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Les énarques, l’administration et la Covid

mercredi 7 avril 2021, par Adélaïde Motte

Depuis plus d’un an, le gouvernement se caractérise par ses difficultés à maîtriser chaque aspect de la crise, qu’il s’agisse des masques, des tests, des vaccins, et bientôt des autotests. Pareil constat semble moins surprenant lorsqu’on connait le nombre d’organismes qui prétendent à régler les problèmes. Et ceux qui les dirigent.

Centre opérationnel de réception et de régulation des urgences sanitaires et sociales (ou CORRUSS), conseil restreint de défense, réunion interministérielle sur la recherche et la coordination sanitaire, réunion interministérielle pour la mobilisation économique, cellule interministérielle de crise… Non seulement ces cellules sont trop nombreuses pour être efficaces, mais en plus on y retrouve toujours les mêmes personnes, qui n’ont pourtant pas toujours brillé par leur compétence.

L’ENA sur-représentée dans la gestion de la crise

L’ENA étant surreprésentée dans notre gouvernement, elle se trouve logiquement surreprésentée aussi dans la gestion de la pandémie. Ainsi, la direction politique et stratégique de la crise est assurée par le Premier ministre, c’est-à-dire Jean Castex, qui a succédé à Edouard Philippe. Après une maîtrise de droit et le duo classique Sciences Po-ENA, Jean Castex est passé par la Cour des comptes, le ministère de la Santé et, pour finir, Bercy. Sciences Po et ENA également pour Edouard Philippe, qui a ensuite exercé, un temps assez court, le métier d’avocat, est passé chez Areva, avant de se consacrer entièrement à la politique en tant que maire, député, et enfin Premier ministre. Le pilotage de la crise est donc sous la coupe de l’ENA, temple avant tout de la fonction publique mais pas de l’efficacité.

La conduite opérationnelle est du ressort du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. S’il n’a pas fait l’ENA, mais seulement Sciences Po Lille, il n’en est pas pour autant un homme de terrain, au fait des préoccupations et de la vie des Français. Entre les secrétariats d’Etat, les ministères, les conseils régionaux, les mandats de députés, les mairies, il s’est forgé un réseau de personnalités reconnues, mais peut-être pas une connaissance très approfondie des entreprises, des indépendants, des artisans, des cadres, des familles, des étudiants, et de toutes ces classes socio-professionnelles qui font la France.

Les énarques ne sont pas les seuls incompétents au pouvoir

On pourrait espérer que ceux de nos gouvernants qui n’ont pas fait l’ENA soient un peu plus au fait des secteurs dont ils s’occupent. Malheureusement, leurs études terminées, ils ont souvent enchaîné des postes dans la fonction publique, ce qui revient presque inévitablement à s’enfermer dans une tour de verre aux vitres opaques. Il en est ainsi d’Olivier Véran, ministre de la Santé dont on argue qu’il est également neurologue. Effectivement, il a fait des études de médecine jusqu’en 2005. Mais elles ont été complétées par une étape à Sciences Po (où il a suivi un executive master en gestion et politique de santé), à l’issue de laquelle il a choisi d’être député et conseiller régional. Arrivé au ministère de la Santé, que lui restait-il de son expérience en hôpital ? Manifestement, pas de quoi répondre correctement à la crise sanitaire, comme le montre le fiasco des lits de réanimation. Dans la même veine, on peut citer Jérôme Salomon, directeur de la cellule de crise du ministère de la Santé. Après des études portant sur les maladies infectieuses, la biologie des populations, l’épidémiologie, et enfin le management des hôpitaux, il tombe lui aussi dans le giron du secteur public, avec des passages au ministère de Bernard Kouchner, au ministère des Affaires sociales, à l’université et chez Santé publique France. On peut malgré tout espérer que certaines de ses décisions aient été prises à la lumière de son expérience à l’institut Pasteur ou à la présidence des hôpitaux universitaires.

La crise sanitaire met une nouvelle fois sous les projecteurs le mal que la fonction publique fait au pays. L’interdiction de licenciement conduit à déplacer les fonctionnaires comme des pions sur un jeu d’échecs, sans pouvoir les remplacer par des personnes plus compétentes du privé. Un exemple, celui de Nicolas Castoldi, chargé de la mobilisation sur les tests, qui s’est retrouvé administrateur au Sénat dès la fin de ses études à l’ENS philosophie. Il est ensuite passé par des secteurs divers, de l’enseignement supérieur au budget, en passant par France innovation scientifique. En quoi un diplômé de philosophie était-il qualifié pour coiffer ces multiples casquettes ?

Dans la crise sanitaire que nous traversons, les problèmes sont multiples et les solutions aussi. Et ça n’est pas si simple. Il n’y a donc pas de solution miracle. Mais plutôt que de vouloir faciliter l’accès à l’ENA, en limitant les épreuves sélectives, ne vaudrait-il pas mieux supprimer l’ENA et favoriser la naissance d’écoles diverses et variées et privées quand c’est possible. La possibilité d’ouvrir des universités privées, en leur permettant de délivre leurs diplômes, permettrait de diversifier les filières d’accès aux hautes fonctions de l’Etat. Parallèlement, la suppression du statut de la fonction publique permettrait de faire évoluer le personnel de cette haute fonction publique, de se séparer de ceux qui ne sont pas performants et d’y embaucher des personnes ayant l’expérience de la gestion d’entreprise quand ce serait utile. Il serait profitable aux milieux économiques comme à la fonction publique que leurs personnels puissent aisément s’interpénétrer, poursuivre leurs carrières de l’un à l’autre et vice-versa. Comment espérer que nos ministres et autres conseillers puissent apporter des solutions adaptées à la société civile quand ils vivent dans des vases clos et protégés ? Il faudrait peut-être qu’ils aillent se frotter à la réalité du terrain autrement qu’en sélectionnant des comités citoyens pour leur faire dire ce qu’ils en attendent.

Sources :

https://www.marianne.net/politique/petit-fils-d-instituteur-mais-aussi-de-senateur-la-memoire-selective-de-jean-castex-sur
https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/securite-sanitaire/article/la-gestion-des-alertes-et-des-crises-sanitaires
https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/acteursdudispositif_secusan-2019.pdf
https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/les-actions-du-gouvernement
https://www.linkedin.com
https://www.franceinter.fr/societe/coronavirus-qui-sont-les-onze-membres-du-conseil-scientifique-qui-conseille-le-gouvernement
https://www.inserm.fr/gouvernance-organisation
https://www.linkedin.com/in/carine-delrieu-8172863a/
https://www.linkedin.com/in/thomaslombes/
https://www.linkedin.com/in/fredericdardel/
https://www.linkedin.com/in/sarron-jean-claude-40a55b109/
https://www.linkedin.com/in/lesaulnier-fr%C3%A9d%C3%A9rique-80163229/
https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/note-laction-publique-face-la-crise-du-covid-19.pdf
https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/vaccins
https://www.elysee.fr/la-presidence/le-conseil-de-defense-sanitaire

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Les-enarques-l-administration-et-la-Covid

Messages

  • Depuis combien de décennies l’ENA a t’elle prouvé qu’elle forme avant tout des technocrates pour comités théodules ? Aucune expérience professionnelle dans le privé c’est grave.
    Les meilleurs énarques sont les diplômés des grandes écoles (excepté Science Po qui n’a aucune pertinence dans le privé) qui font l’ENA uniquement pour se faire des relations parmi les prochains élus/fonctionnaires de l’Etat. Le mille feuille Français est un boulet économique et fiscal.

  • n moment donné l’ENA était nécessaire, aujourd’hui l’ENA, Sciences Po et toutes ces grandes écoles administratives qui sortent quelques centaines de fainéants qu’il faut caser dans des services publics existants ou à créer, doivent absolument êtres fermées le plus vite possible ainsi que la "formation des élus" ou il est impératif de remplacer les formateurs par des gens qui ont des compétences beaucoup plus réalistes ce qui ne sera pas facile à trouver en France. Mais peut-être faudrait-il aussi modifier le statut et les condition des élus politiques nationaux et même des locaux à la tête des grandes villes, Régions, Métropoles etc. tous beaucoup trop loin de la réalité et des intérêts de la population. Responsabiliser leurs actes un peu à la manière de ce que l’on se permet de faire avec les chefs d’entreprises surtout des PME et TPE serai bien venu jusque sur leurs biens personnels pour les cas les plus mauvais. Enfin il serait aussi nécessaire de pouvoir renvoyer certains élus et principalement ceux qui sont élus par défaut ou par une minorité d’inscrits, ceux qui ont des démissions à répétition dans leurs rangs et savoir juger ceux qui gouvernent non pas pour l’ensemble de la population, restant dans une idéologie extrémiste qui n’a pas de raison d’exister.

  • O.Véran était également syndicaliste et a mis en grève les internes du CHU de Grenoble alors qu’il était étudiant.

  • Mais regardez bien la réalité, une très grande majorité de Français est en admiration devant ces crétins de technocrates puisqu’ils les élisent depuis des dizaines d’années.
    Les Français préfèrent les taxes, les normes, les règlementations, la baisse du pouvoir d’achat, la ruine, le chômage, la faillite et j’en passe..!
    Comme si les sept millions de fonctionnaires allaient créer des richesses au sens noble...??
    Savez-vous seulement que vous les payez grassement avec vos impôts, taxes, prélèvements toute nature ?? et pour quels services ????

    • Le gouvernement français fonctionne selon un cercle vicieux : les énarques élus choisissent leurs conseillers parmi d’autres énarques, suivant un copinage à peine dissimulé. Résultat, lors de l’élection suivante, ce sont ces nouveaux énarques, désignés à des postes prestigieux par les énarques élus, qui se présentent. Et cela recommence...

  • Comme vous le dites fort justement il est interdit de licencier des fonctionnaires dont le pouvoir et la force d’inertie sont extraordinaires : en effet ils voient passer des présidents, des ministres mais EUX restent et comme ils savent qu’ils n’ont rien à craindre de qui que ce soit pourquoi voudraient ils être un tant soit peu efficaces ? Qui plus est ils ont toute latitude pour faire une incursion dans le privé puis revenir tranquillement dans leur corps d’origine ce qui est parfaitement exorbitant et qui ne devrait plus exister si les politiques censés gouverner la France avaient un minimum de courage mais ils ne vont tout de même pas se tirer une balle dans le pied...

  • La solution n’est sûrement pas de supprimer l’ENA qui renaîtra vite de ses cendres...en pire.
    Au départ l’idée était de créer une école d’application pour les futurs hauts fonctionnaires. Ce n’était pas inutile ; et ça le restera toujours.

    Par contre il serait essentiel de s’assurer de la vraie qualité de la sélection , c.a.d. sur des critère non "consanguins" et non marxistes...et de n’ouvrir le concours qu’à des gens qui auraient déjà une expérience professionnelle dans le privé ou le public. (le concours interne et le 3° concours fonctionnent sur ce principe).

    Ensuite il faudrait interdire aux fonctionnaires (au moins ceux de Catégorie A) de se présenter à des élections pour cause évidente de conflit d’intérêt. Soit ils restent fonctionnaires, soit ils démissionnent plusieurs mois avant de se présenter et ne bénéficient d’aucune possibilité de retour. Cette mesure a déjà été appliquée en France, mais il y trop longtemps.

    D’une manière plus générale la suppression du statut de la fonction publique et de ses multiples privilèges faciliterait aussi un retour à la normale.

    • Une école d’application pour les hauts fonctionnaires n’a pas grand sens : les compétences nécessaires à ces métiers s’apprennent aussi bien dans d’autres grandes écoles. Une école spécialisée pour les hauts fonctionnaires consacre encore plus le statut de la fonction publique, et conforte les étudiants dans l’idée que leurs postes sont inaliénables.

  • Quelques semaines avant une élection présidentielle, j’ai eu l’occasion de rencontrer le directeur d’une grande société suédoise,(ABB) qui me dit : imaginons que je me présente aux élections ! Imaginons que je sois élu ! La première chose que je fais est de fermer l’ENA. De plus, je rassemble les dix dernières promotions et je les fais émasculer pour qu’ils ne se reproduisent plus.
    Dialogue très surprenant quelque peu surréaliste de la part d’un grand patron mais véridique mot pour mot.

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