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Le marché peut-il être un rempart contre le populisme ?

La relation entre le populisme et l’économie de marché n’est pas simple. On entend souvent dire que les dirigeants populistes défendent les intérêts du petit peuple contre les élites, jouent avec les peurs et emballements des gens et se soucient peu des effets de leur politique sur le pays. D’où la tension entre des politiques fondées sur l’existence d’un marché sain et l’instabilité de politiques économiques démagogiques, redistributives à outrance, faisant fi des conséquences en termes d’inflation, de dette publique ou de croissance. Lorsqu’un parti populiste est au pouvoir, on peut donc logiquement s’attendre à ce qu’il ne fasse pas bon ménage avec le marché.

Cet article est un résumé traduit de l’article en anglais

D’un point de vue théorique, cependant, l’effet pourrait être inverse. Difficile, pour un parti populiste, de s’attaquer à des pays fortement pro-marché. Il est hautement probable que leur message s’y heurterait à l’hostilité des citoyens, élites comprises, qui ne renonceraient certainement pas à tous les avantages d’un marché libre – forte croissance, protection de la propriété privée, rôle limité du secteur public.

Mon étude sur les liens entre populisme et économie s’appuie sur deux ensembles de données. J’ai utilisé le récent « Global Populism Database » du Guardian, qui analyse les propos populistes des présidents et premiers ministres de 40 pays, démocratiques ou non, entre 2000 et 2018. J’ai en outre relevé, dans l’Index of Economic Freedom publié par Heritage Foundation et le Wall Street Journal, le degré de liberté économique dans le monde pour l’année 2012.

J’étais donc, avec ces outils, en mesure de comparer le degré de liberté économique dans un pays donné en 2012 avec le degré de rhétorique populiste utilisée par le gouvernement l’année suivante.

La fig. 3 confirme nos attentes : plus l’indicateur de liberté économique est élevé dans un pays, moins le message populiste a d’impact l’année suivante. Et inversement. Cela reste valable pour des catégories regroupant plusieurs pays, par exemple, « les démocraties ».

Cette corrélation antinomique entre rhétorique populiste et liberté économique ressort plus fortement que la corruption des politiques, autre source d’inspiration du populisme. Comme le montre le tableau de la figure 3, le niveau de corruption politique en 2012 est perçu comme corrélé négativement à la rhétorique populiste de l’année suivante. Mais moins négativement que le lien entre la rhétorique populiste et la liberté économique.

En bref, bien que la presse populaire (et pas seulement elle...) prétende que ce qu’elle appelle des politiques néolibérales entraîne le populisme, ces résultats suggèrent quelque chose de différent : des politiques plus ou moins pro-marché pourraient constituer le meilleur rempart contre la diffusion du message et de la rhétorique populistes dans un pays donné. Alors que la néolibéralisation n’a jamais été aussi décriée qu’aujourd’hui au sein des partis et du public. C’est un (triste) paradoxe.

Luigi Curini

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