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Un boulot de l’autre côté de la rue ? Macron avait (presque) raison !

Tout le monde se souvient de la phrase adressée par Emmanuel Macron le 16 septembre 2018 à un chômeur qui l’interpellait : « je traverse la rue, je vous en trouve » du travail.

La machine à polémiquer s’était alors immédiatement mis en branle. Certains, et le jeune chômeur lui-même, ont accusé le président de la République d’avoir pris son interlocuteur de haut.

Jonathan Jahan, sans doute incité par la télévision, avait deux jours plus tard témoigné sur BFM TV. Il avait en effet pris Emmanuel Macron au mot et s’était rendu à Montparnasse pour déposer son CV dans les nombreux cafés et restaurants du quartier. Sur l’antenne de télévision, Jonathan Jahan a affirmé que ses interlocuteurs déclaraient être disposés à l’embaucher face aux caméras, mais aussi être persuadé que personne ne le ferait.

On apprendra, le 1er octobre 2018, que Jonathan Jahan avait finalement accepté une mission de manutentionnaire-cariste qu’une agence d’intérim de Montargis lui avait proposée.

Plus de 2,5 millions intentions d’embauches

Pôle Emploi vient de publier son enquête annuelle dite BMO, pour besoins en main d’œuvre. L’enquête recense 2 693 000 intentions d’embauches pour 2019, soit 347 000 de plus que l’année dernière (+14,8 %). Du côté des employeurs, ils sont 629 000 qui se déclarent prêts à embaucher, ce qui représentent 26,4 % d’entre eux. Mais 50,1 % d’entre eux s’attendent à à rencontrer des difficultés dans leurs recrutements, contre 44,4 % en 2018.

Si l’on regarde les chiffres dans le détail, on voit que les secteurs les plus gros pourvoyeurs d’emplois sont les services aux particuliers et aux collectivités (12,8 % des intentions d’embauches), l’hôtellerie-restauration-alimentation (12,3 %), l’agriculture-marine-pêche (11,3 %), la santé-action sociale, culturelle et sportive (11 %), le commerce (10,6 %), le transport-logistique-tourisme (8,5 %) et le BTP (7,2 %). Ces sept grands secteurs d’activité concentrent 73,7 % des projets de recrutement des entreprises françaises.

Quinze métiers totalisent 1 150 700 projets de recrutement, soit 42,7 % du total. Certes tous ne sont pas immédiatement accessibles sans qualification, mais comme le montre très nettement le tableau ci-dessous, de nombreux postes ne demandent pas de formation particulière.

Certains de ces métiers ont une forte saisonnalité, et ne sont donc pas disponibles toute l’année. C’est le cas des viticulteurs-arboriculteurs, des agriculteurs, des employés de l’hôtellerie, des professionnels de l’animation socio-culturelle, des serveurs de cafés-restaurants. En revanche, ce n’est pas le cas des conducteurs routiers, des aides à domicile et aides ménagères, des aides-soignants, ni des agents d’entretien de locaux.

Les 15 métiers rassemblant le plus grand nombre de projets de recrutement en 2019

Les 15 métiers rassemblant le plus grand nombre de projets de recrutement en 2019

Source : BMO 2019

Si l’on revient au cas de Jonathan Jahan, qui a un CAP d’horticulture, on constate, dans le tableau ci-dessous, que les entreprises horticoles projettent d’embaucher plus de 23 000 collaborateurs en 2019. À ce chiffre, on pourrait sans doute ajouter bien d’autres emplois proches comme agriculteurs, agents forestiers, jardiniers, arboriculteurs. Plus de 250 000 projets de recrutements ont été identifiés dans ces emplois.

Projets de recrutement dans le secteur agriculture-marine-pêche en 2019

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Source : BMO 2019

Certes, nombre de ces emplois sont saisonniers. C’est le secteur qui veut cela, et Jonathan Jahan devait bien le savoir lorsqu’il s’est orienté dans cette filière.

Ajoutons enfin que, dans la région Centre-Val de Loire, les employeurs ont des projets de recrutement en hausse de 16,4 % par rapport à l’année dernière, alors que la moyenne nationale est de 14,8 %. Par conséquent, la région est dynamique et de nombreux emplois y sont disponibles.

Évolution 2018/2019 du nombre de projets de recrutement

Évolution 2018/2019 du nombre de projets de recrutement

Source : BMO 2019

Quelles leçons tirer de tout cela ?

Le premier sujet est évidemment celui de l’orientation. On sait que Jonathan Jahan a un CAP en horticulture et qu’il ne trouvait pas d’emploi dans son métier. Or, après son échange avec le président de la République, les services de l’Élysée ont mobilisé la fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP) qui lui a trouvé une vingtaine de propositions dans son domaine de compétences. Son directeur, Julien Legrix, a affirmé à La République du Centre qu’il y a « au moins quatre offres potentielles dans le département, de 35 km à 50 km de chez lui ». Malgré tout, Jonathan Jahan a préféré une mission d’intérim de manutentionnaire-cariste.

Le jeune demandeur d’emploi est-il vraiment motivé pour occuper un emploi d’horticulteur ? On peut en douter si on se réfère au début de son dialogue avec Emmanuel Macron :

- Jonathan Jahan : « J’ai beau envoyer des CV, des lettres de motivation, ça fait rien. »

> Emmanuel Macron : « Vous travaillez dans quel secteur ? »

> Jonathan Jahan : « De base, je suis horticole. J’ai envoyé partout dans les mairies, mais ils prennent pas. »

Alors Jonathan Jahan cherchait-il un emploi dans l’horticulture, ou un emploi dans une mairie ? Ne voulait-il pas plutôt être fonctionnaire ? Et, si possible, dans sa commune ?

La Mairie de Montargis, où il réside, a confirmé avoir reçu Jonathan Jahan en entretien, mais que sa candidature n’a pas été retenue.

Dans l’enquête BMO, les employeurs sont interrogés pour savoir d’où viennent les difficultés de recrutement qu’ils disent rencontrer. Deux causes dominent largement : la pénurie de candidats (78,9 %), et le profil inadéquat des candidats, c’est-à-dire le manque d’expérience, de diplôme et/ou de motivation (76,5 %).

On peut alors s’interroger : Jonathan Jahan n’a-t-il pas été orienté dans la filière horticole parce qu’il y avait simplement des places disponibles, et ce sans tenir compte de ses motivations ?

Le deuxième sujet est celui de l’efficacité, pour ne pas dire de l’utilité, de Pôle Emploi. Comment expliquer que Pôle Emploi n’ait pas pu proposer à Jonathan Jahan les quatre offres d’emplois dans son métier et à proximité de chez lui qui sont apparues quelques heures après son passage à la télévision ?

Comment se fait-il qu’en deux jours une agence d’intérim ait pu lui offrir une mission qu’il a immédiatement acceptée ?

Et comment les demandeurs d’emploi sont-ils accompagnés ? Pourquoi Jonathan Jahan n’a-t-il jamais poussé la porte des agences d’intérim de Montargis ? S’est-il contenté d’envoyer des lettres de motivation et des CV à la mairie ? Comment Pôle Emploi contrôle-t-il l’activité de recherche des chômeurs ? Ces derniers sont-ils bien conseillés dans les démarches à faire ?

Supprimer Pôle Emploi, comme l’IREF le préconise, et laisser agir les acteurs privés permettrait non seulement de faire de substantielles économies, mais surtout d’être plus efficace dans le placement des chômeurs.

C’est d’ailleurs ce qu’est en train de faire la Suède. Le Pôle Emploi suédois, l’Arbetsförmedlingen, va supprimer plus d’un tiers de ses effectifs d’ici la fin de l’année 2019 (soit 4 500 postes), conséquence de la réduction drastique de son budget de fonctionnement de 386 millions de couronnes (environ 37 millions d’euros). L’Arbetsförmedlingen perd aussi 4,5 milliards de couronnes de financements destinés aux programmes de retour à l’emploi.

Le gouvernement suédois veut transférer la quasi-totalité des activités de l’Arbetsfömedligen à des sociétés privées d’ici 2021.

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