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Les Français veulent-ils encore travailler ?

Certains, oui bien sûr. Mais pour beaucoup d’autres, ce n’est pas sûr. La question est iconoclaste. Et pourtant ! Les magasins ne rouvrent que lentement. Les grandes entreprises ont des négociations préalables avec les syndicats qui restent très exigeants et retardent le retour des salariés dans les bureaux et les ateliers. Dans beaucoup d’entreprises le travail reprend comme l’école, partiellement, par équipes tournantes. Cet état d’esprit est, semble-t-il particulier à la France. Le groupe Ikéa a rouvert ses magasins aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Pologne… mais pas en France. Dans la semaine du 11 mai, Conforama n’a ouvert qu’une vingtaine d’établissements sur 134. Dans certains magasins qui ont mis la clé sous la porte dans la semaine du 15 mars sans laisser de message à leur clientèle, les employés qui vous accueillent n’ont pas un mot d’excuse, pire ils vous font sentir qu’il faut les remercier d’être présents malgré les dangers qu’ils courent. Ils seraient presque des héros si ce qualificatif n’était pas désormais réservé aux personnels soignants. Au demeurant, beaucoup de ceux-ci ont fait leur travail sans compter leurs heures et avec grande diligence, mais d’autres ont juste fait leur travail. Peut-être que certains ont eu l’impression de trop travailler parce qu’ils ne savaient plus ce qu’était le travail. Les millions de personnels de bureau en télétravail s’y trouvent bien et n’ont guère envie de revenir. Ils tergiversent volontiers par mille prétextes possibles. Les 12,4 millions de salariés qui ont bénéficié du chômage technique sont nombreux à y avoir pris goût.

Ce que Martine Aubry avait commencé avec les 35 heures, Macron et le coronavirus l’ont achevé

La conséquence est que le PIB français flanche plus que dans nombre d’autres pays. L’industrie française est en chute libre, à un niveau d’activité au 11 mai de 67% du niveau du 1er janvier, pour des taux d’activé comparables de 81% en Allemagne, 77% au Royaume Uni, 77% en moyenne en Europe ! Les métiers de service souffrent aussi. Les tribunaux qui sont « le » service public par excellence sont comme un navire que les équipages ont abandonné, parfois à 90% de leurs effectifs, comme une armée en déroute. De ce fait les avocats sont à la peine : 80% d’entre eux ont déclaré avoir subi sur la période une perte d’au moins 50% de leur chiffre d’affaires. Les coiffeurs ont rouvert, mais les stagiaires qu’ils attendaient ne sont pas toujours là, etc… Trop d’enseignants restent réservés à l’idée de recevoir les enfants : ils mettent trois jours pour organiser l’école afin d’accueillir ceux qu’ils n’auront pas réussi à dissuader de revenir ! Pourtant aucun enfant n’a été directement atteint par le coronavirus ! Tout est à l’avenant.
Ce que Martine Aubry avait commencé avec les 35 heures, Macron et le coronavirus l’ont achevé. L’institution des 35 heures, sur laquelle aucun gouvernement n’a osé revenir franchement, a été une catastrophe moins pour avoir réduit le nombre d’heures de travail hebdomadaire que par la modification qu’elle a entraîné de l’état d’esprit du plus grand nombre. Avec les 35 heures, la préoccupation majeure de chacun n’a plus été le travail, mais les congés. Travailler est toujours pénible, mais c’est devenu une épreuve. Le confinement a fait miroiter la douceur de la vie sans travail, avec une paye à 84% du net, mais des frais en moins (pas de garde d’enfant par exemple, pas de transport, pas de repas en dehors de la maison…). Pourquoi ne pas prolonger ?

Pourquoi travailler si l’Etat prend tout le monde en charge ?

Heureusement il y a encore des Français qui veulent travailler, mais de moins en moins et il y a un moment où la quantité fait basculer la mentalité d’une société. Parce que ceux qui veulent travailler ne trouvent plus les employés, les sous-traitants, les fournisseurs, les partenaires… qui le voudraient aussi. Les compétences, les connaissances se perdent. La société prend modèle sur la fonction publique. Ainsi pourrait glisser la société française dans la décroissance que certains bobos et autres jeanfoutres espèrent avant qu’ils la regrettent peut-être quand ils connaîtront la misère qu’elle induira. Mais au fond, ils ne connaîtront pas la misère puisque l’Etat prendra tout le monde en charge, médiocrement certes, mais la médiocrité partagée, quel bonheur !
Nous ne sortirons donc de la crise qu’en redressant très vite cet état d’esprit, en arrêtant cette descente vers le gouffre. Cela suppose de revenir sur le statut de la fonction publique pour ne l’octroyer qu’aux personnels qui par leur fonction ont besoin d’en être protégés : les militaires, les policiers, les magistrats et pas beaucoup d’autres. Si les employés de voierie, les personnels des musées ou les infirmières de l’hôpital public ne sont plus fonctionnaires, on pourra les payer au mérite, éventuellement les licencier, et leur attitude changera. Il faut rendre au secteur privé tout ce qu’il peut faire et que l’Etat fait indûment et mal : l’impréparation de la crise et sa gestion l’ont prouvé. Plus généralement il est urgent de revaloriser le travail en le taxant moins, le chargeant moins, le réglementant moins. Un vrai challenge mais qui seul permettra de sortir de la crise. Nous avons moins besoin d’argent que d’ardeur et de travail, de volonté et de satisfaction de travailler.

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Messages (4)

C'est dans la normalité

le 19 mai, 06:10 par Laurent46

Comme vous dites "Certains OUI" mais pour la majorité c'est NON.
J'ai un exemple un travailleurs frontalier (suisse) gras comme deux moines a été jugé à risques et est à la maison depuis 3 mois aussi grassement payé, sa copine (ils vivent ensemble) est au RSA avec 1 enfant ! et vient de toucher en plus une prime de 250 €
Leur confinement s'est passé à faire la bringue avec les voisins tous de la même taille et sans rien faire ... ni même la cuisine tous les plats ont été achetés chez un traiteur ... A côté de cela un ouvrier spécialisé dans l'industrie automobile avec 3 enfants doit faire avec 85 % de son salaire et sans prime ...
Voilà la France Les Suisses ne sont pas prêts à accepter le personnage à risques avec bien d'autres problèmes récurrents du fait de sa taille et restera à la maison au moins jusqu'au mois de septembre .... Comment voulez-vous remettre ces gens là au travail ils sont très contents et se complaisent dans leur système. Pardon j'ai dit très contents pas tout à fait, il sont à prévoir des vacances bien mérités ....
Il y en a des milliers comme cela et pour ces gens là, comme pour les millions de fausses cartes vitales et les multi-centenaires il est impossible pour l'Etat de monter des brigades de recherche .... Mais pour emmerder ceux qui travaillent encore pour créer de la richesse l'Etat est particulièrement réactif. Cela dit, au regard de l'activité des parlementaires, ou de la majorité des fonctionnaires tous payés jusqu'au moindre centime durant ces périodes difficiles et prêts à partir en vacances alors que l'on demande déjà à ceux qui font la richesse d'abandonner les RTT et autres avantages, il n'y a pas de raisons de s'affoler c'est dans la normalité de la vie en France pour la majorité de la population. Pour ma part j'attends des pièces fabriquées en France pour des travaux depuis plus d'un mois rien à l'horizon ... alors que toute commande de matériel Allemand m'est toujours arrivé sous 2 à 4 jours ...et la semaine dernière environ 500 kg de matériel pour un chantier commandé et payé mercredi matin (c'est la règle en Allemagne on paye à la commande) matériel arrivé sur les environs de Mulhouse le lendemain, jeudi à 11 h par un transporteur Allemand alors que la distance du transport est d'environ 600 km. Mais tout cela est dans la normalité Française comme celle de pleurer, d'applaudir et de réclamer le partage et la solidarité entre les pays de l'Europe. Ce sont déjà de tels comportements qui ont été à l'origine du dernier conflit mondial. La normalité Française est dans la culture, les loisirs et le tourisme mais pour cela il faut du fric, du vrai fric fabriqué comme richesse.

- Répondre -

Rectification d un mot de votre article

le 19 mai, 08:39 par MC L

Je vous remercie de bien vouloir relire votre phrase vous incluez les infirmières comme étant tire-au-flanc
Je vous remercie de bien vouloir rectifier votre texte à ce propos qui jette un discrédit sur votre état d esprit a l egard de cette profession , actualité covid oblige

19 mai, 12:52 - PhB

Bonjour messieurs Lecaussin et consors.
Je me permets d'en rajouter une petite couche par plusieurs petites touches successives.
> Les deux mois de confinement sont assez semblables à l'instauration à tous (sauf nos politiques dirigeants) à une "Assignation à Résidence" comme pour de vulgaires repris de justice.
On n'a pas le droit de taper sur toute personne sous prétexte qu'elle ne fait rien, alors qu'on lui interdit de bouger sinon : PLAF : 125€ (pour commencer). C'est comme taper sur un prisonnier !
Le personnel de santé s'est montré responsable, à la hauteur et même innovant. Certains restaurateurs pour ne pas crever de suite et laisser leur fournisseurs dans la M...., ont innové avec la confection des plateaux repas, souvent de qualité, livrés gratuitement ou pour des sommes dérisoires (au CHR de Strasbourg, 2,30€ à charge du personnel). Beaucoup de bénévoles ont utilisé la dernière close de formulaire de sortie pour aider les plus démunis ou aller confectionner des masques.
Donc dire que se sont des fainéants, me choque !
> Retourner au boulot à reculons : Une partie des travailleurs utilisant des systèmes informatiques a pu continuer avec le télé-travail. Chez nous en Alsace, beaucoup de frontaliers vont travailler Outre-Rhin. Chaque trajet est toujours une galère qui n'a rien à envier aux provinciaux-parisiens, surtout en ce moment avec les contrôle douaniers. En se cantonnant à un déplacement par semaine : minimum nécessaire, ils ont gagné en qualité de vie et en qualité de travail et surtout la planète y a gagné. Pourquoi leur reprocher de vouloir continuer, si ça fonctionne ? C'est à leur employeur d'en décider.Ce reproche est aberrant ! Il y a toujours eu des profiteurs et "faignaces", bien avant "Coronavirus".
En ce moment je vous demande de penser à ceux qui ne peuvent toujours pas reprendre comme : les gérants de salles de sport, l’hôtellerie, certains restaurants qui n'ont pas les épaules assez larges ! Même chose pour le monde de la Culture : c'est elle qui fait la noblesse de l'âme humaine. Je ne demande pas un soutient "tout azimuth" mais prendre des mesures pour que l'Evènementiel puisse reprendre son cours après la crise : beaucoup d'artistes vont simplement crever ! Pour l'automobile, ça ne sert à rien d'en fabriquer, il faut déjà écouler tous les stocks et faire en sorte que les salariés soient toujours là quand il y aura la reprise.
Le coté positif la-dedans et que peut-être enfin les vraies choses de la vie vont peut-être mises en avant : se nourrir (sainement de préférence) et se soigner. Pour moi qui suis un passionné d'électronique et en ai fait mon métier, qui n'ai rien contre l'innovation ; avec le recul je pense que :
la technologie, tout ça ainsi que l'argent, ça ne doit pas être un BUT en soi mais, juste être un MOYEN à utiliser avec intelligence pour permettre à tout être humain de vivre en harmonie et là, il y a encore du chemin à faire (c'est un autre sujet) !
PhB

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Pourquoi travailler ?

le 19 mai, 11:52 par ORILOU

Cela commence à l'école primaire où, au nom de l'égalité des chances, on supprime tout devoir à la maison. En réalité, cela ne fait qu'aggraver le problème car il y a des familles où les enfants ne font et ne feront jamais rien et les autres.
Plus tard, aux métiers dits manuels et à l'apprentissage déconseillés pour ne pas dire déconsidérés, on préfère des baccalauréats "au rabais" qui ne mènent à rien.
Pendant que des entreprises cherchent vainement du personnel, y compris pas ou peu qualifié, l'Agence pour l'emploi regorge de "chômeurs ELOIGNES DE l'EMPLOI" depuis de nombreuses années. Où va-t-on ?

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Travailler ?

le 19 mai, 20:06 par theano

Quand j'ai vu l'empressement avec lequel les boutiques ont baissé le rideau... On aurait dit qu'elles n'attendaient que ça. Quand je vois la réticence avec laquelle elles ont rouvert, traitant les éventuels clients au mieux comme des gêneurs, au pire comme des pestiférés, on n'a pas, moi en tout cas, envie d'attraper la fièvre acheteuse.

20 mai, 19:47 - elea

Au début du confinement, les commerçants qui avaient le droit d'être ouverts recevaient les clients avec une hostilité difficile à subir. Deux mois après les commerçants sont redevenus coopératifs. En fait, au début de l'épidémie, leur hostilité traduisait la peur qu'ils avaient d'être dans une situation très exposée. C'était une peur bien compréhensible devant un phénomène dont la dangerosité était mal évaluée.

Aujourd'hui nous avons tous peur les uns des autres mais nous apprenons à vivre avec cette peur avec moins d'hostilité et plus de compassion les uns pour les autres.Cela rend les commerçants plus fréquentables : maintenant, ils nous donnent plutôt envie de soutenir leur activité car ils font partie de nos vies.Je pronostique donc plutôt une belle embellie pour le commerce de nature à compenser les pertes. Car l'humain intelligent n'est pas rancunier et il sait se dépolluer des mauvais souvenirs inutiles à garder.

22 mai, 11:28 - Jean-Philippe Delsô

Je n’ai pas dénigré les personnels soignants dont j’ai dit que beaucoup avaient fait un travail remarquable. Mais il ne faut pas tomber non plus dans le discours politiquement correct. Ce ne sont pas des héros pour autant car un héros est bien autre chose qu’un professionnel qui fait son métier de manière remarquable et dévouée malgré les dangers possibles. Et en effet je considère que c’est une erreur de donner une prime uniforme à tous les personnels alors que certains ont fait leur travail plus que bien tandis que d’autres n’ont fait que leur travail.
Et je crois aussi que les personnels soignants n’ont pas à avoir le statut de la fonction publique qui en incite certains à profiter de la situation. Ce qui ne veut pas dire que je blâme les personnels de la fonction publique hospitalière dont beaucoup font leur métier avec passion indépendamment des bénéfices de leur statut. Mais pas tous.
La réalité est parfois dure à entendre, mais elle est la réalité.
Jean-Philippe Delsol

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