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A-t-on besoin d’une démocratie directe reposant sur Internet ?

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Le terme « populiste » est devenu omniprésent ces dernières années. Le premier graphique (fréquence de recherche Google de 2004 à 2020) démontre l’augmentation de son utilisation. La présidentielle américaine de 2016 y a considérablement contribué, le plus grand nombre de recherches se situant début 2017 après la victoire de Donald Trump. Phénomène comparable au Brésil pour l’élection de Jair Bolsonaro, décrit par la presse internationale et par beaucoup d’observateurs comme un “populiste d’ultra-droite”. Il aurait pris le pouvoir de la 4ème démocratie au monde du fait de la frustration, de la colère et de la désillusion du peuple. Les données montrent aussi que l’intérêt pour le populisme est un phénomène mondial. Il est particulièrement notable en Amérique du Nord et dans les pays nordiques européens comme la Suède (figure 2), mais il a baissé ces deux dernières années. Il y a deux explications à cela.

Les données montrent aussi que l’intérêt pour le populisme est un phénomène mondial. Il est particulièrement notable en Amérique du Nord et dans les pays nordiques européens comme la Suède (figure 2), mais il a baissé ces deux dernières années. Selon moi, il y a deux explications à cela.

La première est l’utilisation abusive de ce mot, qui le vide de son sens. Les intellectuels l’emploient habituellement en référence aux positions politiques se référant au « peuple ». Par « peuple », ils entendent un agrégat socialement homogène, qui serait le dépositaire exclusif de valeurs spécifiques, positives et permanentes. Cependant, depuis quelques années, tout mouvement politique qui a émergé en Occident a été étiqueté comme populiste, ce qui lui ôte sa portée : si tout est populiste alors rien n’est réellement spécifique au populisme.

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Une autre raison peut être décelée dans la réponse qu’ont apportée les démocraties occidentales au succès relatif des partis prétendant être les seuls vrais représentants des gens normaux. La fragmentation politique des démocraties libérales a montré que l’Occident est parfaitement capable de laisser place aux différentes catégories du « peuple », en fonction de leurs intérêts et idées. Par exemple, l’opposition qu’a rencontrée Donald Trump lorsqu’il a mis en place ses politiques « America first » prouve que ceux qui étaient en désaccord avec lui ont pu l’exprimer.

Arguments contre une démocratie directe basée sur Internet

Malgré la diminution de l’engouement pour les partis populistes, une partie de leurs arguments contre la représentativité de la démocratie libérale persiste. Le premier, qui constitue une de leurs revendications les plus importantes, c’est que la démocratie directe (centrée sur Internet) lui est bien supérieure. Les élus de la démocratie représentative étant corrompus, il faudrait s’en débarrasser. Cela équivaut à jeter le bébé avec l’eau du bain.

La forte corrélation entre ces deux intérêts, pour le populisme et pour la démocratie directe, n’est pas une coïncidence (figure 3).

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En bref, les populistes pensent qu’Internet rend le système de démocratie directe possible, efficace et bien meilleur que tout autre modèle de représentativité. Peut-on vraiment se débarrasser ainsi de ses représentants politiques ? Je ne pense pas que ce serait souhaitable. L’idée que tout le monde pourrait exprimer ses opinions à l’aide de son smartphone, tout simplement, a quelque chose de séduisant, qui rapproche, s’imagine-t-on, du modèle athénien de la démocratie. En réalité, une démocratie du référendum serait un cauchemar. La démocratie directe forcerait les citoyens à consacrer un temps considérable et beaucoup d’énergie au jeu politique. Cela n’était pas un problème pour les aristocrates athéniens que leurs esclaves libéraient des corvées quotidiennes, mais les citoyens modernes auraient-ils le temps de réunir toutes les informations nécessaires pour prendre des décisions politiques éclairées ? Ou s’abstiendraient-ils ? L’économie comportementale a montré que lorsque les individus font face à des choix compliqués, ils tendent à faire ce que la majorité des gens feraient (comportement grégaire). Est-ce donc ce que nous voulons ? On se demande par ailleurs qui déciderait du motif des référendums et donc des questions à débattre. C’est loin d’être une question mineure : façonner l’actualité est l’un des plus grands pouvoirs politiques.

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Pour résumer, un système de démocratie directe reposant sur Internet ne serait qu’une pâle forme de démocratie. À contrario de l’idéal athénien, la démocratie d’internet rend impossible les interactions physiques entre les citoyens, le débat, le compromise, qui jouent un rôle important contre la radicalisation du conflit politique. S’en remettre aux réseaux sociaux et aux débats virtuels augmenterait les tensions et affaiblirait l’essence même de la démocratie.
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2 commentaires

Jean Michel Thureau 29 septembre 2020 - 9:49

Rapports entre populisme et démocratie directe.
Les partis populistes sont des partis politiques comme les autres, leur seule raison d'être est d'accéder au pouvoir pour profiter de ses avantages.

La spécificité des partis populistes est de tenter d'exploiter le mécontentement des populations à l'encontre des régimes de "démocratie représentative" (des dictatures des élus) qui gouvernent la quasi-totalité des pays développés.

Cela ne signifie aucunement qu'ils souhaitent promouvoir la démocratie directe (même s'ils le proposent parfois, ce n'est jamais très sérieux), c'est juste un axe marketing.

En fait, aucun parti ne souhaite se dépouiller de ses pouvoirs au bénéfice de la masse des sans-pouvoir, c'est même leur pire cauchemar.

Pourquoi ?

Se poser la question c'est y répondre.

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zelectron 29 septembre 2020 - 12:49

E-democracy : énormément d'avantages, très peu d'inconvénients
Un essai à l'échelle d'une région est nécessaire en France pour entériner ce mode d'élection (candidatures requises, faute de demande un tirage au sort sera organisé). L'exemple de l'Estonie pourrait être choisit sur une période de 10 ans (double vote les 2 premières années avec bulletins + internet)

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