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Pandora Papers : 6 arguments pour comprendre (qu’on vous en raconte souvent n’importe quoi)

L’IREF dans Atlantico

mardi 5 octobre 2021, par Jean-Philippe Delsol

A travers la vaste enquête des "Pandora Papers", des liens ont été établis entre des actifs offshore et 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan. Publiée dimanche par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), cette enquête s’appuie sur 11,9 millions de documents provenant de 14 sociétés de services financiers.

Chapitre 0 : des "révélations" à nuancer

Don Diego de la Vega : Premièrement, il n’y a rien de surprenant dans l’enquête. Deuxièmement, ça ne touche que des personnes qui n’ont pratiquement aucun pouvoir. Le vrai pouvoir ce n’est pas Shakira, Tony Blair, ou un joueur du PSG, c’est la FED, la BCE, quelques politiques de grands pays. Cela peut émouvoir le landernau médiatique, mais ce ne sont pas des révélations chocs. Le fait que des membres haut placés de la FED aient fait du trading pour leur compte personnel est une révélation plus importante et cela se place plus haut dans la gradation des conflits d’intérêts.

Chapitre 1 : des ordres de grandeur à considérer

Jean-Philippe Delsol : Les estimations varient avec des chiffres plus ou moins élevés. On peut retenir tout d’abord le chiffre de 7900 milliards d’euros, mais il n’est pas clair. Dans les comptes « épinglés », il y a des montants très différents et de nature très différentes.

Don Diego de la Vega : Il n’y a aucun lien entre les Pandora Papers et les 11 trillions de dollars de placement offshore que relève l’OCDE au total (dans son dernier rapport de 2020) que l’on mentionne parfois dans les articles. Pour les Pandora Papers, il n’y a aucun chiffre en face des dossiers. Et on ne sait pas d’où viennent les capitaux évoqués. Il est probable que cela soit du menu fretin mais il est impressionnant pour le public car ce sont des noms connus, donc des puissants pour le lecteur moyen. Je suspecte fort que les vrais puissants dans ces systèmes soient dans une situation d’impunité totale. Par ailleurs, l’économie américaine tourne à 20 trillions par an, s’il y avait plus que quelques trillions de véritable fraude fiscale, il y aurait un problème de recettes pour les Etats. Or, ce n’est pas du tout le cas. Ces cas ne sont statistiquement pas représentatifs.

Chapitre 2 : une indignation sélective

Jean-Philippe Delsol : On reproche à M. Blair d’avoir économisé 380 000 euros car il aurait acheté les parts d’une société localisée dans un territoire « opaque » qui détenait un bien immobilier au lieu d’acheter directement le bien immobilier lui-même. Cela n’est pas interdit en Angleterre alors pourquoi lui reprocher d’avoir acheter les parts d’une société, ce que l’on fait couramment. 10 à 15 % des personnes qui achètent de l’immobilier en France ne l’achète pas en direct, mais via une société. Il faut être attentif car ces papiers faits par des journalistes peuvent être excessifs. Ils pointent du doigt des schémas, des opérations qui n’ont rien de contestables en soi.
Les lois de chaque pays doivent être respectées. Tout ce que l’on a fait en matière de lutte contre les comptes opaques permet de dire aujourd’hui quel est le bénéficiaire ultime d’un compte en banque. Chaque banque ayant l’obligation de connaître le bénéficiaire ultime du compte, il est de plus en plus difficile de cacher de l’argent à l’étranger, mais il y aura toujours des fraudeurs hélas. Il y a toujours des personnes malfaisantes sur Terre qui trouveront des prête-noms ou autre.
Les journalistes ont besoin de vendre leurs papiers avec des scandales alors quand le Roi de Jordanie achète ses propriétés au travers de sociétés occultes c’est une occasion. Mais il serait plus intéressant que les enquêteurs se focalisent sur les affaires de personnalités qui nous sont proches. On sait par exemple qu’Emmanuel Macron a prêté de l’argent à sa femme avant sa déclaration de patrimoine… Ici on pointe l’économie légale qu’a fait M. Blair…

Don Diego de la Vega : « Tu tues une baleine, t’auras les écolos, t’auras Greenpeace, t’auras le commandant Cousteau sur le dos ! Mais décime un banc de sardines, j’aime autant te dire qu’on t’aidera à les mettre en boîte ! » dit Benoît Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous. C’est de l’indignation sélective, doublement sélective même car les gens ne vont pas considérer Shakira ou Tony Blair pour les sardines qu’ils sont pourtant à l’échelle internationale. La réalité de l’affaire à l’échelle mondiale, ce sont les entreprises. Et le vrai sujet, ce sont les prix de transferts. C’est l’iceberg, et les Pandora Papers ne sont que des petits glaçons. Les entreprises sont présentes dans 50 pays, les chaînes de valeurs sont étendues et réticulaires, ce qui crée une tendance à vouloir optimiser sa fiscalité. La question est ensuite de savoir où est placé le curseur et quand cela devient-il illégal ?

Chapitre 3 : de la confusion sur la nature des montants

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