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« Le futur chancelier devrait favoriser les innovations technologiques au lieu de les étouffer par des réglementations »

par Alexander Fink

Dimanche 26 septembre, les Allemands ont élu leurs députés pour les quatre prochaines années. Cette élection leur permet également d’élire leur chancelier, en principe la tête de liste du parti vainqueur, même si ce choix doit ensuite être confirmé par les députés. Alexander Fink, économiste et membre de l’IREF, détaille les chantiers des nouveaux élus. Propos recueillis par Adélaïde Motte.

Quel est le bilan d’Angela Merkel ?

En seize ans de mandat, Angela Merkel a géré le pays avec succès, sans pour autant engager des réformes importantes. Sa chancellerie a été marquée par la crise financière de la fin des années 2000, la crise de l’euro à partir de 2010, la forte augmentation des flux de réfugiés vers l’Allemagne et l’Europe en 2015 et 2016 et la pandémie de Covid-19 que nous vivons depuis le printemps 2020. Une grande partie du mandat de Merkel a donc été marquée par des situations de crise. Au total, et par rapport à d’autres pays, son style de gouvernement attentiste et administratif a permis à l’Allemagne de traverser ces moments difficiles. Cependant, en dehors d’une gestion de crise largement réussie, l’ère Merkel n’a pas beaucoup aidé à relever les défis à venir.

Quels sont les trois chantiers auxquels devra s’atteler le prochain chancelier ?

D’abord les innovations technologiques. Le monde ne s’invente plus en Allemagne et en Europe et les États-Unis et l’Asie sont les principaux moteurs de l’évolution technologique. Les innovations converties en modèles commerciaux performants, capables de laisser une empreinte durable dans le monde, sont plutôt réalisées par d’autres. Les États-Unis et la Chine ont l’avantage d’avoir une économie importante, ce qui leur permet de mettre les modèles commerciaux à l’échelle mondiale. Cet atout manque à l’Europe, qui peut certes réduire cet inconvénient en renforçant le marché commun, mais ne peut l’éliminer complètement. Néanmoins, des mesures plus audacieuses pourraient contribuer à accroître et exploiter le potentiel d’innovation. D’une part, le futur chancelier devrait favoriser les innovations technologiques au lieu de les restreindre par des réglementations contre les risques, par exemple dans le domaine des énergies alternatives. D’autre part, le chancelier devrait balayer devant sa porte et conduire son gouvernement au cœur du XXIe siècle. Il est étonnant de constater que le gouvernement utilise très peu les solutions digitales dans les services publics. Les services de santé faxés pendant la pandémie n’en sont qu’un exemple parmi d’autres.

Ensuite les retraites. L’Allemagne vieillit et la pension de retraite en souffre. Lorsque la proportion de retraités par rapport à la population active augmente, soit les cotisations de retraite courantes augmentent, soit le niveau des pensions diminue. Les tentatives faites dans les années 2000 de remplacer la pension légale, qui s’ajoute à la pension professionnelle, par une pension privée subventionnée par l’État n’ont pas fonctionné. Les mesures financées se caractérisent par des coûts élevés et des rendements faibles. Cette fois-ci, la réforme des régimes de retraite privés ne devra pas donner l’impression que les lois ont été rédigées par le secteur des assurances. Les bénéficiaires de pensions de retraite devraient bénéficier d’avantages fiscaux et de subventions, indépendamment du type de pensions qu’ils choisissent, et leur épargne retraite devrait être garantie contre les pertes.

Enfin la géopolitique. La chancelière Merkel a acquis une réputation de pacificatrice qui, même dans les situations les plus difficiles, parvient habilement à trouver des compromis par le dialogue. Souhaitons que son successeur ait ce talent. Mais pour jouer sur la scène politique non seulement un rôle de médiateur, mais aussi d’acteur de premier plan, il faut une puissance économique, politique et militaire. Le nouveau chancelier devra moderniser la Bundeswehr (l’armée allemande, NDLR) pour montrer aux partenaires de l’Allemagne que nous serons également fiables en cas de crise militaire. Il devrait donc renforcer la coopération dans la politique de sécurité, la politique étrangère et la défense, notamment dans le cadre de l’UE et de l’OTAN.

Sur quels secteurs économiques et libéraux l’Allemagne doit-elle travailler ?

D’abord l’éducation. En Allemagne, la politique de l’éducation est du ressort des Länder. Ces derniers doivent moderniser les écoles actuellement mal équipées, rénover les bâtiments et procurer du matériel numérique moderne. La pandémie de Covid-19 a révélé combien les écoles misent sur des technologies du siècle dernier. Cela ne signifie pas nécessairement que l’État doit dépenser plus d’argent pour l’éducation, car certaines réformes possibles ne sont pas synonymes de dépenses supplémentaires. Ainsi, les Länder devraient assurer le financement des écoles privées en fonction du coût par élève dans les écoles publiques afin d’éliminer les désavantages financiers existants pour les établissements privés. La concurrence stimule le marché, y compris dans le domaine de l’éducation, qui sera déterminant pour que les générations futures en Allemagne puissent développer le capital humain qui leur permettra de relever les défis de l’avenir.

Ensuite le logement. Les loyers et les prix ont considérablement augmenté au cours des dix dernières années, en particulier dans les centres urbains très convoités. La hausse des prix est essentiellement due au faible niveau des taux d’intérêt et à la hausse des loyers. Contre ces derniers, et donc contre les prix élevés, seule la construction de logements supplémentaires peut aider. C’est là le rôle des collectivités locales et des Länder. Les municipalités devraient réduire les restrictions à la constructibilité des terrains et supprimer les réglementations qui entravent la construction d’immeuble urbains, notamment concernant le stationnement. La politique du logement, qui permet une adaptation rapide de l’offre à la demande, est une politique sociale du logement, car elle contribue à réduire les augmentations de loyer et donc les hausses des prix.

Que peut attendre l’Allemagne de son nouveau chancelier ?

Le SPD et la CDU/CSU ont tous deux obtenu environ 25 % des voix – le SPD 1,5 point de plus que la CDU/CSU – et il est très peu probable qu’ils recommencent une co-gouvernance. Heureusement, les résultats des marges extrêmes – AfD et die Linke (parti de gauche, NDLR) -ont été nettement plus faibles. Dans les semaines à venir, il faudra que les Verts et le FDP choisissent de former une coalition avec soit le SPD, soit la CDU/CSU, afin de se poser en partenaires du futur chancelier. Les Verts et le FDP sont tous deux libéraux sur le plan social et représentent des valeurs progressistes. Du point de vue de la politique économique, ils ont moins de points communs. Les Verts misent davantage sur des interventions dirigistes que sur la mise en place d’une réglementation favorable au marché au sein duquel les acteurs en compétition agissent et coopèrent. Dans le domaine de la politique de l’environnement et d’autres domaines tels que le travail, la fiscalité, l’économie et le logement, le FDP aurait le rôle de correcteur de marché. Ce rôle serait plus facile dans une coalition dirigée par la CDU de Laschet que dans une coalition dominée par le SPD de Scholz. Quoi qu’il en soit, on attend du prochain chancelier qu’il profite de cette situation de départ favorable pour relever les défis majeurs.

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