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et la concurrence fiscale


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Emmanuel Macron est toujours socialiste, pas libéral

Après avoir été pendant quatre ans et successivement au cabinet de François Hollande puis son Ministre de l’économie, Emmanuel Macron prétend ne plus être socialiste. D’une certaine manière, il est vrai qu’il est tout d’ambiguïté. Mais son programme n’est pas pour autant libéral parce qu’il se place d’abord et avant tout sous le contrôle de l’Etat. Il concède la liberté, mais sous haute surveillance. Il reste attaché à l’Etat-providence pour « distribuer » des chances égales à tous.

Des propositions prometteuses…

Certes, dans son ouvrage Révolution, (Editions XO, 2016), il énonce bien des propositions en faveur d’une certaine libération de la société :

• « Je ne crois pas, écrit-il, à l’ « égalitarisme » qui fait que le succès d’autrui devient une offense insupportable » (p.71 de son ouvrage) ;
• Il entend désintoxiquer les Français de leur appel incessant à plus de lois et à des règles uniformes et trop nombreuses ;
• Il vante « la liberté pour chacun de créer, de se mouvoir, d’entreprendre… » (p. 74) ;
• Il entend assurer la stabilité fiscale en s’engageant « à ne pas modifier plusieurs fois un même impôt au cours d’un quinquennat » (p. 84) ;
• Il souhaite réduire les prélèvements sur les entreprises et favoriser « une fiscalité qui récompense la prise de risques, l’enrichissement par le talent, le travail et l’innovation… » (p.87) ;
• Il propose que la politique déploie « le cadre qui permettra à chacun et à chacune de trouver sa voie, de devenir maître de son destin, d’exercer sa liberté. Et de choisir sa vie ». Une belle promesse d’émancipation qui passe par le travail car pour « pouvoir choisir sa vie, il faut d’abord pouvoir vivre de son travail » (p.119). Au nom de quoi il désavoue à juste titre ceux qui croient à la fin du travail et cette idée baroque et insidieuse d’une allocation universelle.

…encadrées par un Etat omniprésent

Mais quand il dénonce la lourdeur de trop de structures étatiques et la règle qui envahit tout, mais c’est pour mieux encenser l’Etat autour duquel « se tisse ce qui nous rassemble, notre projet commun, la République » (P.48). Cette République dont, selon les paroles du refrain du Chant du départ, il rappelle qu’ « un Français doit vivre pour elle », approche collectiviste s’il en est, à l’opposé des convictions libérales pour lesquelles les institutions, fussent-elles celles de la République, ne sont que des instruments au service de la liberté des hommes. D’ailleurs, selon la doxa marxiste et en écho au « stade suprême du capitalisme » de Lénine, il croit que « Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement » (p.64). Il n’a en fait confiance qu’en l’Etat pour construire des logements, prodiguer la formation des jeunes et des travailleurs, assurer les retraites et les assurances sociales… Certes il propose de déléguer parfois certaines missions à des organismes privés, mais sous contrôle étroit, et avec l’argent public qu’il veut investir à flots.

Au profit de la souveraineté nationale, il se dit prêt à activer tous les instruments d’intervention publique disponibles : « soutien direct, actionnariat public, autorisation des investissements étrangers » (p. 90). Et « Quand il s’agit de matière première ou d’énergie, l’Etat doit être en première ligne également… » (ibidem) ;

Il voudrait que les agriculteurs puissent vivre de leur travail et que leur travail puisse être rémunéré au juste prix. Qui ne le souhaite pas ? Mais pour ce faire, écrit-il, « nous devons mieux réguler les différentes filières, au travers de contrats qui permettront de déterminer le juste prix » (p. 104), placer l’agriculture un peu plus encore dans le giron de l’Etat en quelque sorte, quand il faudrait au contraire l’en préserver.

Il s’offusque de l’échec de l’école publique et notamment de l’école primaire que 20% des élèves quittent « sans savoir lire, écrire ni compter ». Mais son seul remède est de donner un peu plus d’autonomie aux établissements et plus de moyens au profit des élèves en difficulté. Il n’imagine pas une seconde que des solutions pourraient venir d’ailleurs que de la sphère publique, dans une revitalisation des écoles privées plus innovantes et moins onéreuses, dans une compétition qui forcerait les établissements publics à réagir.

Il veut revaloriser le travail avec cette fausse idée que « Nous devons donner à chacun un travail », quand le rôle de l’Etat est plutôt de créer l’environnement qui permet à tous de chercher et trouver du travail s’ils en font l’effort. Certes, il a raison de vouloir promouvoir l’apprentissage et faciliter l’accès aux professions indépendantes. Mais la première mesure qu’il présente consiste à supprimer les cotisations d’assurance maladie et chômage des salariés pour en transférer le financement sur la CSG. Curieuse façon de vouloir libérer la société. Cette mesure consiste à taxer un peu plus les revenus des investisseurs et à les décourager, l’inverse de ce qu’il dit vouloir faire. D’ailleurs il exprime clairement son souhait de ne pas favoriser « la rente et l’investissement immobilier » (p.87). Comme si l’investissement dans l’immobilier était assimilable à une rente. C’est un raisonnement typiquement socialiste qui conduit à pénaliser les investisseurs immobiliers et à créer une pénurie de marché au détriment des locataires les plus pauvres au secours desquels est alors appelé l’Etat qui met à contribution les contribuables sans pour autant avoir la capacité de répondre aux besoins.

Les mesures qu’il annonce pour rendre les relations de travail plus flexibles dans l’entreprise donnent priorité aux accords de branche qui privilégient le rôle des organisations syndicales au détriment des accords d’entreprises qui favorisent la libre expression des salariés indépendamment des syndicats si doctrinaires et si peu représentatifs en France. D’ailleurs, il préserve les 35 heures, comme l’ISF, symboles iconiques de sa gauche sans doute !

Il reproche à juste titre à la gauche et la droite d’avoir créé « des droits sans contenu, des droits à crédit, en faisant croire que c’était le sens du progrès » (p.71). Mais déjà il veut offrir à tous, salariés et indépendants « un droit universel à la mobilité professionnelle » (p. 131) notamment en ouvrant « les droits à l’assurance chômage aux démissionnaires » et « aux indépendants, commerçants et artisans » (ibidem). Il veut limiter les indemnités de chômage des cadres (p. 78) en oubliant qu’ils ont cotisé pour ça. Au fond, il veut renoncer à la notion d’assurance au profit d’une dépense étatique nécessitant d’ailleurs « un investissement public massif » (p. 132). IL serait pourtant sans doute préférable de réhabiliter l’assurance qui promeut la responsabilité de chacun, de laisser à chacun le libre choix de ses assurances sociales, encadrées par la loi, en distinguant par ailleurs ce qui revient à la solidarité à financer par l’impôt.

Il croit à la nécessité d’ « inventer de nouvelles protections et de nouvelles sécurités » (p. 136) quand nous pensons que l’urgence est de rendre liberté et responsabilité aux personnes, aux familles, aux communes… Il ne s’agit pas seulement de vouloir donner de l’autonomie aux caisses d’assurance sociale, mais de les ouvrir à la concurrence. Comme pour les retraites quand il veut établir « un régime universel » (p. 149) pour tous alors qu’il nous paraît au contraire souhaitable que chacun puisse choisir son régime, public ou privé, par répartition et/ou par capitalisation.

L’éternelle recherche de l’impossible troisième voie

Il y a un coté sympathique chez Macron. Il puise sa dynamique dans la tradition française dont il veut valoriser l’histoire et dans notre langue et notre culture qu’il veut mieux promouvoir au-delà de nos frontières. Il espère donner du souffle à la politique, il aspire à une société qui respecte « Le mystère, la transcendance, l’inscription dans l’intime, ou dans la vie quotidienne, d’éléments qui ne se résument pas à l’argent, au rôle social, à l’efficacité… » (p. 178). C’est en effet important de reconnaître que l’homme a une part de lui même qui échappe à la société et qui peut l’élever au-delà de lui-même. Mais est-ce suffisant pour que le candidat Macron se détache de la gauche collectiviste qui l’inspire et l’a nourri ?

Il reste attaché à Keynes et pense avec lui qu’il faut toujours plus d’investissement public, en le transférant au niveau européen si possible, alors que depuis quatre vingt ans toutes les politiques keynésiennes ont échoué ou n’ont réussi, parfois, qu’à titre provisoire et en faisant supporter aux générations futures l’accalmie de quelques années obtenues par un excès de dépenses publiques. Le plan qu’il imagine pour l’Europe, beaucoup plus puissant que le plan Juncker actuel qui est déjà à la peine, se ferait à coups de subventions autant que de prêts et garanties publics et sous le contrôle d’une bureaucratie européenne d’un nouveau ministre des Finances de la zone euro (p. 236).

Monsieur Macron pense la société au travers de l’Etat, un Etat stratège (p. 150) et « investisseur social » (p. 136), et il conçoit l’économie dans le cadre d’un « ordre public économique » (p.260). Quand il a courageusement voulu sortir la profession notariale de son corporatisme suranné, il a imaginé des créations d’offices sous le contrôle du Ministère alors qu’il eut été possible de donner simplement le droit de s’installer à tous ceux remplissant certaines conditions, comme le font les avocats ou les administrateurs judiciaires. Il avait à peine prévu de faciliter l’attribution d’actions gratuites qu’il s’offusquait que Carlos Ghosn en profite de façon excessive. Quand il a imaginé d’atténuer l’ISF, - sans supprimer cet acquis social !-, il a envisagé de nouvelles usines à gaz pour en exonérer sous des conditions multiples ceux qui réinvestissent dans des PME de moins de dix ans au travers d’un « compte entrepreneur » qui permettrait également de reporter l’imposition des plus-values. Des demi-mesures, voire des anti-mesures en quelques sorte, inefficaces au possible parce que toujours sous le regard tatillons de l’administration.

Derrière sa belle critique des droits créances accordés à certains au détriment des autres, il préconise de « donner à tous les mêmes chances et les mêmes opportunités, à chaque moment de la vie » (p. 71). Cette égalité des chances qui revient chez lui en leitmotiv est au fond une autre forme de l’égalitarisme qu’il récuse. C’est sans doute là qu’est la vraie rupture qui marque son opposition à la liberté plutôt que sa proximité avec elle. Car pour assurer cette totale égalité des chances de tous à chaque instant, il appelle nécessairement, sans y prêter attention peut-être, l’avènement d’un Etat omnipotent, intervenant sans cesse dans la vie de chacun.

Nous devons faire notre possible pour que tous aient les mêmes droits. Nous devons également veiller à ce que soient secourus ceux qui sont réellement incapables de se prendre en charge eux-mêmes parce que notre humanité nous rend naturellement solidaires les uns des autres. Nous devons encore veiller à ce que ceux qui n’ont pas encore la capacité de se prendre en charge par eux-mêmes puissent tous disposer des mêmes chances ; c’est le sens d’une certaine égalité des chances qui prévaut en matière d’éducation à l’égard des enfants qui doivent tous pouvoir se former au mieux de leurs facultés.

Mais, si l’Etat avait pour rôle de garantir l’égalité des chances de tous pour tout, comme le préconise Monsieur Macron, il lui faudrait intervenir à tous les niveaux de la vie de tous et à chaque instant. Il n’aurait de cesse de chercher à redresser des situations d’inégalité naturelle sans d’ailleurs y réussir sauf à empêcher certains de bénéficier des opportunités qui se présentent à eux de façon à rétablir une égalité par le bas au profit des autres. L’égalité des chances est sans limites. La frontière est ténue entre elle et l’égalité des conditions car celui auxquelles des chances sont données et qui ne réussit pas dira toujours que c’est parce que le soutien public dont il a bénéficié a été insuffisant. L’égalité des chances ouvre nécessairement la porte à « toujours plus » d’argent public au profit de ceux qui n’ont pas le statut et/ou le revenu qui leur convient, surtout lorsque, comme c’est généralement le cas, les promoteurs de cette égalité des chances pensent que les hommes sont naturellement égaux et que c’est la société qui a créé l’inégalité. Car si c’est le cas, la société doit pouvoir défaire ce qu’elle a fait, reconstituer l’égalité des origines si chère à Rousseau qui ne l’a envisagée pourtant que comme une hypothèse bien fragile dont la science a depuis démontré la fausseté. L’égalité des chances donne à l’Etat une mission impossible et illimitée autant par son ampleur que par sa complexité. Pour que tous aient les mêmes chances, il faudrait changer l’homme lui-même, et à défaut, imparfaitement, réduire tous les hommes à des clones vivant dans des situations semblables, leur retirer leur humanité même par laquelle ils sont uniques.

Seule l’égalité des droits favorise la liberté et la responsabilité des hommes qui façonnent leur propre humanité. Seule elle est objective, ne dépend pas d’appréciations subjectives et donc contestables. C’est pourquoi aussi lorsque l’égalité des chances se justifie, dans le cas de l’éducation des enfants notamment, elle suppose elle-même, pour rester juste, des mesures aussi objectives que possible comme le bon scolaire accordé à tous pour un même montant à chacun.

Mais Monsieur Macron ne rentre pas dans ce débat. Il se livre à l’exercice habituel des centristes qui croient pouvoir faire une politique empruntant à la droite et à la gauche leurs mesures les plus sympathiques. Le résultat est inéluctablement une bouillie pour les chats indigeste, une politique qui n’en est pas une parce qu’elle n’a pas de cohérence, de colonne vertébrale, de rational diraient les Anglais. Son premier livret envoyé fin décembre à ses adhérents pour fixer ses orientations confirme notre analyse. Inévitablement, ces politiques de l’entre-deux versent un jour prochain dans l’échec ou se coulent dans la logique qui leur est la plus proche, des conservateurs libéraux ou des sociaux-démocrates selon les cas. Clairement, Monsieur Macron est plus proche de ces derniers et retrouvera bientôt sa famille socialiste parce que l’égalité des chances dont il fait le socle de sa politique conduit nécessairement à s’abandonner à l’Etat pour s’ingérer dans tous les ressorts de nos vies et pour prendre toujours plus aux uns pour donner aux autres, sans aucune limite objective.

Attention aux mirages !

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Messages (3)

Macron ou l'attrape gogos.

le 17 janvier, 12:33 par Bernard ROLET

Remarquable prestation de l'auteur.

Ce que j'ai peine à comprendre, en revanche, est le nombre considérable d'électeurs qui sont tombés dans le chausse-trape et encensent Macron sans l'avoir bien écouté.

Je suis bien plus sensible, personnellement, à l'analyse rigoureuse de Fillon qui me parait proposer des solutions concrètes et efficaces pour corriger les erreurs du passé.

Bernard ROLET

- Répondre -

Faux, Macron est ultra-libéral !

le 15 mars, 13:52 par L'indépendant

Allons, allons, un peu de sérieux. Macron n'est qu'un ultra-libéral. La preuve sont ces idées favorables au libre-échange intégral (au CETA et au TAFTA), à la facilité de licencier, à la suppression dominicale (dans sa loi). Je suis moi-même de droite et souverainiste, et constate que Macron n'a rien d'un socialiste.

- Répondre -

il y en a mare

le 31 mars, 13:43 par marcel cointre

il faut que l'on est la possibilité de consommer plus . augmenter les revenus.= plus de consommation . = plus de travail . = moins de chômage .

- Répondre -

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