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Faut-il privatiser Pôle emploi ?

par Romain Delisle
À la fin du mois de mars, lors de la présentation de son programme à la presse, le président de la République, Emmanuel Macron, a évoqué la transformation de Pôle emploi en France travail, mutualisant ainsi l’agence de l’emploi avec les autres organisations parties prenantes du service public de l’emploi, comme les missions locales.

Comme nous l’avons déjà exposé, les politiques publiques actives de l’emploi (assurance-chômage non comprise donc) ne brillent pas par leur efficacité. Une situation que la crise sanitaire n’a pas substantiellement modifiée, même si les dispositifs spéciaux mis en œuvre se doivent d’être étudiés à part.

Il s’agit surtout de savoir si des conséquences pérennes pourraient s’observer sur le marché du travail et d’examiner l’impact des politiques publiques anciennes et nouvelles en la matière, ainsi que les moyens de remettre le travail au goût du jour dans notre pays.

Les prêts garantis par l’État (PGE) et l’activité partielle

Selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES), la part des entreprises rencontrant des difficultés de recrutement a augmenté depuis une dizaine d’années. Un comble dans un pays où le taux de chômage atteint 8,1 % et le taux d’emploi 65,7 % (contre une moyenne européenne à 67,7 %).

Les fluctuations du marché de l’emploi pendant la crise sanitaire ont, en effet, été inférieures en France à ce qui a été observé dans d’autres pays. Au 2e trimestre 2020, en pleine pandémie, la part des actifs occupés de 15-64 ans n’a baissé que d’un point par rapport à l’année précédente, pour atteindre 65%.

L’impact des PGE sur l’emploi a néanmoins été, en l’espèce, négligeable. En septembre de l’année dernière, la dette des entreprises atteignait 1000 Mds€, en augmentation de 15% en un an, avec des pointes à + 25 % pour les PME et + 40 % pour le secteur de l’hôtellerie restauration. Une part substantielle de cette hausse, 143 Mds€ précisément, était due aux PGE.

Pour autant, l’emploi dans les entreprises ne s’est pas trouvé impacté outre mesure : schématiquement, selon les calculs du Conseil d’analyse économique (CAE), une augmentation de 100 % du taux d’endettement pour une entreprise engendre une modification de 0,4 % seulement de la croissance de l’emploi en son sein la 2e année qui suit l’augmentation de l’endettement.

En revanche, les dispositifs d’activité partielle, excepté pour les secteurs de l’économie fermés administrativement, dits secteurs S1, se sont majoritairement orientés vers les entreprises le moins performantes. Si l’on suppose une augmentation, pour les entreprises non classées S1, de 1 % de la valeur ajoutée par tête, on observe une baisse de 0,23 % du taux d’activité partielle. Si l’on suppose une augmentation de 1% du taux de rotation de la main d’œuvre deux ans avant la crise, on peut cette fois constater une hausse de 2,5 % du taux partielle, ainsi que l’illustre le graphique suivant :

En somme, les dispositifs de chômage partiel freinent la tendance naturelle de l’efficacité de l’économie en termes de réallocations entre les entreprises, ce qui n’a toutefois pas été le cas dans les secteurs fermés administrativement. Il eût sans doute été préférable et moins onéreux de les limiter aux secteurs S1.

Le rôle de Pôle emploi et des autres dispositifs ciblés de retour à l’emploi

L’augmentation des tensions de recrutement dans un certain nombre de secteurs pousse légitimement à s’interroger sur la complexe question de l’inadéquation de l’offre et de la demande de travail. L’inadéquation est considérée comme maximale lorsque certains marchés sectoriels possèdent des emplois vacants mais aucun demandeur d’emploi et d’autres, des demandeurs d’emploi mais aucun emploi vacant. La tension est donc un ratio calculé en comparant le nombre d’emplois vacants et le nombre de demandeurs d’emploi, le but d’une politique publique étant de faire basculer tous les chômeurs des marchés possédant peu d’emplois vacants vers ceux qui en ont beaucoup. Le CAE a calculé cette inadéquation de manière tridimensionnelle, par zone géographique, par métier et via une combinaison des deux, ainsi que le montre le graphique suivant :

Le règlement de l’inadéquation géographique, établi sur l’hypothèse où tous les demandeurs d’emploi seraient déplacés dans toutes les zones d’emploi, de sorte que celles-ci aient une tension égale, n’engendrerait qu’une augmentation du nombre d’emplois total égale à seulement 2%. En revanche, le même raisonnement par métier générerait une hausse de l’emploi de 6 à 7 % et la combinaison des deux, une progression de 15%. En somme, si le Gouvernement réussissait à égaliser de manière parfaite les tensions du marché du travail, le chômage baisserait de 8,1 à 6,9 %.

Les causes du chômage doivent donc être recherchées ailleurs. Outre la question des désincitations au travail, liée à la faiblesse de l’écart entre les minima sociaux et les bas salaires, celle de l’inefficacité chronique de Pôle emploi dans sa mission doit se poser. En 2017, selon l’INSEE, seuls 12,9% des chômeurs déclaraient avoir retrouvé un emploi grâce à Pôle emploi.

En revanche, au vu des coûts induits, de nombreuses TPE-PME ne sont pas en mesure d’avoir une direction des ressources humaines digne de ce nom. Ce pourrait être justement la mission d’un service public de l’emploi privatisé et représenté non plus par Pôle emploi, mais par une myriade de sociétés privées, que de leur porter assistance, conseil et intermédiation.

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