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La Chine trompe le monde

La Chine n’a toujours rien compris. Elle poursuit son histoire d’un impérialisme bureaucratique et despotique.

Les excès de la bourse chinoise, à la hausse puis à la baisse, sont la conséquence et le symptôme de l’opacité de son économie et de l’arrogance du parti unique qui la gouverne. Le président Xi Jinping a indiqué à plusieurs reprises sa volonté de redonner au marché un « rôle décisif ». Il avait promis le retour de l’état de droit. Mais la Chine poursuit plutôt son histoire d’un impérialisme bureaucratique et despotique.

L’Occident s’inquiète de la prochaine expiration, fin 2016, du protocole négocié il y a quinze ans avec la Chine pour la faire rentrer à l’OMC. A l’époque, le pays avait été accepté au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce avec un statut d’économie étatique, permettant de fixer des barrières douanières aux produits chinois censés être subventionnés indûment par l’Etat. Si le statut de la Chine devenait, fin 2016, celui d’une économie de marché, ces barrières seraient levées et de nombreux produits chinois pourraient envahir plus facilement les territoires européens et américains, y provoquant le risque de pertes importantes d’emplois évaluées jusqu’à 3,5 millions.

Le problème apparaît pourtant mal posé. La concurrence chinoise pourrait inciter les industries européennes à s’adapter pour le meilleur intérêt des consommateurs. Et si les produits chinois pouvaient atteindre plus facilement l’Europe, c’est que les pays européens pourraient exporter plus aisément en Chine. Mais accorder à la Chine un statut de partenaire commercial ordinaire serait une forme de banalisation de sa politique alors qu’elle manque totalement de transparence en tout et qu’elle a gardé les pratiques politiques inacceptables de Mao, Staline, Hitler, Castro, Kim Jung-un et les autres.

Pékin vient d’arrêter, le 3 janvier, un militant suédois des droits de l’homme suspecté « d’atteinte à la sécurité de l’Etat » du fait de son engagement en faveur de l’aide juridique à apporter aux personnes indûment incriminées en Chine. Pour avoir défendu des féministes détenues au printemps 2015, des personnes injustement expropriées ou encore l’intellectuel ouîgour Ilham Tohti condamné à perpétuité, l’avocate Wang Yu est mise en examen depuis ce 13 janvier et la presse officielle présente son cabinet d’avocat comme celui d’un « gang criminel ». Elle est détenue à Tianjin ainsi que son époux. Son fils a également été interpellé.

Au pays du soleil levant, les données sont manipulées, voire truquées, par la grande machine étatique et partisane. Les grands patrons, de Dongfen, Fosun, Lucent Shanghai Bell, Hanergy ou CALC …, disparaissent sans explication autre que la terreur politique qui règne. Le prétexte de la lutte anti-corruption est toujours avancé. Mais elle n’explique pas les perquisitions chez les courtiers en crédit boursier et dans les grandes banques du pays pour y trouver d’éventuels responsables de la déconfiture des marchés chinois ou la détention du journaliste Wang Xiaolu, du magazine Caijing, pour l’obliger à s’accuser d’avoir contribué à la tempête boursière d’aout dernier.

Ce qui se passe à la bourse n’est d’ailleurs que le pâle reflet de la pensée unique que la Chine voudrait encore faire régner. De nombreux membres du clergé libre sont emprisonnés. Journalistes et avocats indépendants sont assignés à résidence ou envoyés en camp. Sans doute près de 200 ont fait l’objet de mesures de coercition en 2015, sinon plus. Les procès ressemblent à ceux du pire bolchévisme. L’université a été sommée de s’en tenir à un enseignement marxiste ; Internet fait l’objet d’une surveillance permanente et d’une censure drastique ; le gouvernement décide de la naissance des enfants…

La Chine n’a rien compris. Les bourses ne peuvent fonctionner que lorsque les décisions des agents en relation, investisseurs, entreprises, intermédiaires, sont laissées à leur libre appréciation. Et lorsque les informations échangées sont transparentes, justifiées, vérifiables aisément. La liberté est un tout. Ceux qui ont cru que l’économie libre pouvait vivre en bonne intelligence avec un totalitarisme politique et social se sont trompés. La Chine est aujourd’hui faible de son pouvoir fort. Le parti et l’Etat y veulent encore tout contrôler et ils annihilent un peuple déjà anéanti par son passé. La corruption elle-même d’ailleurs, que le pouvoir ne combat sans doute que pour gagner une lutte de clans, est le fruit de cette tyrannie politico-administrative. Lorsque le pouvoir appartient à une petite minorité, parti ou caste, et veille sur toute la société comme un maître sur ses esclaves, le seul moyen de ceux-ci de sortir du lot est de se faire admettre dans le sérail des apparatchiks ou de les servir, et de vendre aux autres des passe-droits. La corruption devient consubstantielle à la société et notamment au gouvernement dès lors que les récompenses ne sont plus attribuées sur le mérite ou la compétence mais seulement sur le degré de servilité. Lorsque tout est interdit, les gens vivent cachés.

La Chine est un grand pays au talon d’Achille. Une production industrielle de masse peut, peut-être, se développer quantitativement sous le commandement d’un Etat omnipotent, mais l’économie digitale et dématérialisée ne peut s’épanouir que par la libre créativité de ses acteurs. La Chine déclinera et ne pourra pas plus avoir de bourse saine que d’économie durablement prospère et de société solide tant qu’elle restera sous le joug d’une autocratie oppressive. C’est d’ailleurs sans doute en partie aussi du fait de la restriction grandissante des libertés en Occident, du fait de la croissance des Etats qui empiètent sur l’autonomie des individus et les déresponsabilisent que l’Europe elle-même s’affadit, que sa croissance se délite. Elle reste néanmoins encore un havre de paix dans le monde et un modèle, très imparfait, d’état de droit. Elle ne doit pas accepter la Chine dans son club des économies libres à l’OMC tant que celle-ci ne respecte pas la liberté.

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