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Enseignement : une détermination défaillante

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« Je suis déterminé à agir pour rétablir le niveau de nos élèves » a déclaré Emmanuel Macron dans ses vœux aux Français le 31 décembre. L’OCDE venait de commenter le dernier rapport international sur le niveau des élèves français de 15 ans, dit rapport Pisa, qui montre « une baisse historique du niveau des élèves ». Et dans le dernier classement mondial des 50 meilleures universités, il y a 17 américaines, 8 anglaises et 0 française.  La détermination du président est donc bien nécessaire.

Quelques jours plus tard, il nommait une grande sportive comme ministre de l’Éducation nationale. A 14 ans, Amélie Castéra avait gagné l’Orange Bowl, le prestigieux tournois de tennis international junior. Trois ans plus tard elle figurait au classement des meilleures mondiales. Elle abandonnait peu après, à 18 ans, une carrière sportive qui s’annonçait prometteuse pour se consacrer à ses études. Celles-ci furent brillantes, puisqu’après Sciences Po et l’Essec, elle était reçue à l’ENA, puis classée dans les premiers au concours de sortie, et entrait à la Cour des comptes. Sa nomination a été de courte durée. Ensuite, il a nommé Mme Belloubet. Pourquoi faire ?

En Angleterre, une étude situe entre 50 et 57 le nombre d’heures de travail hebdomadaire des enseignants

Le dernier rapport Pisa montre que, parmi tous les pays développés mieux classés que la France, il y en a trois grands : les États-Unis (7ème en « compréhension de l’écrit » contre 27ème pour la France), le Royaume-Uni (9ème), l’Allemagne (15ème). En sciences, où la France est 23ème, ces trois pays sont respectivement 13ème, 11ème et 17ème.

Le système d’enseignement de ces trois pays se distingue de celui de la France. En particulier, les écoles sont évaluées et les enseignants y sont présents à temps plein. En Angleterre, une étude citée par le Guardian situe entre 50 et 57 le nombre d’heures de travail hebdomadaire qu’ils effectuent. En Allemagne, ils assurent au moins 40 heures par semaine et sur un plus grand nombre de semaines que les Français, qui eux sont très attachés à leurs longues vacances scolaires, aux 15 heures de présence obligatoire par semaine des agrégés et aux 18 heures des certifiés.

Il est probable qu’aucun ministre n’osera pas proposer d’aligner les horaires de présence des enseignants français sur ceux de leurs collègues allemands et que, si elle le faisait, Emmanuel Macron le refuserait : il vient de leur accorder une hausse générale des salaires de 10% (soit + 7 Mds € par an en 2027, dont une partie minime rémunérera les heures supplémentaires).

Mais peut-être que la nouvelle ministre, Mme Belloubet s’inspirera-t-elle de la façon dont les Américains et les Anglais classent leurs écoles

Aux Etats-Unis, depuis 2003, le site web greatschools.org leur donne une note globale (sur 10), calculée à partir de trois évaluations : progrès des notes des élèves aux examens, niveau de ces notes, résultats à l’entrée dans les universités. Pour les écoles dont une partie des élèves est défavorisée, une quatrième note (d’«équité ») est prise en compte. Toutes ces notes sont lisibles sur le site, ainsi que des informations sur le climat de l’école, la proportion de professeurs ayant plus de trois ans d’expérience, etc. Ce site web, ouvert gratuitement à tous, est géré par une association sans but lucratif financée par des dons. Il est utilisé par plus de 55 millions d’Américains chaque année, notamment par ceux qui déménagent.

En Angleterre, un organisme public, l’Ofsted (office for standards in education), dépendant du Parlement, donne une note (de 1 à 4) à chaque école. Employant plus de 2.000 inspecteurs, il les visite chacune au moins une fois tous les trois ans, les plus mal notées plus souvent. Ses rapports sont disponibles sur son site web, consulté 96 millions de fois par an. La note de l’Ofsted est prise très au sérieux par les écoles et leurs professeurs, au point qu’il est parfois accusé de les stresser.

En France, la loi d’orientation de 1989, promulguée alors que Lionel Jospin était ministre de l’Education nationale, a institué une évaluation de chaque école sous la forme d’un rapport annuel qui « rend compte, notamment, de la mise en œuvre et des résultats du projet d’établissement » et la loi du 26 juillet 2019 a créé un Conseil d’évaluation de l’école (CEE) qui « définit le cadre méthodologique des évaluations et analyse les résultats de ces évaluations », effectuées tous les cinq ans. Le CEE précise : « La finalité de l’évaluation n’est pas le classement » ! Un « bilan national de la campagne 2021-2022 de l’évaluation des écoles » a été publié en 2023. Ce rapport signale « les difficultés rencontrées dans un nombre non négligeable d’établissements qui se sont heurtés à un refus des enseignants [… seul] un tiers des rapports explicitent la pertinence des orientations proposées par les évaluateurs externes ».

Ces difficultés sont dues à l’opposition des syndicats. Le SNUDIFO « appelle les personnels à refuser collectivement de mettre en œuvre les évaluations d’école ». La CGT les refuse car elles « peuvent conduire à une mise en concurrence des écoles et des personnels ».

Aussi les cent évaluations par an décidées par Lionel Jospin n’ont-elles pas été renouvelées après 1992. La « lettre de mission » du ministre de l’Éducation nationale de juillet 2007 prévoyait la mise en place d’« une évaluation en profondeur des établissements, qui sera disponible pour les familles ». Cette mission n’a pas été remplie.

Que fera la nouvelle ministre de l’éducation ?

Mme Oudéa-Castéra a eu le courage de dire qu’en cas d’absence d’un professeur, son remplacement n’est pas assuré dans les écoles publiques autant que dans les écoles privées. Elle aurait pu ajouter que si toutes les régions françaises avaient le même pourcentage d’élèves en écoles privées qu’en Bretagne (où  il est le plus élevé), le niveau général serait porté au niveau des élèves bretons, lui aussi le plus élevé.  Et que, le coût par élève étant pour l’État d’un tiers plus bas dans le privé, l’économie réalisée  permettrait de financer, à budget égal, une augmentation massive des salaires de tous les enseignants (que l’on pourrait conditionner à une présence plus assidue à l’école). Au lieu de cela, peut-être poussée par son président ou son Premier ministre, elle s’est excusée d’avoir « blessé » les enseignants du public (en leur disant la vérité !). Elle a été finalement remplacée.

La gestion du ministère restera entre leurs mains. Les écoles ne seront toujours pas classées. Le niveau des élèves ne sera pas rétabli.

Car la détermination politique est défaillante.

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5 commentaires

Oncpicsou 12 février 2024 - 9:52

Le coût par élève serait donc un tiers plus bas dans le privé que dans la public?… Alors qu’on fasse taire ceux qui critiquent les parents qui, en plus de financer par leurs impôts un enseignement public 50%* plus cher, doivent payer pour mettre leurs enfants dans le privé !!!
On devrait leur rendre de l’argent !
* Pour ceux à qui l’enseignement public n’a pas appris à compter: si A coute un tiers moins cher que B cela signifie que B coûte 50% plus cher que A.
(Souvenez vous, on vous a déjà fait le coup avec les 60% de taxes DANS le prix de l’essence! (au lieu de dire que l’essence est taxée A 150%)

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Mathieu Réau 12 février 2024 - 4:56

Ce qui revient surtout à dire que l’enseignement privé ne revient pas moins cher aux familles, bien au contraire ; car vous croyez vraiment que l’État baisserait les impôts qui financent l’école publique si les Français mettaient subitement en masse leurs enfants dans le privé ?
Donc cet argument que le privé coûterait moins cher à l’État que le public est absurde : c’est nous, l’État. C’est de l’argent des Français qu’il s’agit dans tous les cas. Et comme vous le dîtes si bien, le privé augmente la facture globale, il ne la réduit pas.
Laissons le débat là où il est vraiment important, à savoir sur le niveau. Où je crois qu’il y a des choses que l’État peut faire sans déléguer au privé. Au Japon, les plus prestigieuses universités du pays sont les universités d’État, justement, pas les universités privées.

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Nicolas Lecaussin 12 février 2024 - 6:10

dans un système concurrentiel, le privé n’augmente pas la facture, au contraire.

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Christine 12 février 2024 - 2:45

Vous ne connaissez pas le monde enseignant, monsieur et ça se voit.
Sachez que les enseignants anglais et allemands ont plus d’heures de présence dans l’établissement parce que le temps de préparation et de correction de leurs cours est ajouté à leurs heures d’enseignement. Ce qui veut dire que si leur temps de présence se termine au milieu d’une correction, ils rentrent chez eux, seuls les plus consciencieux emportent leur travail à la maison. De plus, des bureaux leur sont alloués pour leur travail en dehors des cours, ce qui n’est pas le cas en France où les enseignants doivent se trouver un coin ou une salle vide lorsqu’ils ont besoin de travailler
En France, les 15h et 18h ne concernent que le temps de présence devant les élèves. Tout ce qui est en amont (recherches, préparation, rédaction, photocopies…) et tout ce qui est en aval (corrections) se fait en plus des cours, ce qui fait qu’on approche assez vite des 50h.
Sachez également que les Allemands ont quasiment autant de vacances scolaires que nous et qu’une heure de cours en Allemagne dure 45mn contre 55 mn en France, ce qui explique qu’ils aient plus d’heures de cours par semaine.
Sachez enfin que les enseignants français sont les moins bien payés d’Europe

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LMV 15 février 2024 - 7:48

1) Sur le temps de travail des enseignants :
Il serait utile d’être exhaustif et ne pas « oublier » de préciser que les enseignants français du premier degré sont, derrière les Pays Bas, ceux qui ont le temps de travail le plus long d’Europe, et qu’ils sont très largement moins payés que leurs homologues néerlandais, allemands, belges ,anglais, espagnols, portugais … ( voir le dernier rapport de la Depp)

2) Quant à Mme Oudéa-Castéra dont vous faites l’éloge :
elle ne s’est pas contenté de dire qu’en cas d’absence d’un professeur, son remplacement n’est pas assuré dans les écoles publiques autant que dans les écoles privées (ce qui est vrai ). Ce qui est insupportable et blessant c’est qu’elle ait insinué qu’elle avait mis son fils dans le privé car elle avait subi de telles absences dans l’école maternelle publique Littré (ce qui a été dementi par le témoignage de l’enseignante de son fils). Comment un ministre de l’éducation nationale peut-elle mentir « les yeux dans les yeux » ?

3) Sur le privé qui coûte moins cher que le public (« le coût par élève étant pour l’État d’un tiers plus bas dans le privé »).
On peut trouver quelques raisons en voici déjà 2 :
– 4 fois plus de non titulaires ( précaires en CDD renouvelés sans cesse) : on compte seulement 4% de non titulaires dans le public et 17% dans le privé qui permettent de tirer vers le bas la masse salariale.

–très peu d’agrégés : ils représentent 13,6% des effectifs totaux contre seulement 4,07% dans le privé. Ils touchent des salaires plus élevés (3460 euros net par mois en moyenne pour le second degré public contre 2561 pour un certifié) mais leur service obligatoire se limite à 15 heures par semaine au lieu de 18 heures pour leurs collègues certifiés. D’ailleurs je trouverais logique que le temps de travail d’un agrégé soit identique à celui d’un certifié au collège et au lycée!

4) Sur le privé qui obtient de meilleurs résultats que le public
Je me demande si les différences de résultats scolaires ne seraient pas plutôt liées au profil des élèves rencontrés en privé? Peut être que si les élèves des cités et ZUP, que doit former le public bien seul, étaient répartis aussi dans le privé ça ré-équilibrerait les résultats, non? ( 1) voir https://fr.statista.com/statistiques/1326133/eleves-favorises-defavorises-college-public-prive-france/ 2) lire le point de vue de la sociologue Fabienne Federini : https://www.inegalites.fr/Enseignement-prive-un-separatisme-social-jamais-vraiment-nomme)

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