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Les causes du retard français dans le domaine de l’innovation pharmaceutique

jeudi 8 avril 2021, par Romain Delisle

Hébété par l’avancée du Covid-19 comme 81 ans plus tôt par la percée des troupes allemandes dans les Ardennes, le pays de Pasteur contemple son armée sanitaire en déroute. Une fois de plus, la ligne Maginot n’a pas tenu ses promesses, une fois de plus c’est la débâcle. Hôpitaux au bord de la rupture, vaccin français reporté aux calendes grecques, série de confinements-reconfinements jouant avec les nerfs de nos compatriotes : notre pays est le seul membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU à ne pas avoir de vaccin national, avec les conséquences en termes de souveraineté sanitaire que cela entraîne.

Il n’est pas opportun de faire le point ici sur les responsabilités de l’impréparation de notre système de santé, l’histoire s’en chargera. En revanche, le retard accumulé par notre pays dans le domaine de l’innovation pharmaceutique, la défaillance des financements publics de notre recherche et les faiblesses structurelles de la filière demeurent des éléments saillants que, comme souvent, la crise ne fait que révéler.

La défaillance de l’État dans le financement de la recherche

Le processus d’innovation pharmaceutique se décompose en plusieurs phases : la découverte fondamentale, une nouvelle molécule par exemple, aboutit à un produit commercial, un médicament ou un vaccin. La première phase de recherche fondamentale ne dispose pas de résultats commercialisables et doit recevoir des financements publics, tandis que la recherche appliquée a vocation à voir ses coûts supportés par le secteur privé.

Contrairement à sa voisine d’outre-Rhin qui y consacre 3% de son PIB, la France dépasse tout juste les 2% en ce qui concerne les financements publics de la recherche, dont seulement 18% sont consacrés à la biologie-santé.
Seules 117 start-ups françaises du secteur ont été financées en 2018 pour un montant moyen de 9 millions d’euros, contre 135 au Royaume-Uni pour un montant moyen de 12 millions d’euros.

En 2020, aucune université française n’intègre le top 50 du classement de Shangaï en santé publique, seulement deux en pharmacie et une en biologie. Clochardisés, les chercheurs français gagnent en début de carrière 63% de la moyenne des salaires de leur profession par rapport au niveau de l’OCDE, avec pour conséquence une fuite des cerveaux, vers les États-Unis notamment.

Un deuxième constat apparaît alarmant : le financement public de la recherche n’est pas aussi efficient qu’il devrait l’être. Si la France accueille un grand nombre d’essais cliniques des médicaments, ceux-ci se concentrent plus largement sur des essais non aléatoires avec des normes scientifiques plus faibles, majoritairement financés par les pouvoirs publics.

Les faiblesses structurelles du secteur pharmaceutique français

Ces dernières années, l’industrie pharmaceutique a dû faire face à un important virage technologique, passant d’une industrie de fabrication de médicaments par synthèse de produits chimiques à la production de biomédicaments, c’est-à-dire fabriqués (ou extraits) à partir d’organismes vivants. Concrètement, les médicaments conçus en masse pour un large public (les blockbuster) sont supplantés par des médicaments complexes, ayant des coûts de production élevés et destinés à des marchés réduits (les niches-buster). L’European Medicines Agency (EMA) a, par exemple, autorisé en 2000 deux médicaments traitant des maladies orphelines, contre cent treize en 2019.

La filière se structure autour de grandes multinationales qui gèrent la commercialisation et le développement du produit fini, s’appuyant sur un écosystème de PME financés par des fonds de capital-risque [1].

Le besoin de financement de ces sociétés a explosé à mesure que le coût moyen de développement d’un médicament augmentait. Avec une croissance de 8,5% par an, le coût moyen de développement d’un médicament est passé de 802 millions de dollars en 2003 à 2,5 milliards de dollars en 2016. Financer un médicament est donc un processus cher et long, 10 à 15 ans en moyenne, le temps de développement du produit ayant lui aussi augmenté.

Or, notre pays a mal négocié ce virage. De 1995 à 2008, il était le premier producteur européen de médicaments en valeur, en 2017 il se retrouve à la 4e place [2]. En cause, la délocalisation de la production des produits à faible valeur ajoutée dans les pays à bas coûts, comme la Chine ou l’Inde, et l’atonie du développement de médicaments innovants. La production nationale concerne actuellement, à 80%, des médicaments d’origine chimique dont 49% possèdent un brevet expiré. Dans le même temps, l’investissement en faveur des biomédicaments baissait de 183 à 148 millions d’euros de 2010 à 2015.

Le tableau de la situation du secteur pharmaceutique français peut sembler assez sombre et inquiétant : en effet, le sous-investissement de l’Etat dans le secteur est chronique et ce malgré la crue continue de la dépense publique dans notre pays. Comment ne pas imaginer que de l’argent investi, c’est-à-dire de l’argent qui doit créer de l’argent, ne soit pas un élément considéré comme prioritaire par nos gouvernants ?

A minima, nous sommes en droit à rêver à un effort de recherche comparable à celui de l’Allemagne ou mieux, à un véritable choc de compétitivité sanitaire, puisque désormais le cruel besoin de souveraineté dans ce domaine se fait sentir. Ne faut-il pas à cet effet faciliter la vie des entreprises pharmaceutiques, alléger les procédures, réduire les règlementations, libérer les prix …

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Les-causes-du-retard-francais-dans-le-domaine-de-l-innovation-pharmaceutique

[1Concrètement, les grandes entreprises achètent des parts des start-ups en espérant de substantiels profits à la revente.

[2Le premier pays européen producteur de médicaments est la Suisse pour une valeur de 44,9 milliards d’euros contre 21,9 milliards d’euros pour la France.

Messages

  • En 1965, trois français travaillant à l’Institut Pasteur, Jacob, Monod et Lwolf, ont obtenu le prix Nobel de médecine pour la découverte de l’ARN messager, sur lequel sont fondés aujourd’hui les principaux vaccins contre le covid-19.

    A ma connaissance, aucun média n’a mentionné ce fait, qui illustre la décadence survenue depuis dans la recherche française dans le domaine pharmacologique.

    Depuis cette date deux décisions funestes du Président Chirac sont intervenues : l’inscription du principe de précaution dans la constitution et l’investissement insensé dans ITER qui a mobilisé une part majeure du financemeni public dans la recherche.

  • Que cherche t-on encore comme excuses il n’y en a que trois
    1) 35 h RTT et autres vacances à répétition
    2) niveau des Taxes et charges
    3) Contraintes de plus en plus insoutenables initiés par les écolos
    Le reste n’est que paroles et ne sert à rien
    Le vrai problème est que nos imbéciles de la politiques et de la hautes fonction publique prennent mesures sur mesures sans être capable d’analyser les effets redondants.
    La France a majoritairement et avant tout une idéologie communiste et de plus en plus fainéante et ce quelle qu’en soit l’étiquette politique. Ainsi à bien y regarder cette situation est aussi partiellement due à l’accueil en masse d’individus d’une autre culture que celle du travail que l’on assiste au point de gagner davantage d’argent que ceux qui travaillent instaurant petit à petit une lassitude et un objectif qui est celui d’obtenir une assistance permanente égale à celle consentie avec largesse à tous ceux venus d’ailleurs.

  • On ne peut à la fois,avec l’argent du contribuable, acheter des électeurs et financer la recherche
    ainsi que les autres activités régaliennes d’ailleurs !

  • pour créer des entreprises il faut des entrepreneurs , en Pharmacie comme ailleurs ; cette fonction d’entrepreneur, entrepreneur/créateur c’est pire, est difficile ; il faut un bon mental et savoir être toujours à la fois optimiste et prudent , à la fin en France l’impôt sur les plus values confisque 30% du gain (avant Macron c’était pire ) mais 30% c’est énorme quand on part de zéro et qu’ il a fallu déjà payer chaque année des impôts sur les revenus annuels conséquents, cet impôt doit disparaitre sur des investissements de long terme (7 ans par ex . ), or il est constant quelle que soit la durée du processus de création ,cela émousse sérieusement le gout du risque : si on se trompe on perd tout , si on ne se trompe pas on gagne moins de la moitié du gain en net après impôt sur les revenus (IS ) et sur les plus values .
    Voilà pourquoi il y a si peu d’entreprises en France sauf des TPE pour lesquelles des avantages existent , mais seulement si le créateur vise à rester petit, vise donc la médiocrité .

  • Cher Monsieur,

    Votre remarque concernant l’impôt sur les plus values est très intéressante et mérite bien qu’on s’y attarde un peu plus. Elle pourrait bien faire l’objet d’un prochain article.

    Au plaisir de vous lire,

  • La situation est ainsi que vous le dites, mais le passé est passé, l’important n’est-il pas le futur.
    Un pronostic : la fermeture de l’ENA est affaire de longue haleine, nous en avons un stock pérenne pour 20 ans.
    Un constat : la plus durable des difficultés n’est elle pas que le Système établi par les élites a conduit à sélectionner dans tous les lieux de pouvoir des gens moyens (élus).
    Les talents s’impliquent ailleurs ou autrement, là aussi il faudra 20 ans.
    Une attitude :
    nous disposons de 99% de ce qu’il faut et,
    nous ne pouvons rien pour le 1%, sauf,
    sauf si nous gérons la césure et plaçons, pendant 20 ans, nos efforts à la meilleure application possible des avancées de la science au bénéfice des patients.

    Il est autant de satisfaction de ce côté de la vie, et probablement bien davantage pour 20 ans. .

  • En accord avec votre commentaire, M. HUBIN ; ce mal que je dénonce depuis des années mais on apprend aux Français, depuis longtemps, et dès l’école, à penser comme des socialos communistes.
    L’état ne laisse au secteur privé que 35 % pour créer de la richesse ; il capture donc tout le reste par l’impôt, les taxes...
    Comment voulez-vous créer de la richesse lorsque sur 100 € gagnés, le privé donne à l’état 65 € à l’état incompétent qui pense faire mieux que le privé ??!!
    Je rappelle que sous la Présidence de M. POMPIDOU, sur 100 Francs gagnés le privé donnait à l’état 30 francs. C’est bien la raison pour laquelle nous avons connu les 30 glorieuses..!
    Il faudrait tenter d’expliquer ce point fondamental aux Français... ??! qui n’ont toujours pas compris...!!

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