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Pensions : les retraités pourraient perdre un quart des sommes qu’ils auraient dû toucher !

par Thierry Benne
On sait que, lors de sa première campagne présidentielle, le candidat Macron s’était fait fort de préserver le maintien du pouvoir d’achat des retraites, et même avec ce brin de fatuité qui le caractérise, d’être le seul à pouvoir garantir un tel engagement. La recette ayant électoralement parfaitement marché sans que la promesse soit le moins du monde tenue, le Président de la République sortant a donc décidé de renouveler sans vergogne la même promesse au cours de sa nouvelle campagne électorale en faisant miroiter une revalorisation d’importance des retraites. Las, avec le vote de la loi du 16 août 2022 sur le pouvoir d’achat, les premiers chiffres sont tombés et ils ne sont une fois de plus pas du tout à la hauteur des engagements présidentiels, même si les porte-mensonges de la majorité présidentielle ne cessent de vanter l’ampleur de l’effort accompli.  Soutenus comme de juste par le chœur officiel des médias subventionnés et des experts-maison, qui se chargent de faire croire avec un bel entrain, à ceux qui les lisent comme à ceux qui les écoutent, que l’indexation des retraites sur le coût de la vie est bien de retour telle que promise.

On attaque fort : 3%, quasiment 11 jours de perdu sur les pensions pour 2022

Mais revenons plutôt sur terre : en l’état actuel des choses, les retraités du régime général et de la fonction publique ont bénéficié d’une revalorisation de 1,10% au premier janvier et il était initialement prévu qu’ils bénéficieraient pour 2022 d’une nouvelle majoration de 4,00% au titre de la loi sur le pouvoir d’achat. D’abord et dans un premier temps, l’Assemblée Nationale contraignit le Gouvernement à revoir sa copie et à porter à 5,10% son effort de rattrapage. Mais dans un second temps et en plein milieu de la nuit, en battant le rappel de ses troupes et avec le concours de certains Républicains (ils ne se sont pas précipités pour se faire connaître), le pouvoir parvint à imposer par la force le retour aux 4,00% originels. Il resta sourd aux apostrophes de l’opposition qui lui a fait valoir à juste titre que le compte n’y était pas et qu’une fois de plus, il bernait honteusement les retraités. Jamais à court d’un mauvais chiffre, Madame Borne s’illustra même en prétendant qu’il s’agissait d’une augmentation de plus de 5% sur l’année, alors que la dame, pourtant major de Polytechnique, devrait savoir depuis sa sortie de l’école primaire qu’une augmentation de 4% introduite au 1er juillet n’emporte qu’une augmentation moyenne de 2% sur l’année entière. L’affaire s’est encore envenimée depuis que l’INSEE a porté le taux officiel de l’inflation de 5,80 à 6,10 % pour le mois de juillet, cependant que les tendances les plus récentes laissent craindre que la fin d’année n’affiche des taux nettement plus forts. Donc et en pleine connaissance de cause, l’enfumage continue et le Gouvernement, avec certains de ses parlementaires-godillots attitrés, qui prennent toujours les Français pour de fieffés imbéciles, s’apprête comme par le passé à continuer à châtier les retraités, en poursuivant ainsi son passe-temps favori vis-à-vis d’une catégorie dont il ne craint pas les débordements dans la rue. Manifestement au sein du Gouvernement, comme au sein du Parlement, l’inanité sidérante des explications fournies montre que beaucoup de ces gens-là n’ont toujours pas compris que la retraite n’est pas une maladie dégénérative et que les retraités ne sont pas tous frappés d’Alzheimer dès le premier jour de leur retraite. En effet au titre de l’année 2022, les 1,10% d’augmentation au premier janvier courent certes sur les 12 mois de l’année, mais pas les 4,00% promis au premier juillet qui ne courent donc que sur 6 mois, soit la moitié de l’année. Face à une inflation d’ores et déjà constatée de 6,10% à fin juillet, les retraites ne seront donc augmentées en moyenne sur toute l’année civile que d’un taux moyen pondéré de :

1,10% + (4,00/2) = 3,10%     

sur lesquel, vieille et pitoyable ficelle, le Gouvernement promet de revenir ultérieurement au début de l’année suivante.  Ce qui veut dire que les retraités vont une fois  plus être spoliés à l’os, une augmentation au 1er janvier N+1, n’ayant par  hypothèse aucun effet sur l’année N. Notez bien qu’on n’a entendu personne, ni à l’Assemblée, ni dans  les médias se référer à ce calcul intuitif et très simple que seul le journal de l’Internaute a partagé avec nous, ce qui en dit long sur la confusion qui règne dans les esprits et sur la panique qui saisit nos élus pour peu qu’au Parlement ou ailleurs, il s’agisse de concevoir le moindre calcul tant soit peu élaboré. Malgré les promesses, malgré les discours, on est donc une fois de plus très loin du maintien annoncé du pouvoir d’achat et il s’en faut de beaucoup, puisque sur une année civile où se relayaient les deux promesses présidentielles distinctes et sur la base des derniers chiffres connus, les retraités vont perdre pas moins de:

6,10 – 3,10 = 3,00 %

soit 365 jours * 3% = 10, 95 et donc pratiquement 11 jours de pouvoir d’achat

et peut-être davantage lorsque les chiffres  définitifs de l’inflation  tomberont au tout début de l’année prochaine. En extrapolant cette perte annuelle de 3% sur une durée moyenne de retraite estimée à 23 ans, on s’aperçoit que la dernière année, le retraité ne conserve plus que 100x 0,9722 = 51,17% du pouvoir d’achat (puissance 22 car l’année originelle n’est pas affectée par la diminution de 3%), du pouvoir d’achat originel du premier arrérage annuel de sa pension et que si on s’avise de rapporter ces chiffres à la durée totale de la retraite, c’est au fil des ans, environ un quart de sa retraite dont le senior s’est trouvé indûment privé. Car il ne faut pas oublier que cette perte de 11 jours pour l’année 2022 ne sera jamais ultérieurement rattrapée. Circonstance aggravante, c’est précisément lors du grand âge et quand survient la dépendance que le pouvoir d’achat du retraité est le plus anémié. En s’inscrivant comme le précédent dans le mépris des retraités, ce quinquennat qui commence est celui du mensonge persistant et de l’acharnement malsain contre une catégorie sociale (les « rentiers ») que, depuis le début et en tant que bon financier et disciple des Attali et consorts, le Président ne se cache même plus d’abhorrer, au point qu’on peut demander si, vu son âge, il n’a pas tout simplement un problème avec la vieillesse.

La schizophrénie des coefficients de rattrapage de l’inflation

Prenons un bref instant pour nous appesantir sur la palette des taux que le Gouvernement utilise pour faire face à l’inflation. On aurait pu penser que, puisque l’inflation est chaque mois, comme chaque année, mesurée et publiée précisément par l’Insee, les pouvoirs publics se rangeraient au moins à ces chiffres officiels pour corriger comme il se doit les effets de l’inflation. Or il n’en est rien, : pour nous situer par rapport au 16 août, date du vote de la loi sur le pouvoir d’achat, le dernier taux connu était alors celui du mois de juillet à 6,10 %. Si, comme on a pu le voir, les retraités du régime général et de la fonction publique n’ont obtenu que 3,10% de dédommagement effectif au titre de l’année 2022, les valeurs locatives cadastrales ont pourtant été majorées de 3,40% pour les 12 mois de 2022, les revalorisations annuelles à venir des loyers sont plafonnées à 3,50%, cependant qu’intervenant en cours d’année, la revalorisation de 3,50% du point d’indice des agents publics ne comptera que pour 1,75% en moyenne pondérée sur 2022 (pour rattraper un gel remontant à mars 2017 !). Mais il se dit que les tranches des barèmes fiscaux sur les revenus de 2022 devraient être  rehaussées « de l’ordre de 5% ».

On pourrait multiplier à l’infini ces exemples qui montrent que le pouvoir a bien raison de faire ce qu’il veut des taux d’inflation, puisque le Conseil constitutionnel se fiche comme d’une guigne de ce qui est inscrit au Code de la santé (qui exige l’indexation des pensions sur le taux d’inflation) comme du principe d’égalité et de cohérence et qu’il n’y a en réalité aucune logique dans les revalorisations affichées, qui tiennent plus de la prestidigitation que d’une démarche sérieuse et respectueuse des chiffres statistiques.  Mais les retraités seront, une nouvelle fois, les dindons de la farce !

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