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Les revalorisations salariales des enseignants ou comment passer à côté des vrais problèmes

Depuis le 13 janvier 2020, le ministère de l’Éducation nationale est entré dans une longue séquence de dialogue et de négociations avec les syndicats qui doit durer jusqu’à l’été et aboutir à une loi de programmation de revalorisations salariales.

« Les grands gagnants de la réforme des retraites »

Cette phase de concertation fait suite aux annonces du Premier ministre Édouard Philippe sur la réforme des retraites, et particulièrement celle prévoyant que la pension des fonctionnaires prendra désormais en compte l’ensemble des revenus, primes comprises. Or les enseignants ont peu de primes, comparativement aux autres fonctionnaires. Ils seraient ainsi « pénalisés » pour reprendre les mots du communiqué du ministère de l’Éducation nationale.

Bref, il s’agit de discuter de la revalorisation des rémunérations des enseignants « de manière à maintenir le niveau de leurs pensions ». Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer entend, par la même occasion, « revaloriser le métier enseignant et rendre les carrières plus attractives ». Déjà 500 millions d’euros sont prévus pour 2021. En 2037, la dépense devrait peser 8 à 10 milliards d’euros, soit 700 à 900 euros brut mensuels en moyenne par enseignant. Une revalorisation qui viendra s’ajouter aux augmentations individuelles à l’ancienneté et aux progressions du point d’indice.

Les enseignants ne pourront plus se plaindre d’être moins payés que leurs homologues des autres pays développés. C’est pourquoi Le Figaro pouvait titrer le 20 décembre 2019 que « les enseignants seront les grands gagnants de la réforme des retraites ».

« Contribuer à l’avenir » de la France

De janvier à mars 2020 se déroule une phase de concertation avec les syndicats. Puis d’avril à juin s’ouvrira une phase de négociation en vue du projet de loi de programmation et du projet de loi de finances de 2021.

Pour Jean-Michel Blanquer, c’est l’occasion « de redéfinir les ressources humaines » du ministère et de contribuer ainsi « à l’avenir de notre pays ». Rien de moins.

Mais la redéfinition des ressources humaines de l’Éducation nationale et l’avenir du pays ne passent-ils que par 10 milliards d’euros de dépenses annuelles supplémentaires ? Il est permis d’en douter.

Des rémunérations pas si basses

Tordons tout d’abord le cou à l’idée bien installée que les enseignants français sont les moins bien payés des économies développées. L’OCDE reconnaît que le salaire des professeurs français est inférieur de 7 % à la moyenne des pays membres de l’OCDE en début de carrière. En milieu de carrière, les Français gagnent 22 % de moins que leurs confrères. Mais en fin de carrière, l’écart n’est plus que de 2 %. Et, si l’on tient compte des primes et du paiement des heures supplémentaires, le salaire effectif des enseignants français était légèrement supérieur à la moyenne de l’OCDE en 2017 (sauf pour ceux de l’élémentaire). Un tableau, donc, pas si noir que celui des syndicats.

Avec la revalorisation qui se prépare, les enseignants français vont assurément dépasser leurs homologues de l’OCDE. Cela suffira-t-il à attirer les meilleurs ? Car tel est bien l’enjeu : disposer de professeurs motivés, engagés et bien formés.

Une autre étude de l’OCDE, parue à l’été 2019, intitulée TALIS pour « Teaching and Learning International Survey », portant sur l’année 2018, nous fait comprendre que l’augmentation des salaires ne résoudra pas tous les problèmes de l’Éducation nationale. Et encore moins ceux qui sont liés à l’avenir du pays.

Résoudre d’abord les questions de discipline, de pédagogie et de formation

On y découvre, en effet, que le corps professoral français cumule plusieurs tares liées à la discipline, à la pédagogie et à la formation.

Sur la discipline, l’étude TALIS n’est pas à l’avantage de la France, c’est le moins que l’on puisse dire. Chez nous, 27 % des chefs d’établissement signalent des actes réguliers d’intimidation ou de harcèlement parmi leurs élèves, ce qui est presque le double de la moyenne de l’OCDE (14%). Cela représente une augmentation de cinq points de pourcentage au cours des cinq dernières années.

Les enseignants français passent 17 % du temps à maintenir l’ordre dans leur classe, contre 13 % dans l’OCDE. Et plus d’un tiers d’entre eux (35 %) signalent des problèmes de discipline en classe, contre 28 % pour la moyenne de l’OCDE.

Il faut dire qu’en France, seulement 55 % des enseignants ont été initiés à la gestion des comportements des élèves et de la classe au cours de leur formation initiale, ce qui est nettement en dessous de la moyenne de l’OCDE (72%).

Le rapport TALIS met également le doigt sur le fait que, dans les collèges de zones socio-économiques défavorisées, les enseignants sont plus jeunes et moins expérimentés que leurs collègues des autres établissements. Cela pourrait expliquer, selon l’OCDE, que ces jeunes enseignants ne consacrent que 68 % du temps scolaire à l’apprentissage, alors que la proportion est de 77 % chez leurs collègues âgés de plus de 50 ans.

Depuis la dernière enquête TALIS (2013), le temps effectif consacré en classe à l’enseignement et à l’apprentissage a diminué d’un point (soit environ l’équivalent de 3 jours de classe dans l’année scolaire).

Sur le plan de la pédagogie, l’OCDE constate que les pratiques impliquant l’activation cognitive des élèves, dont on connaît l’importance pour les apprentissages, sont moins répandues en France que dans le reste de l’OCDE. Par exemple, en France, seuls 26 % des enseignants déclarent demander fréquemment aux élèves de décider de leurs propres procédures de résolution pour des tâches complexes, contre 45 % en moyenne pour l’OCDE. Autre exemple, si 21 % des enseignants français demandent souvent aux élèves d’évaluer par eux-mêmes leurs progrès, la moyenne de l’OCDE est de 41 %.

Les enseignants français sont également bien moins nombreux à laisser les élèves utiliser le numérique pour des projets ou des travaux en classe : 36 % contre 53 % pour la moyenne de l’OCDE.

Enfin, l’enquête TALIS révèle que dans les pays de l’OCDE la plupart des futurs enseignants reçoivent une formation reposant sur une approche « simultanée » qui leur octroie un diplôme unique pour des études dont le contenu disciplinaire, la pédagogie et les autres cours relatifs à l’enseignement débutent dès le début de leurs études supérieures. La France fait figure d’exception car ses enseignants obtiennent le plus fréquemment leur diplôme à l’issue d’un parcours reposant sur une approche « consécutive » en deux phases : la première avec un enseignement universitaire axé sur une discipline, la seconde axée sur la pédagogie et les stages pratiques.

Par ailleurs, au cours de leur formation initiale, seuls 66 % des enseignants en France ont reçu quelques notions concrètes sur la discipline, la pédagogie et les pratiques en classe, contre 79 % pour la moyenne des pays l’OCDE.

Davantage d’initiative et d’autonomie

Ces carences de l’Éducation nationale doivent expliquer en partie les mauvais scores réguliers de la France dans les classements internationaux. Pour mémoire, elle est 26ème dans le dernier classement Pisa de 2015.

Augmenter la rémunération des enseignants ne changera pas grand chose. En revanche, améliorer la discipline, la pédagogie et la formation initiale des enseignants devrait grandement améliorer nos performances.

Une des solutions serait d’octroyer plus d’autonomie aux chefs d’établissement. Laissons-les être les véritables patrons de leur école. Laissons-les recruter leurs enseignants… et leurs élèves. Laissons-les innover, avec leurs professeurs. Mettons-les en concurrence pour que les meilleurs – tant du point de vue de la discipline et de la pédagogie – entraînent les autres. Et dénationalisons – c’est-à-dire libérons – la formation des enseignants : laissons les établissements d’enseignement supérieur, publics ou privés à l’instar de l’École professorale de Paris fondée par Philippe Nemo, proposer leurs formations, concurrentes entre elles.

Cela existe déjà en partie grâce à l’enseignement privé. Libérons celui-ci que l’on empêche aujourd’hui de croître. Et laissons à l’enseignement public la possibilité de le copier et de le concurrencer vraiment. Ce serait un grand pas pour nos enfants et donc pour « l’avenir de notre pays » !

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Messages (4)

gestion de l'éducation nationale

le 25 février, 08:27 par gaston79

Personne ne semble avoir lu les 2 rapports de la Cour des Comptes (2013 et 2017) intitulés "gérer les enseignants autrement se terminant ainsi :" La Cour avait dans son rapport public de 2013 montré l’importance
d’une gestion renouvelée des enseignants, plus en adéquation avec les
exigences nouvelles du système éducatif et mieux adaptée à la réalité du
métier qui ne peut indéfiniment être exercé dans un cadre trop intangible.
Si le renouvellement de cette gestion ne constitue pas la seule dimension
de la nécessaire réforme de l’école, elle en est un aspect primordial car les
enseignants jouent un rôle clé dans le fonctionnement et la réussite du
système éducatif", insistant bien sur le fait que les problèmes de l'éducation nationale française sont essentiellement des problèmes d'organisation et de management auxquels personne n'ose toucher.
 ://www.ccomptes.fr/sites/default/files ...

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Egalitarisme

le 25 février, 10:32 par Verité87

Plusieurs points sont ignorés :
Le collège unique conduit à la médiocrité.
Les enseignants ont tous un traitement (salaire) identique quelque soit la discipline enseignée. C’est absurde.
L’autonomie aux chefs d’établissement oui mais n’oublions jamais que de trop nombreux chefs d’établissement sont d’anciens enseignants qui ont fuit leur ancien métier. Ce n’est pas le meilleur critère d’un bon manager....
Tant que les enseignants ne seront pas évalués et rémunérés en conséquence il n’y a pas de progrès possible

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rémunérations et heures d'enseignement

le 25 février, 12:22 par AFL

Certes les enseignants français sont peut-être moins bien rémunérés, mais quid du nombre d'heures à enseigner devant les élèves ? Si j'en crois une étude lue il y a quelques années, la France se situait à l'avant dernière place avant l'Italie quand au nombre d'heures travaillées dans l'année ...

- Répondre -

L'école française victime aussi de préconisations internationales inapropriées

le 25 février, 16:33 par Dominogris

L'enseignement français a été excellent bien avant que l'OCDE ne distribue ses bons et mauvais points. Les Français étaient recherchés dans ke monde entier poyr leur culture générale
L'OCDE qui considère, de façon utilitariste, l'éducation d'abord comme un service rendu au monde économique - ce qui s'inscrit à rebours de la tradition française -, préconisait il y a quelques années de sacrifier la qualité de l'enseignement plutôt que le nombre d'enfants accédant à l'enseignement supérieur, sous le prétexte de ne pas provoquer de révolte des familles : « Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment a un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement et l'école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l'établissement voisin, de telle sorte que l'on évite un mécontentement général de la population. » (OCDE, cahier d'économie politique n°13)
Ou encore, cette institution aux objectifs mondialistes à peine dissimulés recommandait de sacrifier l'enseignement de l'histoire...
On peut dire que c'est une réussite...
L'uniformisation à l'échelle internationale s'oppose d'ailleurs à la concurrence et à l'innovation qui sont en effet les plus à même de rénover notre système éducatif.

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