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Mauvaise nouvelle : la bande dessinée se porte bien !

Dans un marché du livre morose, la bande dessinée tire son épingle du jeu. Son chiffre d’affaires progresse régulièrement : 459 millions d’euros en 2016, 500 M€ en 2017, 510 M€ en 2018, selon les chiffres dévoilés à l’occasion du 46ème festival de la bande dessinée qui s’est tenu à Angoulême fin janvier.

Une forte croissance depuis 25 ans

Un rapport remis en janvier 2019 au ministre de la Culture, intitulé « La bande dessinée, nouvelle frontière artistique et culturelle » parle même d’un « nouvel âge d’or » car « la bande dessinée française connaît depuis près de vingt-cinq ans une phase de forte expansion ». La France se distingue en étant le troisième pays producteur du monde avec un accroissement de sa production, multipliée par dix depuis 1996.

Loin de rester cantonnée à un public enfantin, la bande dessinée fait preuve d’une créativité et d’une vitalité remarquables. De nouvelles formes apparaissent : roman graphique, BD de reportage, adaptations littéraires, etc. Sans oublier le manga qui occupe aujourd’hui près d’un tiers du marché de l’édition en France.

En 2017, la BD représentait, avec la littérature jeunesse, plus de 50 % des cessions de droits à l’étranger de l’ensemble de l’édition française. Mais la bande dessinée ne fait pas que sortir des frontières territoriales, elle interagit avec d’autres formes d’expression que sont le cinéma, le film d’animation, les jeux vidéo, les arts plastiques ou encore la littérature. C’est ainsi, nous dit le rapport, que la bande dessinée « a tissé sa toile pour être au cœur d’un écosystème ample, qu’elle contribue à irriguer et à nourrir de façon significative ».

Bref, tout semble aller pour le mieux pour la BD française. Ce n’est pas vraiment l’avis des auteurs du rapport, Pierre Lungheretti – ancien directeur du cabinet de Frédéric Mitterrand, ancien directeur régional des affaires culturelles de la région Poitou-Charentes et actuellement directeur de la cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angoulême – et Laurence Cassegrain – directrice de projet au service du livre et de la lecture du ministère de la Culture.

Les deux fonctionnaires ont identifié un problème grave : « Le secteur est cependant confronté à une crise de croissance, due à une augmentation de la production totale (soit le nombre de titres publiés) plus rapide que les ventes, et la précarisation des auteurs ».

L’intervention accrue des pouvoirs publics

Tentons de comprendre : le secteur de la BD connaît une croissance ininterrompue depuis 25 ans. Ce dynamisme attire de nouveaux auteurs, et les éditeurs, pour profiter de la manne, publient toujours plus de titres. Même si le nombre de lecteurs augmente, il ne progresse pas suffisamment pour absorber l’offre nouvelle. N’oublions pas, par ailleurs, que le temps et l’argent disponibles limitent nécessairement le nombre d’albums lus par personne.

Ce phénomène s’observe tous les jours dans d’autres secteurs économiques. On a ainsi vu, il y a quelques années, fleurir les boutiques de vaporettes. Puis, le marché est devenu mature, et nombre de boutiques ont fermé, ne subsistant que celles qui sont nécessaires pour répondre à la demande. De mêmeobservons-nous aujourd’hui la multiplication des livreurs de repas à domicile. Là encore, la consolidation arrive. La société allemande Foodora a ainsi fermé sa filiale française qui n’arrivait pas à résister à la pression de Deliveroo et autres Uber Eats ou Frichti.

Bref, c’est le fonctionnement normal de l’économie de marché que les fonctionnaires du ministère de la Culture semblent découvrir. Pour Lungheretti et Cassegrain, il y a un « risque majeur de fragilisation de la vitalité de la création qui caractérise notre pays. D’une part, les tirages moyens ont chuté et génèrent une rémunération par titre moindre que par le passé. D’autre part, le métier d’auteur de bande dessinée, particulièrement de dessinateur, exige une concentration, une minutie et un temps passé qui rendent difficile le cumul avec un emploi parallèle ou une activité secondaire régulière, comme c’est le cas pour une majorité des auteurs des autres secteurs du livre ».

Heureusement, les auteurs du rapport ont la solution : refonder « la politique publique en lien avec la filière et l’ensemble des pouvoirs publics, pour mieux prendre en compte un tissu créatif fragilisé et pour valoriser pleinement un potentiel de développement artistique, culturel, éducatif et économique ». Pour cela 54 propositions sont émises, classées en sept chapitres :

>  renforcer la reconnaissance institutionnelle et symbolique du 9ème art ;

>  améliorer la situation des auteurs dans un esprit de responsabilité collective ;

>  développer la diffusion, la visibilité de la bande dessinée en favorisant le pluralisme ;

>  initier une politique volontariste d’éducation artistique et culturelle ;

>  assurer un plus fort rayonnement de la bande dessinée française dans le monde ;

>  mettre en œuvre une politique nationale du patrimoine de la bande dessinée ;

>  instituer une nouvelle organisation ministérielle.

Il serait trop long de détailler les 54 mesures préconisées par Lungheretti et Cassegrain, toutes dirigées vers un seul but, celui de la croissance de la sphère publique. Mais s’arrêter sur deux des sept axes est riche d’enseignements.

Dépenser encore et toujours

Dans l’axe 3 – renforcer la diffusion et la visibilité de la bande dessinée en favorisant son pluralisme et la diversité de ses formes – il s’agit avant tout de soutenir « les petits éditeurs et éditeurs alternatifs » dont l’équilibre économique est fragile. Mais la propension des fonctionnaires à tout régenter ne se contente pas de cette mesure qui existe déjà et qu’il s’agit de renforcer encore. Les deux rapporteurs ont par exemple l’idée de créer une commission qui aurait à faire des propositions pour « une meilleure répartition des parutions et mises en place tout au long de l’année ». Un grand plan annuel des parutions en quelque sorte.

Mais c’est l’axe 2 – améliorer la situation des auteurs – qui illustre le mieux la frénésie interventionniste de l’administration. Les rapporteurs préconisent de doubler le seuil des revenus accessoires aux droits d’auteur pour le porter à 20 000 euros. Ces revenus accessoires proviennent par exemple de cours ou de rencontres et débats publics. Augmenter le plafond autorisé des revenus accessoires, c’est augmenter la part des revenus qui bénéficient du régime hyper-favorable de la sécurité sociale des artistes-auteurs (niveau de cotisations faible et niveau de prestations élevé). A l’heure ou les cotisations sociales, taxes et impôts augmentent, une petite catégorie de la population serait donc encore plus privilégiée.

Pierre Lungheretti et Laurence Cassegrain proposent aussi de renforcer l’offre de formation continue destinée aux auteurs, d’aider les régions à les subventionner, d’augmenter les commandes publiques de bande dessinée, ou bien de créer une aide spécifique aux auteurs de BD.

Les auteurs du rapport rappellent qu’il ne leur appartenait pas de « faire des recommandations relatives à l’ensemble du régime social des artistes auteurs qui relèvent de deux autres ministères compétents », mais on sent qu’ils le regrettent. On subodore qu’ils auraient aimé proposer une espèce de régime d’intermittence des auteurs, calqué sur celui des intermittents du spectacle.

Quoi qu’il en soit, les 54 propositions des rapporteurs sont estimées, par eux-mêmes, à 2,5 millions d’euros sur 5 ans, soit 500 000 euros de dépenses annuelles récurrentes. Une estimation faible, car toutes les dépenses suggérées ne sont pas chiffrées, principalement parce qu’elles sont à la charge d’autres ministères que celui de la Culture. Les rapporteurs laissent le soin à ces ministères de faire leur propre chiffrage.

Non content de vouloir empêcher des usines de fermer pour raisons économiques, l’État cherche aussi à se mêler des secteurs en bonne forme. Nul doute qu’avec le régime voulu par Lungheretti et Cassegrain, la bande dessinée va vite devenir à son tour un secteur sinistré.

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