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Les vieux face au Covid 19 :
L’hécatombe en marche !

Tout le monde a en tête la communication calamiteuse et mensongère de l’éxécutif - président compris - sur les masques, dont la disponibilité n’a cessé, telle un mirage, de s’éloigner à chaque fois que son imminence était annoncée. Et aujourd’hui même où toutes les couturières se mettent bénévolement au service du pays, on se prend à se rappeler Du Guesclin qui, du temps de sa captivité, annonçait fièrement que pour payer sa rançon "il n’y a fileuse en France qui sache fil filer qui ne gagnât ainsi ma (con)fiance à filer". Encore faut-il savoir qu’à côté du mensonge, des interpellations et de la propagande qui ont largement sévi ces derniers temps dans les allées du pouvoir, il existe des moyens plus subtils de ne pas révéler l’exacte réalité au citoyen.

Le premier consiste à affamer le lecteur ou l’auditeur en ne lui baillant qu’une information étique et sélective, qui lui interdit de prendre connaissance de l’ensemble des éléments nécessaires à la formation de son jugement. Plus subtil, le second outil, qui procède par saturation, assomme littéralement le public en le noyant sous un déluge de chiffres, de préférence sans établir aucun lien, ni aucun rapport entre eux. Avec la multiplication des réseaux sociaux, le premier mode trouve rapidement ses limites, le peuple des internautes cachant souvent dans ses rangs quelques spécialistes de bonne pointure tout à fait capables de compléter utilement l’information manquante. Par contre, la saturation demeure remarquablement efficace, parce que, pour la déjouer, il faut investir du temps, montrer aussi un esprit suffisamment curieux et parvenir enfin à un minimum de synthèse, toutes conditions plutôt difficiles à réunir et qui rebutent le peuple foisonnant et jacassant des journalistes-perroquets, tout comme la plupart de nos médias usuels.

C’est donc bien cette dernière voie que le pouvoir a choisie pour déverser quotidiennement en quelques minutes juste après 19 heures un tombereau de chiffres sur le bon peuple qui, étourdi par l’exercice, retient peu et comprend moins encore. Un des exemples les plus probants de ce désarroi, c’est sans doute la difficulté à cerner, dans les statistiques officielles, l’importance réelle de la létalité du covid 19 chez nos seniors. Certes, on ne nous cache pas que sur le territoire national, le troisième et les quatrièmes âges forment le gros des bataillons des victimes. Pourtant à coup sûr, la plupart des Français et aussi de nos lecteurs n’ont certainement aucune idée précise des sommets qu’atteint la mortalité de nos aînés. Les premiers chiffres obtenus pour la période du 1er mars au 13 avril 2020 sur une infographie de "France Info" relayant le site officiel "Santé Publique France" nous sont apparus si incroyables, si exorbitants, que nous avons décidé de les croiser avec une autre publication du même site pour la période suivante du 1er mars au 21 avril 2020. Et là, le verdict est sans appel : malgré le décalage des dates et des tranches d’âge légèrement différentes, les deux documents fournissent bien des chiffres parfaitement cohérents.

LES CALCULS

Au 13 avril 2020, sur le site de France Info et dans le cadre des classes d’âge le plus touchées[1] et pour la période allant du 1er mars 2020 au 13 avril, on dénombre un total de 14 836 décès, soit 9 457 pour le secteur hospitalier et 5 379 pour le secteur des EHPAD et autres établissements assimilés. Sur les 9 457 personnes décédées à l’hôpital, 5 457 étaient âgées de plus de 80 ans et 3 414, des patients âgés de 60 à 79 ans, soit un total de 8 871 décès frappant des seniors de 60 ans et plus. Si on ajoute à ce premier chiffre, l’effectif des 5 379 décès observés en EHPAD, on obtient un total de 14 250 décès (=8871+5379), qui représente 96,05% (= 14 250/14 836) de l’ensemble des 14 836 décès observés sur la période.

Par souci de vérification, consultons maintenant la page 10 de l’édition suivante du site "Santé Publique France" qui – elle - pousse le décompte jusqu’au 21 avril, tout en faisant glisser à 65 ans le seuil d’observation. Pas moins de 12 900 décès y sont annoncés pour le secteur hospitalier, mais dont seulement 12 820 donnent lieu à une analyse par âge. Sur la tranche de 65 à 74 ans, on compte 2 248 décès ; sur celle de 75 ans et plus, 9 153 ; soit un total de 11 401 ( = 2 248 + 9 153). Si on ajoute la nécrologie des EHPAD et assimilés, soit 7 896 décès, on arrive à un total de 19 297 ( =11 401+ 7 896) à rapporter au total des décès de la période toutes origines confondues, soit 20 716 (=12 820 pour l’hôpital + 7 896 pour les EHPAD et consorts). La part des personnées décédées âgées de 65 ans et plus se situe donc à 93,15% (=19 297/20 716) du total des décès tous âges confondus enregistrés tant à l’hôpital que dans les EHPAD et assimilés.

Les deux résultats obtenus à deux dates différentes sont donc cohérents - 96,05% pour les 60 ans et plus, 93,15% pour les 65 ans et plus- compte tenu notamment de l’écart d’âge retenu entre les deux approches et qui pèse sur le numérateur. Ce qui veut dire qu’indépendamment des dates, les seniors fournissent (EHPAD inclus) nettement plus des 9/10èmes du contingent des morts par coronavirus, sans préjudice des nombreux décès "en ville" qu’on ne connaît pas encore.

Toutefois pour ne pas rester sur des résultats aussi sombres, nous avons élargi le champ de nos investigations, tout en conservant la cible des seniors de 65 ans et plus, à la proportion des décès survenus du 1er mars au 21 avril 2020 par rapport à l’ensemble des admissions hospitalières recensées sur la même période. Nous avons procédé de manière indirecte en calculant ces admissions par rapport au total des décès et des retours à domicile observés durant la période considérée selon le site "Santé Publique France" précité (page 10 ibidem). Pour la tranche d’âge 65/74 ans, on relève 2 248 décès pour 7583 retours à domicile, soit un total d’admissions de 9 831 ( = 2 248 + 7 583 ) et donc un taux de létalité relative de 22,87% (= 2 248/9 831). Pour les 75 ans et plus, ces admissions se montent à 18 911 (= 9 758 retours à domicile + 9 153 décès), soit un taux de létalité relative de 48,40% (= 9 153/18 911). En agrégeant les chiffres pour l’ensemble des seniors de 65 ans et plus, 11 401 décès ( = 2 248 + 9 153) sont recensés pour 28 742 admissions ( = 9 831+18 911), soit un taux global de 39,67% (= 11 401/28 742) et donc proche de 40% à partir des seules admissions hospitalières.

Nous avions envisagé enfin d’affiner notre dernière observation en conservant toujours la même grille de lecture, mais en la focalisant cette fois sur le rapport par classe d’âges entre les décès et les cas graves admis en réanimation. Or, notamment par comparaison avec les résultats précédents, les calculs menés à cet effet à partir du site de "Santé Publique France" ne nous ont pas paru convaincants, alors que le directeur général de la Santé annonçait dans sa conférence de presse du 17 avril un taux moyen de létalité après réanimation de seulement 10% tous âges confondus. Notre doute s’est trouvé conforté par un article du 30 avril du Monde s’appuyant sur une étude du Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA). Le REVA mobilise un réseau de quelque 200 centres de réanimation et ses travaux ont porté sur un peu plus d’un millier de patients entrés en service de réanimation avant le 28 mars et dont le parcours a été suivi jusqu’au 25 avril. Les premières conclusions - encore provisoires - montreraient que le taux officiel de 10% se trouverait largement sous-estimé par rapport au taux réel de létalité qui s’établirait au 26 avril entre 30 et 40% tous âges confondus. Ceci veut dire que le taux de référence des personnes les plus âgées (celui qui nous intéresse) risque de tutoyer, voire de dépasser la barre des 50%. Il va de soi qu’il faudra suivre de près la publication de cette étude qui, si elle se trouvait fondée, serait de nature à jeter plus qu’un voile de suspicion sur une partie au moins des statistiques officielles publiées à ce jour.

CONCLUSION

Quoi qu’il en soit, la plupart des chiffres qui précèdent sont élevés, même si tout le monde sait que la mortalité s’accroît inévitablement avec l’âge et qu’un épisode de grippe sévère peut flirter avec des chiffres voisins. À coup sûr il faudra, lorsque les résultats détaillés de l’étranger seront disponibles, faire la comparaison de ces bilans, notamment avec des pays comme l’Allemagne ou le Danemark qui s’étaient correctement équipés, ou la Grèce qui elle, et malgré son dénuement, avait su réagir très tôt aux premières alertes. C’est alors que nous pourrons vérifier si, avec l’un des systèmes les plus coûteux, nous disposons bien toujours du "meilleur service de santé au monde" ou si, au contraire et en dépit du dévouement exemplaire des soignants et de leurs auxiliaires, cette image est à ranger parmi les souvenirs d’une grandeur définitivement révolue. Mais rassurons-nous toutefois : si, par malheur mais comme on peut hélas le craindre, cette dernière hypothèse l’emportait, tout ne serait pas perdu. En effet en consultant sur les dernières décennies toutes les mesures aberrantes empilées les unes sur les autres par des cohortes de politiciens sans envergure[2], nous disposerions alors d’un immense atout : en effet, nous saurions exactement tout ce qu’il ne faudra plus jamais faire sur les années à venir.

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Messages (7)

Réflection

le 5 mai, 09:55 par Bertrand Tavel

Voila enfin des statistiques plus intéressantes que les morbides annonces de J. Salomon. Nos gouvernants ont perdu tous bons sens quant aux mesures idiotes promulguées L'arrêt des marchés de campagne l'interdiction de l'accès aux forêts, aux espaces verts, aux plages, à la navigation alors que ce sont des endroits sans risques.
Ils préfèrent nous entasser dans des grandes surfaces non aérées.

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À faire ou pas.

le 5 mai, 11:22 par Picot

Ce qu’il faudrait faire : que les politiques fassent seulement de la politique et laissent les médecins faire leur métier : la médecine. C’est ainsi que les vaches sont bien gardées et les citoyens soignés correctement.

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On ne parle pas assez de la Grêce

le 5 mai, 12:47 par Gues François

On parle de beaucoup de pays sui ont moins de mortalité sue la France, mais jamais de la Grèce. Il serait intéressant de mener une enquête pour comprendre les raisons de leurs bons résultats. Merci

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lits de réanimation

le 6 mai, 18:11 par François Audouze

Il semblerait que depuis janvier pas un seul lit de réanimation n'ait été fabriqué. Nous en avions 5000, nous en avons 5000. Il y a eu un hoquet de 30 lits prêtés par l'armée repartis depuis. Si le déconfinement se fait dans l'indiscipline, le nombre de lits sera bien insuffisant et l'on laissera mourir les vieux dans les couloirs des hôpitaux. Il y a là une faute grave de l'Etat car on envisage sans crainte de laisser mourir les anciens. Une action en justice s'impose.

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Voyons et disons les choses autrement

le 7 mai, 08:58 par SIGNOL Daniel

Bonjour,
cet excellent article m'amène à suggérer une façon différente de voir et dire ce qui est.
L'hécatombe chez les séniors est et continuera par l'isolement brusque de leur famille de tous les résidents de maisons de retraite (800000 personnes ?)qui les coupant de leurs seuls liens qui sont affectifs, va augmenter considérablement le "glissement vers la fin de vie"
Alors si le langage de ceux qui veulent dire la vérité était : "Le covid-19 tel que géré par l'Etat français fait que 1000 morts par ce virus entraîne la clôture de 950 dossiers de pensions de retraite...", peut être beaucoup de français ouvriraient les yeux.
Il faudrait du reste faire publier le nombre mensuel de dossiers de retraite clos par suite de décès du bénéficiaire, ceci depuis début 2017 (pour avoir une référence) et jusqu'à 2022 pour connaître la surmortalité des séniors. Parlerait-on alors de centaines de milliers de décès prématurés ?
Merci pour vos analyses
Cordialement
Daniel SIGNOL

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RÉPONSES AUX LECTEURS

le 10 mai, 18:31 par Thierry BENNE

@ GUES François

Pour la Grèce, comme pour l'ensemble des comparaisons étrangères à venir, il faudra attendre des publications plus complètes que celles qui nous parviennent actuellement, notamment pour savoir si les taux-records de létalité des seniors que nous avons pointés sont une particularité de la France ou si on les retrouve peu ou prou ailleurs et où précisément.

@ SIGNOL Daniel

Votre remarque s'inscrivait comme en filigrane de l'étude. Il faudra s'en souvenir lorsqu'on ne manquera pas de faire observer aux retraités que les vieux, eux, n'ont rien perdu au chômage puisqu'ils ne travaillent plus. S'en souvenir encore lorsque de bonnes âmes viendront exiger des retraités une participation à l'effort de solidarité national, alors que l'hécatombe observée et la déréliction prolongée des EHPAD soulignent à l'évidence que ces classes d'âge ont été davantage impactées par la pandémie qu'aucune autre et qu'elles ont acquitté le plus lourd tribut qui soit. Et l'attitude du pouvoir, vis-à-vis des EHPAD, a été loin d'être exemplaire, tout comme certains propos entendus sur le caractère usuel du "tri thérapeutique" n'ont pas manqué de choquer ceux qui ont parfaitement réalisé qu'en cas d'infection grave, , ils feraient très certainement partie des arbitrages complaisamment évoqués.

Merci aux autres lecteurs pour leurs messages lus avec attention.

Cordialement à tous : Th.B

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Les vieux face au Covid-19

le 26 mai, 13:19 par VANNIER Alain

Entendu d'un invité (expert en tout et n'importe quoi) sur BFMBUSINESS : "Les plus heureux aujourd'hui sont les vieux qui ne sont pas morts".

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