour limiter la hausse en cas d’inflation, afin de préserver le financement du logement social) ; on n’appliquera plus la formule quand elle risquerait de faire « trop » baisser le taux, afin de ne pas décourager l’épargnant. A une formule pseudo-scientifique, on ajoute l’arbitraire : le gouvernement décidera, tout en se donnant bonne conscience dans certains cas : ce sera « la faute à la formule ».

Des taux administrés pour une épargne administrée

Tout ceci cache la réalité. Le taux du livret A reste un taux administré, donc arbitraire ; le seul « juste taux » serait le taux de marché. C’est ce qu’avaient compris les scolastiques de l’école de Salamanque à propos du juste prix, qui ne peut être déterminé à l’avance, mais qui est le prix libre sur un marché concurrentiel. C’est la même chose en matière de taux d’intérêt.

Pourquoi ces taux administrés ? Pour avoir une épargne également administrée, allant à la Caisse des dépôts, pour financer le logement social (HLM). On comprend alors la démarche gouvernementales : il ne faut pas un taux trop bas, pour que l’épargne déposée sur le livret A soit abondante, mais pas trop élevé non plus, pour que les taux des prêts au logement social restent modérés.

Mettre fin à la mainmise étatique sur l’épargne

Cette épargne administrée n’a aucune justification. En matière de logement, l’IREF l’a démontré, seule une libéralisation du secteur de la construction, y compris des terrains, permettrait d’adapter l’offre à la demande. Quant à l‘épargne, la Caisse des dépôts pratique ainsi un véritable détournement, au lieu de la laisser se diriger librement sur les marchés en fonction des besoins de l’économie et notamment de l’investissement productif. La gesticulation sur la « bonne formule » de fixation des taux n’est qu’un paravent, destiné à masquer l’enjeu principal : la mainmise étatique sur l’épargne.

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