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Résoudre les pénuries d’EPHAD par le marché

par Alexis Sémanne
La France a été meurtrie par la publication, fin janvier, de l’enquête du journaliste indépendant Victor Castanet intitulé Les Fossoyeurs. Après trois ans d’investigations, l’auteur livre un constat alarmant sur les secrets du groupe Orpéa, leader mondial des Ephad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et met en lumière de multiples dérives[1]. Le PDG d’Orpea a depuis organisé une opération « portes ouvertes » depuis la 13 mai dernier, qui se prolongera jusqu’au 11 juin pour calmer l’opinion publique et tenter de redorer son blason[2]. D’un point de vue strictement économique, ce que l’on a qualifié de « scandale » n’a rien d’étonnant. La monopolisation de l’offre d’Ephad en France n’incite pas les entreprises présentes sur le marché à améliorer leurs services. Une mise en concurrence des Ephad par une baisse significative des charges, des subventions et des règlementations est le seul moyen d’accroître l’offre, en particulier privée, tout en rehaussant la qualité. A noter : 45 % des établissements sont publics, 31 % associatifs, 24 % privés.

La périlleuse situation des Ephad en France

La situation des Ephad en France est alarmante[3] sur bien des points.

Le premier constat, c’est le manque de places.  Pour faire face à l’inéluctable vieillissement de la population française (la génération baby-boom arrive en force), il semble primordial d’accélérer les ouvertures de lits, notamment dans les grandes aires urbaines telles que l’Ile de France. Pour donner un ordre d’idée, l’offre totale en 2021 (Ehpad public, privé et associatif) est de 550 000 lits. Elle devient insuffisante.

Deuxième constat, la pression foncière fait que les seniors sont de plus en plus repoussés en dehors des cœurs de ville, vers des zones périurbaines, souvent mal desservies par les transports en commun. Conséquences directes : les visites des familles se font plus rares, ce qui contribue à isoler des personnes déjà fragiles.

Troisième problème, le manque de soignants. La crise sanitaire et les mesures gouvernementales ont entraîné de fortes difficultés de recrutement et donc un recours important aux CDD et à l’intérim. La qualité des soins s’en ressent. Ainsi que la facture ; les charges se sont alourdies de 26 €/mois en moyenne en 2021. Rien n’a été encore mis en place pour tenter de faire diminuer le tarif moyen, qui reste très élevé en France. La loi Grand Âge promise par le gouvernement pour 2022, comprendra-t-elle  encore plus d’aides d’État, ou laissera-t-elle le marché se réguler de lui-même ? Personne, pour le moment, ne peut le dire.

Enfin, même si les installations numériques, susceptibles d’apporter un peu plus de confort aux résidants, progressent dans les Ephad, elles y restent globalement pauvres, surtout dans le contexte d’isolement croissant dont nous parlions plus haut. Seulement 27% des établissements sont équipés pour pratiquer la télémédecine, et ils ne sont que 47% à proposer le wi-fi ou un accès internet – pas toujours individuel, qui plus est.

Des solutions par le marché pour sortir de la crise

Comme dans beaucoup d’autres domaines, la seule action de l’Etat ne suffit pas. Il faut conjuguer les efforts du public et du privé. Alléger pour cela la chape des réglementations afin de faciliter l’entrée de nouveaux acteurs. Encourager la concurrence et, pour qu’elle ne soit pas faussée, diminuer significativement le poids fiscal et les subventions. A ce propos, rappelons que le coût moyen d’hébergement mensuel en Ehpad est de 2 183 € (chiffre de 2021, en augmentation de 26€ par rapport à 2020) ; et que le revenu médian des personnes vivant dans un ménage de France métropolitaine était de 1837 € par mois en 2019[4] (INSEE, 2019).

De nombreuses solutions nouvelles apparaissent comme celle de Petits-fils qui assure une aide à domicile complète pour les personnes âgées en situation de perte d’autonomie ou celle de Mon Sénior qui propose un accueil familial pour l’hébergement des personnes âgées autonome ou en perte d’autonomie physique ou cognitive avec des séjours temporaires ou permanents adaptés à la fragilité de chacun. IL serait judicieux de favoriser ces initiatives privés qui se multiplient et peuvent prendre le relais  en même temps que créer une concurrence susceptibles d’obliger les grandes entreprises du secteur à améliorer la qualité de leurs services.

 

CASTANET, V., 2022. Fayard. [En ligne]
Disponible à: https://www.fayard.fr/documents-temoignages/les-fossoyeurs-9782213716558
[Accès le 19 Mai 2022].

AFP, L. F. a., 2022. Scandale des Ehpad : Orpea a «péché par manque de rigueur», estime son PDG, qui annonce une opération «portes ouvertes». [En ligne]
Disponible à: https://www.lefigaro.fr/actualite-france/orpea-a-peche-par-manque-de-rigueur-estime-son-pdg-20220508
[Accès le 19 Mai 2022].

2021, E. U. S., 2021. Panorama des EHPAD 2021, s.l.: Uni Santé 2021.

INSEE, 2019. En 2019, le niveau de vie médian augmente nettement et le taux de pauvreté diminue. [En ligne]
Disponible à: https://www.insee.fr/fr/statistiques/5431993
[Accès le 19 Mai 2022].

[1]CASTANET, V., 2022. Fayard. [En ligne] Disponible à: https://www.fayard.fr/documents-temoignages/les-fossoyeurs-9782213716558 [Accès le 19 mai 2022].

[2]AFP, L. F. a., 2022. Scandale des Ehpad : Orpea a «péché par manque de rigueur», estime son PDG, qui annonce une opération «portes ouvertes». [En ligne] Disponible à:https://www.lefigaro.fr/actualitefrance/orpea-a-peche-par-manque-de-rigueur-estime-son-pdg-20220508 [Accès le 19 mai 2022].

[3] 2021, E. U. S., 2021. Panorama des EHPAD 2021, s.l.: Uni Santé 2021.

[4] 2021, E. U. S., 2021. Panorama des EHPAD 2021, s.l.: Uni Santé 2021.

INSEE, 2019. En 2019, le niveau de vie médian augmente nettement et le taux de pauvreté diminue. [En ligne] Disponible à: https://www.insee.fr/fr/statistiques/5431993 [Accès le 19 Mai 2022].

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