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Pour faire des économies, il faut d’abord rendre plus efficace la Cour des comptes
Il faut que le Parlement suive les Recommandations de la Cour et leur application

Comme tous les ans, le rapport de la Cour des comptes fait la une des médias pendant quelques jours. Et comme pratiquement tous les ans, on apprend que le déficit et la dette augmentent alors que d’autres pays s’en sortent beaucoup mieux (la moitié des pays de la zone euro affiche un équilibre structurel de leurs finances). Donc, la France est championne des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques mais se classe aussi parmi les « meilleurs » pour ce qui est du déficit et de la dette. Pire, aucun signe d’amélioration n’est visible et aucune vraie réforme n’est envisagée par le gouvernement.

De même, la Cour critique la gestion de Radio France, s’inquiète de la « réforme » des trains Intercités et dénonce de nombreux privilèges accordés aux agents EDF. Elle a déjà abordé tous ces sujets dans le passé. La situation d’EDF et les avantages très coûteux des agents ainsi que les dépenses de leur comité d’entreprise (le fameux CCAS qui dispose d’un budget de plus de 470 millions d’euros) ont déjà fait l’objet de multiples recommandations de la part des magistrats de la Cour. Dans le rapport qui vient d’être publié on trouve, concernant EDF :

> L’avantage Énergie, c’est-à-dire la gratuité de l’abonnement à EDF, un tarif préférentiel à l’électricité (4 % du tarif de base) et l’exonération des taxes. Cela s’applique à la résidence principale, à la résidence secondaire, voire à une résidence occasionnelle, même pour les agents retraités … « Le coût pour l’entreprise résulte à la fois du manque à gagner sur les montants facturés au titre de l’abonnement et des tarifs, ainsi que de l’obligation qui pèse sur elle d’acquitter les taxes en lieu et place des salariés et retraités bénéficiaires de l’avantage. » Soit 295 millions en 2017.

> Le régime spécial de retraite. Ses règles convergent vers celles du régime général. Mais il est toujours possible de partir à la retraite à 57 ans, avec 17 ans de services actifs. La retraite est calculée à un taux de 75 % s’appliquant à la moyenne des six derniers mois, treizième mois inclus. EDF prend en charge 800 millions par an au travers, entre autres, d’une taxe payée par les consommateurs sur leurs factures.

> Le parc de logement. 14 408 logements étaient à disposition des salariés en 2017. Cela représentait une charge de 295 millions d’euros pour d’EDF, en hausse de 11 % par rapport à 2011.

> La politique familiale. De généreuses primes sont versées pour événements familiaux ; par exemple, un mois et demi de salaire pour la naissance d’un premier enfant. En tout, ce type d’aides a atteint 68,1 millions d’euros en 2017.

Les thèmes des rapports de la Cour reviennent régulièrement

Tout cela est bien connu depuis longtemps. L’IREF l’a écrit plusieurs fois et nous avons aussi montré que la facture d’EDF est une liste de taxes dont la plupart servent à financer les privilèges des agents. On peut d’ailleurs se demander pourquoi les gilets jaunes ne s’en emparent pas pour protester contre ces avantages financés avec l’argent public.

C’est très bien que la Cour revienne sur ces faits mais ce serait encore mieux si ses recommandations étaient suivies d’effet. L’IREF a déjà analysé le travail de la Cour. Dans une Etude publiée il y a quelques années, notre Institut a fait ce bilan : sur 73 rapports émis par la Cour des comptes sur la période 2007-2012, environ 35 ont connu un suivi partiel des recommandations et 31 sont tombés dans l’oubli sans qu’aucune recommandation ait été suivie. Seulement 7 ont été suivis en totalité.
De même, aucune donnée n’existe concernant les économies réalisées à l’aide des travaux de la Cour des comptes.

« Value for money » pour le NAO britannique

A titre de comparaison, les travaux de l’agence britannique NAO (national Audit Office) ont permis (sur la même période) de faire économiser près de 5 milliards de livres sterling aux contribuables. Pour chaque euro dépensé, le NAO optimise la dépense publique de 16 euros. Une priorité apparaît clairement dans ses missions : la recherche des économies et de l’efficacité. Son objectif est d’économiser en moyenne 10 livres sterling pour chaque livre dépensée.

Cet organisme dépend du Parlement britannique et envoie ses rapports au Public Accounts Committee, commission parlementaire d’une quinzaine de députés qui produit ensuite son propre rapport. Puis le gouvernement a l’obligation de se prononcer sur les recommandations de ce rapport dans les 4 mois qui suivent. Les employés du NAO sont des auditeurs (le président a travaillé chez Price Waterhouse) et non des juristes. Ce ne sont pas des fonctionnaires qui peuvent retourner dans l’administration comme c’est le cas à la Cour des comptes. Les audits réalisés par le NAO sont des audits de performance et d’efficacité, pas de légalité. L’administration ou le service public audité est obligé d’accepter ou de refuser les recommandations concrètes et chiffrées qui lui sont faites. Les recommandations refusées donnent lieu à une audition publique au cours de laquelle les directeurs concernés doivent justifier leur décision. Contrairement aux directeurs d’administrations français, les directeurs britanniques sont responsables de l’utilisation de l’argent public devant le Parlement. En 2017-2018, selon le rapport annuel, le NAO a certifié 370 comptes, publié 65 rapports et 32 « guides » sur un large éventail de questions relatives aux dépenses publiques, soutenu 51 sessions de présentation de preuves du Comité des comptes publics (PAC) et atteint ses objectifs d’efficacité. Les recommandations ont débouché sur des économies vérifiées de 741 millions de livres sterling (846 millions d’euros) en 2017-2018.

La Cour doit devenir aussi efficace que le NAO britannique sinon nous aurons toujours des rapports à la pelle sans pour autant qu’ils soient suivis d’effet. Confier des audits à de vrais auditeurs plutôt qu’à des fonctionnaires, rendre cette Cour responsable devant le Parlement, seraient déjà des avancées. La réforme de l’Etat français passe aussi par la transformation de la Cour des comptes.

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Messages (2)

Donner UN Pouvoir à la Cour des Comptes

le 12 février, 09:51 par SECI

La Cour des comptes contrôle la régularité des comptes publics et ainsi révèle... les irrégularités ! C'est une institution qui devrait être centrale, indépendante du Pouvoir, pivot de la République. Elle devrait disposer du pouvoir de saisine des institutions légitimes à juger et sanctionner les fautes, erreurs et dérives des acteurs et auteurs dédites irrégularités hors cadre, qui impactent gravement la collectivité.
Ce pouvoir de saisine éviterait l'effet "tiroir".

13 février, 10:03 - Astérix

J'ajouterais le pouvoir de débarquer chaque année le gouvernement et le Président de la République ce qui entrainerait la dissolution de l'assemblée nationale si les dépenses publiques dépassent 30 % des richesses créées par le secteur privé.
Sachant que nous en sommes à plus de 57 % il y a du boulot !
Tout le reste n'est que discours inutile (voir le grand débat de M. Macron)

- Répondre -

UN CHER MOULIN À PRIÈRES

le 14 février, 19:23 par th.bn@orange.fr

En fait, il faut déplorer que, vu la quasi-absence de sanctions qui découlent de son rapport largement répétitif d'année en année, ce document établi à prix d'or se présente comme un recueil assez plaisant de journalisme économique, financier et comptable.

On est loin du travail, des pouvoirs et des responsabilités d'un Commissaire aux comptes et encore plus de ceux d'un juge faisant strictement respecter la loi, tout en préservant opiniâtrement les deniers du contribuable. D'ailleurs, pourquoi faire contrôler des comptes publics par des fonctionnaires, alors qu'une approche privée du contrôle serait sans doute beaucoup plus énergique, surtout si l'auditeur était intéressé aux économies obtenues ? La Cour des comptes, c'est le moulin à prières de l'Administration Française....

Enfin comment oublier que la Cour des comptes a fourni au pays deux Présidents de la République, qui ne se sont nullement signalés par leur rigueur budgétaire, comptable et financière. Le dernier n'hésitant même pas à avouer qu'il passait rue Cambon pour ses coups de fil et qu'il préférait une rémunération modérée avec un engagement réduit à une plus forte rémunération avec une véritable implication personnelle. Ce qui en dit long sur un Corps qui admet de ses membres les plus éminents de tels comportements.

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