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Les enseignants français sont-ils à plaindre ?

Les manifestations d’enseignants se sont déroulées sur les thèmes du manque de personnel et de la revalorisation des salaires d’enseignants. Double exagération : l’Education Nationale ne manque pas de moyens, et les enseignants français ne sont pas à plaindre si on les compare à leurs collègues européens. Nicolas Lecaussin a lu pour vous le rapport de la Commission Européenne.

Les syndicats français ne cessent de le clamer : l’Education nationale a besoin de moyens supplémentaires et nos enseignants sont mal payés.

Les deux affirmations sont fausses. L’école française n’a jamais eu autant d’argent à disposition, son budget (45,5 milliards) est le deuxième derrière celui du service de la dette (47,7). Il est vrai que l’Education Nationale abrite un nombre considérable de salariés « administratifs » : près de 125.000 pour 850.000 enseignants. 1 bureaucrate pour 5 enseignants : le pourcentage étonne, mais il reflète la réalité.

Contrairement à ce que soutiennent les syndicats et certains politiques, le personnel de l’Education nationale n’est pas à plaindre. Les études européennes le démontrent aussi comme vient de le faire la Commission européenne dans le cadre de son programme Eurydice. Un Rapport sur la situation des enseignants dans les pays membres démontre qu’il existe pas mal de disparités d’un pays à l’autre, mais que les Français se trouvent bien parmi les mieux lotis.

Dans ce rapport, on apprend encore que certains pays dont la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark accordent beaucoup de liberté aux établissements scolaires s’agissant de la rémunération de leur personnel. L’autonomie et la décentralisation y sont de règle. Ce sont aussi des pays mieux classés que la France dans le Rapport Pisa sur les résultats scolaires. Mais leurs enseignants seraient-ils mieux payés ? Pas du tout. D’après le Rapport Eurydice, le salaire maximum dans l’enseignement primaire est de 44 518 euros/an en France et de 39 109 euros/an en Finlande. Pour le secondaire (lycées), la différence est presque aussi importante : 47 477 euros/an contre 34 700 euros/an. Rappelons que la Finlande est en tête du dernier classement PISA.

En Suède, les salaires les plus élevés sont encore très inférieurs à ceux que l’on verse en France : 27 686 euros/an (primaire) et, 32 432 euros/an (secondaire) Par rapport à la Grande-Bretagne, les différences sont également sensibles, puisque le salaire maximum est de 40 327 euros dans le primaire comme dans le secondaire.

Il est vrai que les salaires sont plus élevés en Allemagne et aux Pays-Bas. Dans le primaire, le salaire de l’instituteur allemand peut atteindre 51 371 euros/an et aux Pays-Bas, 45 836 euros. Le secondaire aussi paye mieux : 63 985 euros en Allemagne et jusqu’à 69 440 euros aux Pays-Bas. Toutefois, les auteurs du rapport précisent que le salaire moyen des enseignants en France n’est pas connu et que les primes n’apparaissent pas dans leurs calculs. Plus encore, il faudrait donner le temps effectif de travail des enseignants dans les pays membres. Les différences seraient peut-être plus significatives.

Enfin, le Rapport montre aussi qu’à part quelques pays dont l’Espagne, l’Irlande et la plupart des pays de l’Est de l’Europe, les enseignants n’ont pas été touchés par la crise de 2008 et n’ont pas subi de perte de salaire. Au contraire, leur pouvoir d’achat a augmenté malgré la crise ; c’est le cas en France.

En conclusion, il y a un contraste entre le niveau des rémunérations français et les résultats obtenus par le système scolaire, tant sur le plan des connaissances que de l’éducation. Il n’y a pas de raison pour que de bons enseignants, opérant dans de bonnes écoles, ne soient pas mieux payés en fonction de leur mérite et de leur dévouement. Mais cela suppose non pas une grille bâtie par une administration centrale mais un salaire lié à la qualité des établissements soumis à une concurrence ouverte. Dans un système concurrentiel les meilleures écoles peuvent embaucher, licencier et rémunérer à leur guise, ou plutôt en fonction du verdict porté par des parents libres de choisir l’établissement fréquenté par leurs enfants. Les bons enseignants ont tout à y gagner, et à ce jeu tous les enseignants deviennent bons !

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Messages (7)

salaires des enseignements

le 13 octobre 2011, 14:17

J’apprécie d’habitude vos écrits mais cette fois je ne les partage pas sur les enseignants, en france,pour plusieeeurs raisons :

1/ S’agit-il des enseignements du Public uniquement ou Public+Privé ? le Privé est payé par le ministère mais sur des bases beaucoup plus faibles, contrairement à ce qui est prétendu officiellement .

2/ Que signifie le salaire annuel "maximum" sur lequel repose l’étude ? ce n’est pas une mesure acceptable de comparaison

3/ S’agit-il de salaires bruts ou nets de cotisations ? avant ou après impôts ?

le niveau des prélèvements étant tellement différent entre la France et les autre qu’il est essentiel de travailler sur des bases "nettes de prélèvements, si non le différentiel n’a pas de sens .

N.B. J’ai un proche qui est enseignant dans le privé avec le salaire maximum

des "hors cadres"de fin de carrière et qui culmine à 32.0000/an avant impôts

Merci de votre réponse, et soyez assuré de ma considération distinguée.

J.P. Dufournet

# Bonjour, il s’agit du montant

13 octobre 2011, 16:05 - Nicolas Lecaussin

Bonjour, il s’agit du montant moyen du salaire maximum des enseignants du public et "une partie " du privé. Je reconnais, ce n’est pas très clair de la part des auteurs du Rapport. Par ailleurs, si votre ami touche le salaire que vous indiquez, cela ne veut pas dire que c’est le cas de tout le monde. Il faut prendre les moyennes. Nous sommes pour des salaires encore plus élevés mais dans un système concurrentiel.

Merci de nous lire et de nous soutenir.

NL

- Répondre -

salaires des enseignants

le 14 octobre 2011, 08:49

Il y a sans doute du vrai dans ce que vous dites, sur le personnel administratif par exemple, à force d’entendre parler de sur effectif on va finir par y croire ; c’était d’ailleurs le fameux "mammouth" dont parlait Claude Allègre, qui a commis l’énorme bourde de laisser croire qu’il parlait des enseignants.

Un salaire au mérite pourquoi pas, car l’avancement à l’ancienneté décourage les jeunes à entrer dans la profession et freine les plus âgés à aller voir ailleurs. Reste à savoir comment et par qui ce salaire serait établi : un enseignant peut passer de deux (dans le public) à dix ans (dans le privé) sans voir un inspecteur...

Pour le niveau des salaires, comparer les niveaux les plus élevés est un parti pris hypocrite : en France il faut attendre les toutes dernières années de carrière pour atteindre ces niveaux, et ce pour les plus qualifiés, ce qui est très loin d’être une "moyenne". Il n’est pas vrai non plus que les enseignants aient conservé leur pouvoir d’achat : au contraire, depuis 15 ans les revalorisations sont systématiquement inférieures à l’inflation : on doit bien être aujourd’hui à 10 ou 20 % de perte de pouvoir d’achat. D’ailleurs les jeunes ne s’y trompent pas : seules les femmes continuent à vouloir entrer dans la profession, qui leur laisse un semblant de liberté de gestion du temps pour les enfants (qui se traduit par un travail accru la nuit et le we).

# Salaire de enseignants

20 octobre 2011, 09:10

Bonjour,

Ma femme est enseignante dans un collège de quartier chaud dans le banlieue de Strasbourg depuis pratiquement 30 ans.

A l’appel à la grève pour les salaires, elle a présenté à ses collègues ma feuille de paye d’ingénieur, du mois de décembre pour leur faire comprendre qu’à ancienneté équivalente, le revenu annuel (20 ans d’ancienneté à l’époque)on déclarait tous les deux un cumul presque semblable !

Non les enseignants ont un salaire correct leur permettant de vivre.

Le problème EST AILLEURS.

1) Démission éducative des parents.

L’éducation se fait dans la cellule familiale, pas ailleurs.

Le rôle de la société est d’INSTRUIRE, pas d’éduquer.

Il y a quarante ans, en rentant de l’école, si on se plaignait aux parents de l’enseignant, on se prenait une taloche en prime.

1968 est passé par là, j’avais 13-14 ans, je l’ai vécu ainsi que la transformation de la société, les années qui ont suivi.

2) Démission de la hiérarchie et de certains collègues.

La politique du "pas de vague" dans les établissements laisse les enseignants seuls face à leurs problèmes.

3) L’appauvrissement des foyers suite à la crise provoquée par 1% de la population détenant plus de 50% de la richesse du pays et la politique d’accueillir toute la misère du monde, font que les préoccupations de survie alimentaires sont souvent au-dessus des préoccupations scolaires

4) La disparition de la cellule familiale où était prôné les valeurs à l’ancienne : du respect d’autrui, du travail, etc...

- Répondre -

autre source tout aussi fiable

le 14 octobre 2011, 09:59

Bonjour,

Sans polémiquer,

pour avoir une vision plus complète, il est souhaitable aussi de lire le rapport sur les enseignants de l’OECD

organisation de coopération et développement économique (international)

http://www.oecd.org/dataoecd/39/61/ ...

Comme toujours, il est plus facile,de ne pas chercher à comprendre , mais de polémiquer et de créer des jalousies.

je suis déçu par votre analyse qui est d’habitude constructive.

En espérant que cet article est le résultat d’un travail précipité .... ce qui arrive à tout le monde (nous faisons tous des erreurs )

ps :sans être partisan pour quoi que ce soit

- Répondre -

salaire de prof

le 14 octobre 2011, 22:49

j’ai l’impression de lire un commentaire de comptoir...de bistrot chic de droite ....

moi, prof depuis 25 ans dans le secondaire, avec bac+5, 2200 € net / mois....ça vous tente forcément non ?

D’autres gens plus sérieux ont constaté comme moi, que depuis 15 ans notre pouvoir d’achat s’est réduit alors que nos tâches se sont compliqué sans qu’on nous propose aucune aide...des disparités apparaissent selon les régions et les zones d’exercice...on manque de prof, on n’en trouve pas, même à pôle emploi, même au rectorat.

Dans mon lycée, une classe est sans prof d’atelier depuis 6 semaines...X 13 h/hebdo en moins pour des secondes...un détail parmi le reste...

Les jeunes collègues disent déjà qu’ils ne finiront pas prof...

alors ça suffit de nous faire passer pour des nantis, vous ne savez même pas de quoi vous parlez et les sommes que vous avancez sont celles des chanceux qui atteignent les hauteurs des grilles....juste avant la retraite, usés, malades, de plus en plus.

- Répondre -

Je reprend un extrait de la

le 16 octobre 2011, 09:34

Je reprend un extrait de la conclusion de cet article.... "les meilleures écoles peuvent embaucher, licencier et rémunérer à leur guise, ou plutôt en fonction du verdict porté par des parents libres de choisir l’établissement fréquenté par leurs enfants. Les bons enseignants ont tout à y gagner, et à ce jeu tous les enseignants deviennent bons"....

Non mais je rêve.....que faites vous vous de l’école de la république ?????dans ce modèle, ceux qui ont le l’argent purrons se payer les grandes écoles....les autres iront sous les ponts des grandes capitales apprendre à écrire "un petit piesse pour mengez sil vous pait" Prof depuis 1989 et Doctorant 55h/semaines à 2400 € net/ mois.

Députés Européens et autres technocrates inutiles, combien gagnent-ils ? Combien gagnent les "nègres" qui rédigent les rapports ? pour reprendre la conclusion de cet article....avec une légère modi..."à ce jeu Les bons POLITIQUES ont tout à y gagner, et à ce jeu tous les POLITIQUES deviennent bons" à bon entendeur salut !

- Répondre -

Surprenant

le 16 octobre 2011, 22:21

Quelle levée de boucliers de la part des enseignants ! Mais au delà des réponses toutes basées sur des cas personnels ou particuliers que l’on généralise, cette unanimité ne démontre que le corporatisme et la solidarité enseignante.

On aurait pu s’y attendre. Comme on peut s’attendre à une levée de boucliers de la part des cheminots si un article similaire leur est consacré...

Les remarques du genre : " cet article est mensonger car avec X années d’ancienneté je gagne Y euros par an" n’ont aucune valeur. On ne répond pas à des chiffres globaux par des cas particuliers ou par des réactions passionnelles quand on veut démontrer quelque chose !

Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous donner quelques autres chiffres : EN MOYENNE, un professeur de collège français assure, quand il n’est pas malade, 642 heures de cours par an contre 714 pour un Anglais et 756 pour un Allemand.

Mais, bien sûr, le Français est très à plaindre...

# Qui parle de levée de bouclier

17 octobre 2011, 11:20

Qui parle de levée de bouclier et tant d’autres choses déconnectées de la réalité, entre autre celle du corporatisme….j’ai le souvenir de nombreuses, là aussi de levées de boucliers, des journalistes…qui ose toucher à la liberté d’expression et celle de la presse. Qui parle de corporatisme ?.....Mais cessons de polémiquer. Allez moi aussi je ne résiste pas, non pas de donner quelques chiffres, car les chiffres…il est si facile de leur faire dire tout et n’importe quoi…..j’ai une idée… les allemands ou les anglais font entre 714 et 756 heures devant élèves ?

J’ouvre une parenthèse, lors de nombreux programmes d’échanges Européens, j’ai pu observer et constater les méthodes pédagogiques de mes collègues Européens (dont le travail est de grande qualité), elles sont essentiellement basées, pour la plus grande partie de l’enseignement (+80%) sur l’autonomie, l’élève est présent en cours, prend des notes ou non, dort si bon lui semble, travail, ou ne fait rien, là aussi si bon lui semble. Je referme ainsi la parenthèse.

Notre modèle d’enseignement est complètement différent, les cours magistraux détiennent une grande place dans l’emploie du temps des élèves, la présence et la concentration y sont plus intense, l’après midi n’est pas réservée au sport ou autre, mais encore aux cours. Chez nos homologues Enseignants Européens, les après midi ( à partir de13h dans les collèges, pour les lycées vers 15h) sont consacrées aux travaux administratifs, réunions pédagogiques, correction de copies, travaux de préparations… etc…… les rythmes scolaires sont différents, les périodes de repos sont plus courtes. J’ai pour ma part quelques amis Allemand et Enseignant de surcroît qui s’étonnent de me voir au « boulot » à la maison…je cite « ce qui ne va pas chez vous, c’est que vous êtes au Lycée sept jours sur sept, chez nous lorsque que la porte du lycée ou du collège est fermée, elle est fermée !!, ici en France, le travail est aussi à la maison…. ». Alors ces chiffres évoqués précédemment de 714 et 756 heures devant élèves, si il n’y a plus de travail à la maison, pourquoi pas !!! Là encore les chiffres sont des chiffres, en dehors de tout cas particulier et passionnel….pour ne pas vous citer.

# chiffres

18 octobre 2011, 16:04

mais, vous-même, que faites vous , si ce n’est avancer des chiffres ? Le système anglais est différent du notre, car dans un lycée public anglais, la "vie scolaire" (surveillants, CPE) n’existe pas et ce sont les enseignants qui sont sensés s’occuper de la surveillance...en théorie(en réalité, chaque catégorie de prof a sa salle des profs et boit son thé au lait au chaud en jetant de temps à autre un coup d’œil dehors pendant que des mômes se tabassent en tout impunité...).La journée continue est de mise, même si on ne fait rien sur place...les cours durent 35 minutes....les disciplines artistiques et sportives ont une place de choix : chaque lycée a sa chorale, son orchestre...

Mais c’est curieux, les lycées privés anglais ont choisi de fonctionner comme...les lycées français.

Alors, compter les heures, les salaires et lancer des chiffres qui sont des moyennes n’a pas de sens : c’est bien les cas particuliers, qui, mis bout à bout, montrent qu’il y a des problèmes avec les statistiques.

Non, ce n’est pas mensonger de dire qu’à tel moment d’une carrière on gagne tant, et d’ailleurs ça vous dérange car vous voyez bien que c’est peu...moi-même, je peut en dire autant, je connais les salaires de mes collègues...ça ne correspond pas du tout aux moyennes annoncées...c’est donc que parmi nous, il y a vraiment des privilégiés pour que les chiffres soient si haut.

Les enseignants français ne cherchent pas à se faire plaindre, ils veulent juste qu’on les respecte, qu’on arrête de les jalouser pour de fausses raisons et qu’on reconnaisse qu’ils font un travail de plus en plus difficile dans une société en pleine dégradation...

quant à votre allusion, "un prof de collège, quand il n’est pas malade...", montre combien vous aimez taper sur des gens que vous ne connaissez même pas, alors que certaines études disent le contraire...votre ironie grossière reflète une réflexion digne du café du commerce....

Je parierais que vous êtes : un homme, de droite,la cinquantaine, qui bosse dans le commerce ou la finance, qui laisse sa femme s’occuper des enfants,

qui a une grosse voiture sombre (ou blanche), qui ne lâche, ni son portable, ni son ordi, qui ne sort pas la poubelle, qui n’étend pas le linge, qui ne sait pas en quelle classe sont ses enfants...un mec sérieux quoi, en plein dans la vraie vie.

Cath.

# très très surprenant

19 mai 2012, 17:36

Parler de nos conditions de travail qui peuvent être difficiles (+ de 25 élèves par classe avec souvent plusieurs présentant des troubles du comportement), oser avancer que nous aimerions être augmenté (nous ne ne sommes quand même pas surpayé : 9 ans d’ancienneté : 1740 euros net...) et nous passons pour des pleurnichards, incapables de se remettre en question en se comparant aux autres français qui eux travaillent pour de vrai.

Il serait plus judicieux de respecter les enseignants en partant du postulat qui’ils aiment leur métier et font de leur mieux comme tout le monde.Mais pour gagner le respect de nos concitoyens, il faudrait gagner plus peut-être ?

- Répondre -

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