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L’école : une « priorité absolue » pour Gabriel Attal

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J’avais vu dans la nomination de Gabriel Attal un point positif – peut-être le seul : priorité allait être donnée à l’école. D’ailleurs le Premier ministre a transporté toute son équipe de la rue de Grenelle à Matignon. Certes il y avait bien Amélie Oudéa-Castéra nommée ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux Olympiques, mais elle était surtout recrutée pour ses qualités de sportive (elle a été 18ème joueuse française de tennis et présidente de la Fédération). Elle avait cependant beaucoup à apprendre du monde politique comme d’ailleurs du  monde médiatique qu’elle maîtrise mal.
Et voilà qu’elle a provoqué une polémique dont l’issue ne pouvait être que très déplaisante.

Valeurs de la famille ou valeurs de la République

Je vous rappelle la chronologie : vendredi dernier il lui est demandé pourquoi elle a inscrit ses trois fils au lycée Stanislas, établissement privé et catholique bien connu. Elle répond : nous en avions marre des absences répétées d’enseignants, jamais remplacés.

Peut-être a-t-elle pris de l’assurance grâce à la présence dans sa vie de Frédéric Oudéa, directeur de la Société Générale à Paris (il a dirigé quelque temps la Société Générale à Prague, et il est propriétaire d’une banque tchèque) et, depuis mai 2023, président du groupe pharmaceutique Sanofi. Toujours est-il qu’elle dit sans ménagement ce qu’elle pense du lycée public de la rue Littré (Paris 6ème) : les études des enfants y sont compromises.

Pour l’instant, restons-en là. Qu’avait-elle dit de sensationnel ? Que pour elle les valeurs de la famille passent avant les valeurs de la République. Mais la liste des ministres de l’Education nationale qui ont mis leurs enfants dans des écoles privées est très longue, de Jean-Pierre Chevènement à Pap Ndiaye en passant notamment par François Bayrou, François Fillon, Luc Ferry. De grands leaders syndicaux, y compris de la CGT, ont fait de même, et le nombre de personnalités politiques passées par des écoles privées est impressionnant (Emmanuel Macron lui-même a été élève des Jésuites). Quand l’école de la République est en échec, rien de surprenant à ce que les parents prennent d’autres dispositions.

Le terrorisme idéologique tue la liberté d’expression

Dans l’après-midi de samedi, la ministre adresse à l’Agence française de presse (AFP) un communiqué pour s’excuser auprès des enseignants de l’école publique qui auraient pu être « blessés » par ses propos, et pour préciser qu’elle porte tous ses efforts « aux côtés de l’école publique et de ses professeurs ». Elle « rattrape le coup », comme on l’a dit. La porte-parole du Gouvernement, Prisca Thevenot, en rajoute une couche avec un argument très sophistiqué : la ministre a fait un constat mais ce n’est pas blâmable puisqu’elle va agir pour apporter des solutions. Même son de cloche chez le Premier ministre : « Il faut nous juger sur nos actes », parce que « l’école est notre priorité absolue, nous agissons pour l’école de la République et la communauté éducative ».

Pourquoi ces excuses ? Simplement parce qu’immédiatement, dès vendredi après-midi, la gauche et les syndicats ont déclenché un feu nourri contre les paroles de la ministre. Sophie Vénétitay, secrétaire général du SNES FSU, le plus puissant syndicat des enseignants du second degré, condamne des propos « provocateurs et scandaleux » qui montrent « les limites de la ministre », qui a « marqué un premier but contre son camp ». Le syndicat des enseignants catholiques, le SNALC, est plus modéré mais s’adresse à la ministre en l’avertissant qu’elle doit désormais gérer « tous les enfants des autres, et pas uniquement les siens ». Un argument qui revient souvent est le manque de moyens dont dispose l’école : pas assez de postes créés, la vie à Paris coûte trop cher et fait fuir les enseignants, les salaires sont trop faibles pour pouvoir remplacer le personnel absent, etc.

Les politiciens ont été d’une sévérité au moins égale. Olivier Faure, au nom du Parti socialiste, parle de « propos hallucinants ». Le député de La France Insoumise, Rodrigo Arenas, ancien président de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves de l’école laïque), adresse une lettre au recteur de l’Académie de Paris en sa qualité de député : « Elle doit partir » parce qu’elle ne comprend rien à l’école. Plusieurs macroniens expriment le regret qu’elle n’ait pas rectifié ses propos plus tôt, ils estiment qu’elle doit abandonner l’Education nationale et se cantonner aux les Jeux Olympiques.

La morale de toute cette histoire est que la liberté d’expression n’est plus respectée dans notre pays. Ce n’est pas nouveau, mais c’est une illustration spectaculaire, après seulement 24 heures d’existence du gouvernement.

En France il est interdit d’exprimer publiquement une opinion contraire à l’idéologie syndicale, surtout quand elle atteint l’égalité entre les Français ou la sacro-sainte laïcité, conçue comme l’opposition à toute référence religieuse. Jadis Claude Allègre n’avait pas pu « dégraisser le mammouth ». Mission impossible.

Et la liberté scolaire  ?

Il est peut-être important, d’une part de rappeler le statut actuel de ce que l’on appelle « l’école privée », d’autre part d’exposer ce que serait une réforme libérale de l’école.

Stanislas est une école privée sous contrat. C’est-à-dire qu’elle ne peut fonctionner que sous le contrôle permanent de l’Etat. L’ouverture de classes est limitée par des accords qui datent de 1993 ( accords passés entre le ministre de l’Education de l’époque, Jack Lang, et le secrétaire général de l’enseignement catholique, le père Cloupet : le nombre d’élèves du privé ne peut excéder le quart du nombre d’élèves du public.) ; même si les enseignants sont librement choisis, leur carrière et leur rémunération sont fixées par l’Education nationale, les programmes sont établis dans le détail par la rue de Grenelle, les conseils d’administration des collèges et lycées intègrent un représentant du conseil départemental, sécurité et hygiène sont contrôlées par les polices locales.

Reste évidemment la question du coût de la scolarité : école privée = école pour les riches ? Rien n’est plus faux. D’une part le coût de fonctionnement des établissements privés est en moyenne de 30 à 40 % moins élevé que celui des établissements publics : la gestion est plus rigoureuse. D’autre part l’argent public ne peut être réservé à l’école publique puisque ce sont tous les contribuables qui paient pour les deux catégories. Enfin la plupart des établissements privés tiennent compte des capacités financières des familles pour adapter le montant des scolarités, allant jusqu’à l’allocation de bourses. Au 19ème siècle les écoles catholiques ont été les premières à ouvrir leurs portes aux enfants des quartiers pauvres, avec par exemple les Frères des Ecoles chrétiennes, ou les Œuvres de Timon David.

En fin de compte, l’école « privée » est une école en liberté surveillée. Quel serait le contenu d’une réforme de nature à instaurer une véritable liberté scolaire ?

Concrètement :

1° suppression de la carte scolaire,

2° fin du statut de la fonction publique pour les enseignants,

3° liberté de création de tout établissement d’enseignement, en pleine autonomie financière, pédagogique et thématique,

4° liberté de l’âge de commencement des études,

5° financement des études pour toute famille, suivant des techniques éprouvée, telles les exonérations fiscales, les bourses, les bons scolaires (« vouchers »), les établissements à charte (sous contrat, comme les « charter schools » américaines), l’école à domicile.

Ces propositions – qui réduiraient de 30 à 40 %  les coûts de scolarité –  partent du principe que les parents devraient avoir  le choix de l’éducation de leurs enfants, et que l’Etat n’a pas dans ses missions celle d’instruire, et encore moins d’éduquer.

Elles ont été appliquées avec un plein succès dans un grand nombre de pays de l’OCDE ; les vouchers existent aux Pays-Bas depuis 1905, plusieurs Etats américains admettent l’école à domicile (17% en Californie il y a dix ans).

Chez nous il nous faudra attendre un gouvernement libéral pour amorcer une vraie révolution, de nature à sauver le pays, car il faut prendre les maux de la France à la racine. D’ici là il ne se passera rien : la meute laïcarde, gauchiste, syndicaliste  et macronienne veille au grain.

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3 commentaires

henriB 18 janvier 2024 - 10:35

Oups!, vous n’évoquez pas la décision de la mairie de Paris de suspendre les subventions que perçoit Stanislas, au motif de catéchisme obligatoire, entre autres.

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Jean-Aymar de Sékonla 18 janvier 2024 - 11:25

Quand aurons nous un grand tribunal populaire pour juger et condamner la ribambelle de ministres de l’éducation nationale pour le mal qu’ils ont fait au pays et pour le préjudice causé à des générations de français ?

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PascalS 18 janvier 2024 - 12:44

Le SNALC n’est pas un syndicat catholique, c’est un syndicat qui vit de ses propres revenus (à la différence de tous les grands syndicats).
Les absences des enseignants leurs sont imputées (ils se formeraient sur leur temps de travail : étonnant, non ?), alors qu’il s’agit de l’incurie de l’administration, et sur le fait que la raison du déplacement du fils de la ministre n’est pas l’absentéisme supposé de sa maîtresse, mais du refus de l’école publique de faire sauter une classe à son fils…
La ministre choisit de mentir pour se justifier, en le faisant avec morgue.
Tous ses prédécesseur ont prôné la mixité sociale en renforçant la carte scolaire, tout en plaçant leurs enfants dans le privé, et elle suit le mouvement.
Alors oui, je pense qu’il y a de quoi être énervé.
Après, le bilan à opérer n’est certainement pas celui du SNES, c’est évidemment celui de la liberté, mais sans hypocrisie.

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