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Désindustrialisation : une prise de conscience ?

La question de la désindustrialisation en France a pris une place importante dans les débats publics de « l’ère Covid ». Les politiques de tous bords parlent maintenant de « relocalisation » ou de « réindustrialisation ». Dans ce contexte, France Stratégie, un organisme dépendant du Premier ministre et chargé d’étudier les politiques publiques, publie un rapport très détaillé (plus de 600 pages) et instructif sur les politiques industrielles en France. Il indique clairement les ressorts de la désindustrialisation qui a frappé le pays au cours des 30 dernières années. Le principal responsable de ce phénomène est la fiscalité française beaucoup trop pénalisante pour son industrie, ce que l’IREF clame depuis longtemps.

Les chiffres de la désindustrialisation française

À partir du milieu des années 1980, notre industrie a entamé un long déclin qui ne s’est jamais arrêté. Le nombre d’emplois industriels ainsi que la part de la valeur ajoutée de l’industrie dans le PIB du pays ont été divisés par deux en 50 ans (figure 1). La France a abandonné son industrie au profit des services.

Figure 1 : Nombre d’emplois industriels (milliers) et part de l’industrie dans l’emploi total

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La désindustrialisation a souvent des conséquences graves pour les zones géographiques où elle se produit. La fermeture d’une usine est vécue comme un choc économique et social très violent. Cela peut provoquer par la suite des colères profondes au sein des populations les plus touchées. Par ailleurs, l’industrie est le secteur d’activité le plus porteur de productivité. Son érosion va de pair avec une baisse de productivité de son économie.

La comparaison internationale est sans appel pour la France : son économie est la plus désindustrialisée des pays du G7 (figure 2).

Figure 2 : Part de la valeur ajoutée industrielle dans l’économie (prix courants)

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Source : OCDE (Stan database), calculs France Stratégie

Les grandes entreprises françaises ont bien plus délocalisé leur production à l’étranger que leurs semblables des autres pays développés, conservant seulement leur activité de recherche & développement sur le territoire.

Comment expliquer ce phénomène ? Le rapport France Stratégie s’est penché sur les différents facteurs qui pourraient être responsables de ce déclassement.

La spécificité fiscale française

La première explication souvent avancée est la mondialisation. Les frontières physiques, économiques, politiques s’atténuant, les sites de production se déplaceraient aux endroits où la main d’œuvre est la moins chère. Cependant, cette explication est trop simpliste car si la désindustrialisation des pays développés est une tendance de fond, elle est anormalement plus importante en France. Par ailleurs, certains pays développés comme l’Allemagne ou la Corée du Sud sont parvenus à préserver leur industrie alors que les secteurs industriels propres à leur économie sont plus exposés à la mondialisation (figure 2).

La France possède la 6ème économie mondiale, des taux d’intérêt faibles, une main d’œuvre compétente, de bonnes infrastructures et une place privilégiée au sein du marché unique européen, ce qui devrait favoriser son industrie. Les facteurs externes tels que la demande de nos principaux partenaires commerciaux ou la santé des secteurs industriels les plus représentés au sein de notre économie (automobile, aéronautique, etc.) sont à écarter car ils n’ont pas connu d’évolution significative. Le taux de change de l’Euro n’intervient pas non plus car l’Italie ou l’Espagne n’ont pas connu une désindustrialisation aussi importante que la nôtre.

Le seul critère déterminant est la fiscalité. La France est en tête des pays européens et de l’OCDE en matière de prélèvements obligatoires (47,4% en 2019).

Figure 3 : Pourcentage des prélèvements obligatoires par rapport au PIB des pays d l’OCDE (2019)

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En outre, plus que dans les autres pays, ces prélèvements sont concentrés en plus grande proportion sur la production et, au sein même de la production sur le secteur de l’industrie.
Dans l’ensemble, les prélèvements obligatoires pesant sur les facteurs de production sont à hauteur de 17,7% du PIB en France, 13,6% en Italie, 11,7% en Espagne et 9,3% en Allemagne. Certains impôts français sont inédits en Europe ou dans le monde. C’est le cas de l’impôt sur la valeur ajoutée ou de la taxation directement appliquée aux chiffres d’affaire.

En parallèle, l’État a gardé un rôle prépondérant dans l’industrie : la France se classe troisième parmi les pays de l’OCDE pour la participation publique dans les entreprises (figure 4).

Figure 4 : Indice de participation publique dans les entreprises et intervention de l’Etat dans l’activité des entreprises

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La réindustrialisation est-elle possible ?

Une prise de conscience a eu lieu ces dix dernières années quant aux problèmes systémiques de compétitivité du pays. De légères mesures d’allègement des prélèvements obligatoires touchant l’industrie ont été prises, telle la baisse de 20 milliards des impôts de production annoncée par le gouvernement Macron dans le cadre du plan de relance (les impôts de production restent cependant près de 6 fois plus importants qu’en Allemagne). Le rapport note une très légère amélioration après ces mesures qui, note-t-il aussi, restent très insuffisantes. Cela est confirmé par le récent sondage Opinionway paru ce mois-ci qui indique que seuls 4% des industriels français se disent prêts à rapatrier leurs activités de production sur le territoire national.

Avec la crise Covid-19 et les tensions politiques internationales, la notion « d’État stratège » refait surface dans les propos des dirigeants politiques, laissant présager une réaffirmation du rôle de l’État dans l’industrie et une hausse des prélèvements obligatoires. Il ne faudrait pourtant pas reproduire les erreurs qui ont conduit à l’érosion du tissu industriel au cours des 30 dernières années. Durant cette période, l’État français s’est distingué en augmentant sa participation dans certaines entreprises afin d’éviter les délocalisations, sans que cela ait d’effet positif sur l’économie. Une réindustrialisation est possible, mais seulement en créant les conditions favorables aux investissements et à la production. Une étude complémentaire de France Stratégie montre que si les prélèvements obligatoires français étaient au niveau de la moyenne européenne, alors les investissements extra-européens dans l’industrie sur notre territoire augmenteraient de 17%. Les États-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni ont su mettre en place de solides dispositifs favorable aux entreprises de production (attractivité et compétitivité renforcées, protection de la propriété industrielle, renforcement des liens entre R&D et production), qui ont prouvé leur efficacité. Pourquoi pas nous ?

Sources :

https://www.strategie.gouv.fr/publi ...

https://www.strategie.gouv.fr/publi ...

https://data.oecd.org/fr/tax/recett ...

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Messages (4)

Désindustrialisation

le 2 décembre 2020, 05:00 par Jean.C

Sachant que 40% des dirigeants et 70% des salariés travaillant en région parisienne i sont prêts à s'exiler en province,il est permis d'évoquer la responsabilité du centralisme-jacobinisme-parisianisme dans la dégradation industrielle. Relocaliser en France est nécessaire, ce sera plus efficace et moins coûteux en "Région "

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Interrogations

le 2 décembre 2020, 08:12 par DUBITO

Quelques interrogations tout de même (d'un néophyte) :
> le plus grand facteur de désindustrialisation reste la recherche des meilleurs profits à l'étranger, où il est possible de les obtenir, sous la pression, d'ailleurs logique, des actionnaires. (Phénomène que certains assignent mensongèrement à la "concurrence déloyale" de la Chine et d'autres pays... qui sont pourtant parfaitement légitimes à faire jouer leurs avantages.)
> Que l'Italie par exemple désindustrialise... moins n'exonère pas l'euro pour autant ! Car elle en souffre aussi. C'est un argument sophistique.
> Il me semblait que le France demeurait un des pays les plus attractifs. Que penser d'ailleurs des aides de l'Etat à l'investissement étranger financé... par les impôts ?
> A lire votre graphique, des pays à haute fiscalité s'en tirent plutôt bien... La fiscalité, si elle est bien utilisée par l'Etat, peut être un avantage.

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relocaliser sous condition

le 2 décembre 2020, 11:18 par kircher

Améliorer la fiscalité est une chose mais il faut aussi changer la notion globale du travail-
1-faire sauter les verrous des seuils imposés par les syndicats. A partir de 50 salariés les contraintes sont telles que cela décourage n'importe quel entrepreneur de grandir.
2-dégager le code du travail et le simplifier comme l'ont fait les Suisses : leur code se résume à une cinquantaine de pages !
3-interdire à l'état de s'immiscer dans la marche des entreprises. Ce n'est pas la fonction ni la compétence d'un fonctionnaire de nous apprendre à gérer, produire, vendre, exporter etc...
4-Annuler toutes les taxes innombrables et ramener le tout à un taux unique de TVA de 25% pour tout le monde. Particuliers et entreprises. Un exemple que la grandiose énarchie française à mise au point : la CVO c-à-d la "contribution volontaire obligatoire" que payent la meunerie et le monde des céréaliers.... Gigantesque !!! Bien sûr toutes ces taxes mobilisent une armada de fonctionnaires qu'on pourrait peut-être occuper plus intelligemment.
5-Enfin il faut redonner au travail une vraie valeur et du sens ! Quand le temps de travail (35 heures + 20 à 40 jours d'absence au travail) devient secondaire, les priorités changent et on est plus mobilisé par les futurs congés, les ponts et les loisirs des enfants que de nous fait vivre, produire, gagner plus...
Bref si rien ne change, les entreprises continueront de décliner et la France deviendra un grand parc de loisirs et vivra mal du tourisme...

3 décembre 2020, 16:58 - DUBITO

Je ne vois pas ce que "s'occuper des enfants" (ou des anciens) aurait de répréhensible ; et par quelle nécessité des ponts ou des congés devraient-ils être mal employés ? Faut-il donner pour seul contenu à l'existence la nécessité de la gagner et de produire "plus". Mais pourquoi et pour quoi faire ? Le but n'est pas de produire, mais que le travail soit intéressant et qu'un individu ou une collectivité s'y épanouisse, y compris dans le produit produit ! Le problème est : qu'est-ce qui fait que beaucoup fuient le travail alors que rares sont ceux qui n'ont vraiment aucune envie de rien faire (je les plains). Je connais des gens qui, de travailleurs qu'ils étaient, à des postes élevés, n'ont plus qu'une envie : celle d'échapper aux contraintes de plus en plus pressantes qui leurs sont imposées. Bien sûr, ce n'est pas général.

- Répondre -

Rapport de France Strategie sur la desindustrialisation

le 3 décembre 2020, 11:49 par Dapsang

Tel que résumé par vous , le rapport me parait négliger plusieurs facteurs de déclin de notre industrie : 1 le poids des charges sociales en France 2 le fonctionnement du marche du travail , véritable repoussoir pour les industriels nationaux comme étrangers . Il est frappant de constater la rupture depuis 1973 puis le déclin continu de l'industrie. Ceci correspond à la "socialisation " croissante de la France post 68 , initiée par J Delors dans le cadre de la con concertation syndicale, poursuivie par VGE et jamais cassée depuis. J'invite l' IREF à mettre en face de la courbe de déclin de l' industrie l'évolution de coût du travail en France comparée aux autres pays . Je suis certain qu'on trouvera une forte corrélation avec le déclin de notre industrie. A titre d'illustration, rappelons que notre industrie automobile - qui pèse très lourd dans l'industrie directement et indirectement- a souffert plus que toute autre d'un mauvais climat social et de couts du travail prohibitifs , entrainant des délocalisations en Europe dans les pays à bas coût ( Slovaquie) ou au Maroc, en Turquie . J'invite donc l' IREF a mener une analyse comparative de l'industrie automobile dans les principaux pays. Intuitivement , la "chute" de notre industrie automobile doit expliquer la moitie du recul en valeur ajoutée et emplois de l'industrie française.

Autres réserves sur l' analyse de France Stratégie
a) on peut avoir des doutes sur le rôle inexistant de la mondialisation dans le déclin de notre industrie. En effet contrairement à l' Allemagne, l'industrie française a toujours été moins spécialisée, moins positionnée sur les produits de haut de gamme ( sauf le luxe) et davantage positionnée dans des secteurs très exposés à la concurrence par les couts des pays en voie de développement ( textile, sidérurgie , électronique grand public par exemple) . La montée en puissance des pays émergents a donc porté un coup plus violent à l'industrie française qu'à l'Allemagne.
Une dernière réserve qui aurait pu être la première , concerne les données. Une spécificité française est l'émergence d'un fort secteur de SSII , dont le poids est probablement plus fort que dans tout autre pays . La raison est à imputer aux rigidités du marché du travail qui ont conduit les industriels français à externaliser plus que quiconque les travaux d'ingénierie informatique et de R&D. Du coup la France enregistre dans les services des emplois et une valeur ajoutée qui dans d' autres pays se trouvent logés dans l'industrie . Il serait intéressant d' ajuster les données de ce biais qui aggrave la baisse du poids de l'industrie en France. Voilà quelques pistes de travail pour l' IREF.

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