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Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous

par Aymeric Belaud

Le congrès des Républicains aura lieu du 1er au 4 décembre prochain. Les adhérents LR ont refusé, à une majorité de 58 % et avec un taux de participation de 50 %, la primaire ouverte comme en 2016 qui avait réuni plus de 4 millions d’électeurs. La désignation du candidat de « la droite » ne sera donc l’affaire que des 100 000 militants déclarés. La direction du parti a également exclu un candidat au congrès, l’entrepreneur Denis Payre, sans aucun motif valable, si ce n’est l’entre-soi politique et idéologique. Si les cinq candidats (Michel Barnier, Xavier Bertrand, Philippe Juvin, Valérie Pécresse et Eric Ciotti) affinent leurs programmes, leur parti a, lui, publié une brochure de 40 pages intitulée « Notre projet pour la France 2022 ». Elle servira probablement de base au programme du candidat désigné, et surtout aux futurs députés et sénateurs Les Républicains. Divisé en trois parties (Protéger – Libérer – Rassembler), ce projet est en réalité loin de répondre aux nécessités de réforme dont la France a besoin.

« Protéger » : entre renforcement du régalien et Etat stratège

Protéger, pour les Républicains, signifie d’abord, comme pour tout parti politique de droite, renforcer la sécurité et les fonctions régaliennes de l’Etat. Ils préconisent des investissements de l’ordre de 25 milliards d’euros en 5 ans dans les forces de l’ordre ainsi que la construction de près de 20 000 places de prison. Le parti veut aussi moderniser et numériser la justice. Il souhaite durcir les peines de prison, notamment pour les mineurs, et supprimer les réductions de peine « quasi-automatiques ». Il s’engage en outre à expulser les étrangers condamnés à de la prison ferme, ce que ne saurait désapprouver l’IREF tout en soulignant que c’est plus facile à dire qu’à faire ! Un dispositif de lutte contre l’islamisme serait mis en place. L’immigration serait encadrée et limitée par des quotas et les régularisations d’immigrants illégaux, interdites. L’aide médicale d’Etat (AME) serait remplacée par une aide médicale d’urgence.

Malheureusement, pour les Républicains, protéger les Français – comme d’ailleurs pour tous les autres partis – implique également de les protéger contre eux-mêmes avec l’aide du fameux (et fumeux) Etat-stratège. Il s’agit de « fixer clairement les missions stratégiques de l’Etat » sans qu’elles soient le moins du monde très « clairement » définies. La haute fonction publique reste en première ligne et telle quelle, sans aucun examen de son utilité réelle pour les Français.

L’Etat stratège de LR va également réindustrialiser la France – avec octroi de crédits d’impôts et taxe carbone imposée aux frontières de l’Union européenne. Il va défendre l’agriculture française sans pour autant la libérer du joug de l’administration. Seul point positif ici : LR propose d’instaurer le principe du « pas d’interdiction sans solution » pour les produits phytosanitaires. Une bonne mesure pour l’agriculture.

La santé fait, malheureusement, pour LR partie des sujets stratégiques de l’Etat : aucune mesure concrète et sérieuse de débureaucratisation et de libéralisation du secteur de la santé n’est suggérée. Le monopole dévastateur de la sécurité sociale survivra donc. La gabegie aussi se poursuivra car la souveraineté numérique, au niveau européen, est un objectif de LR. Objectif qui a déjà coûté des milliards d’euros au contribuable sans aucun résultat ! Enfin, la France sous gouvernement des Républicains se verrait renforcée, promettent-ils, mais sans remettre en question la technocratie bruxelloise.

« Libérer » : les entreprises et les territoires toujours sous tutelle de l’Etat

Partie la plus courte du document, elle répond en réalité très mal à son intitulé. Plutôt que de lancer une grande simplification de la fiscalité et de tirer les taux vers le bas, les Républicains semblent chouchouter la complexité des niches fiscales. La suppression des charges sociales se fera uniquement sur la participation, l’intéressement, le premier emploi d’un jeune ou le nouvel emploi d’un salarié de plus de 55 ans, pendant une période de six mois. Les autres salariés et entreprises ne souffriraient-ils pas des charges sociales abusives ? Le salaire complet, trop audacieux sans doute, n’est pas évoqué. De même, les droits de succession seront l’objet d’une exonération uniquement dans le cadre de la transmission d’une entreprise familiale ou pour les donations à ses enfants jusqu’à 150 000 € tous les 10 ans. Une exonération très restrictive ! Aucune baisse significative de la dépense publique n’est annoncée ; au contraire le parti estime qu’il est nécessaire d’augmenter les dépenses d’investissement.

Quelques idées positives cependant : la brochure explique que le statut à vie des fonctionnaires devrait être progressivement remplacé et que certaines tâches actuelles de l’Etat devraient ne plus relever de ses missions (sans préciser lesquelles). L’Ecole resterait cependant dans le giron de la fonction publique, grande priorité gouvernementale qui plus est. Il n’est pas question du chèque éducation.

Les Républicains veulent libérer la France du surendettement, et non pas de l’endettement. Ils proposent aussi une décentralisation plus aboutie qu’actuellement, en supprimant notamment les doublons de compétence. Bon point qui, comme souvent dans ce document, est contrebalancé par d’autres : le rôle du préfet est renforcé et les ARS, qui ont fait tant de mal durant la crise sanitaire, ne seront pas supprimées mais simplement pilotées par le président de la Région. Aucune réorganisation territoriale n’est envisagée et aucun échelon ne saute. Le public reste le maître et le privé, le financeur.

« Rassembler les Français » autour de l’étatisme

Si le chèque éducation n’est pas d’actualité, le parti souhaite malgré tout octroyer plus d’autonomie dans le public aux chefs d’établissement, qui s’en réjouiraient certainement si cette bonne volonté n’était pas assortie de gadgets étatiques comme un « statut d’ambassadeur d’excellence » ou l’instauration d’un enseignement civique (qui… existe déjà). Autre intention : mieux rémunérer les enseignants et le personnel hospitalier ; et autre proposition sur laquelle on peut s’interroger : la création de « contrats de mission de service public » afin que chacun puisse devenir fonctionnaire en quelque sorte.

Quelques mesures sont pourtant là encore intéressantes, comme la lutte contre la fraude sociale et la mise en place d’une allocation sociale unique, que défend l’IREF. Les Républicains veulent aussi lutter contre les fraudeurs fiscaux en les privant de crédits ou de réductions d’impôts. Il serait peut-être plus profitable d’appliquer la méthode Trump, qui a encouragé le retour des fraudeurs en baissant les impôts et en les exonérant de poursuites. Stratégie qui s’est révélée gagnante.

Autre bonne proposition : la facilitation de l’accès à la propriété des locataires de logements sociaux, inspirée par le « the right to buy » du gouvernement Thatcher.

La droite est une grande adepte de ces gadgets étatiques dont nous avons déjà donné des exemples. Il y en a d’autres dans cette troisième partie. Les jeunes en feront les frais avec l’instauration d’un « service à la nation obligatoire » qui, en plus de ne servir strictement à rien (initiation à la citoyenneté, etc.) les mobiliserait pendant quatre mois et coûterait des millions, voire des milliards, au contribuable. Or, les jeunes ont surtout besoin qu’on les aide à devenir des individus libres et responsables. Autre gadget qui fait rire, ou pleurer : la rédaction d’un code de la laïcité (qui, lui aussi, existe déjà et s’appelle « loi de 1905 »). Elle sera confiée à une commission dénommée… « Stasi » ! La police politique de l’Allemagne de l’Est compte-t-elle des vieux nostalgiques chez les Républicains ?

Au chapitre de l’environnement, si le parti adhère à la lutte contre le réchauffement climatique, il refuse l’écologie punitive. Il souhaite par ailleurs supprimer les subventions aux éoliennes. Enfin, malheureusement pour le progrès technique et l’innovation, les Républicains ne proposent pas de faire disparaître le principe de précaution. Ils le remplaceraient par un « principe d’innovation responsable »… ce qui est en somme la même chose.

Pour conclure cet examen du programme, il est clair que le triptyque « Libérer – Protéger – Rassembler » est quelque peu théâtral. La ligne Fillon a bel et bien été abandonnée au profit d’un programme classique de la droite « la plus bête du monde », simplement gestionnaire de l’étatisme dont notre pays souffre depuis des décennies. Alors qu’au contraire, c’est une rupture avec le socialisme dont la France a besoin. Mais, à l’heure actuelle, personne ne se réclame de cette audacieuse volonté. Un prochain article détaillera les programmes des cinq candidats au congrès LR, en espérant qu’ils prennent du recul avec celui de LR. Mais sans la candidature de Denis Payre, le seul à porter un projet ambitieux, le souhait de voir le libéralisme s’imposer chez les Républicains semble plus mince.

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11 commentaires

Laurent 9 novembre 2021 - 5:46

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Partout ou localement il y a des LR c’est la même image de dépenses pharaoniques que les pires gauchistes. Les LR sont inexistants c’est de la mrd socialiste déguisée, du clientélisme et de l’arnaque permanente.

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DISSIDENT 9 novembre 2021 - 6:12

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Ils ont raison la, primaire est un piège gauchiste !

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JR 9 novembre 2021 - 7:32

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Bonjour, dans le programme des LR, point n°28 « lutter contre le réchauffement climatique », incroyable, écrire une telle ineptie relève de la paralysie mentale. La gangrène est chez LR, sans aucun doute. Merci. JR

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Astérix 9 novembre 2021 - 8:24

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Rien à ajouter au commentaire de Laurent !

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CLOVIS 9 novembre 2021 - 8:57

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Ce n’est pas l’intention qui compte mais la faisabilité.
Ces discours sont répétés par les mêmes personnes depuis 20 ans.
En réalité, toutes les réformes sont bloqués par l’Etat profond, c’est-à-dire la haute fonction publique nationale et Européenne.
La question que l’on devrait poser à tous les candidats c’est : comment allez-vous faire pour neutraliser l’Etat profond pour mettre en œuvre des réformes.

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zelectron 9 novembre 2021 - 9:08

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Ce parti reste prêt à toutes les compromissions du genre : il ne faut pas fâcher les fonctionnaires !
Quel courage ! 1 à 2 millions de ponx en trop dans l’appareil de l’état, ça ne suffit pas ?

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Astérix 9 novembre 2021 - 10:33

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
@zelectron.
Je pense qu’il faudrait facilement 4 millions de fonctionnaires en moins et non pas 1 à 2 millions.
Les fonctionnaires chargés des missions régaliennes de l’état suffiraient amplement.
C’est la condition du redressement de la France et de la réduction à 30 % du P.I.B pour les dépenses publiques au lieu de 70 % à ce jour.

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Picot 9 novembre 2021 - 11:19

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Du vent, comme d’habitude. Presque rien ne sera possible puisque c’est l’UE qui tient les commandes.

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JR 9 novembre 2021 - 1:07

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
Bonjour, et d’ajouter à la réponse de Laurent; la trahison permanente. Votez LR, c’est désormais voter pour une pochette surprise. Il n’est hélas plus possible de leur faire confiance. Merci. JR

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MARC BLOT 10 novembre 2021 - 6:02

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
.il serait souhaitable de diminuer le nombre de fonctionnaires en France: 90/1000 habitants, contre 50/1000 habitants en Allemagne
diminution motivée par les progrès technologiques, internet, informatique…
.cette réduction devrait être accompagnée d’un ambitieux programme de simplifications de services, des méthodes, abandon des contrôles tatillons obsolètes
.de plus les unités administratives diverses, préfectures, sous préfectures, EPCI, centres des finances publiques, etc pourraient être fusionnées (cas des unités dont les missions se rejoignent, comme la cour des comptes et la cour de discipline budgétaire et financière), voire supprimées dans certains cas (suppression de toutes les sous préfectures)
.pourquoi ne pas réduire le nombre de députés (577, 1 député par arrondissement suffirait, pourquoi ne pas supprimer le sénat (348 sénateurs), pourquoi ne pas diminuer le nombre de communes, en transférant partiellement leurs compétences aux EPCI???
.il convient de doter de moyens décents les unités administratives assumant les missions prioritaires de l’Etat, santé, enseignement, mais non intégrées dans la « sphère » régalienne
moins d’Etat, mais mieux d’Etat
cordialement
Mr Marc Blot

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zelectron 14 novembre 2021 - 11:41

Projet des Républicains pour la France de 2022 : l’étatisme toujours au rendez-vous
A croire que les républicains se réclameraient de « Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! » ?

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