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Le Brexit party de Farage, un parti eurosceptique et libéral

Quoi que l’on puisse penser de la logique et des conséquences possibles du Brexit, les développements ayant suivi le referendum britannique du 23 juin 2016, et le « non » d’une majorité du peuple britannique à l’UE, ont de quoi faire réfléchir sur l’état de la démocratie. En effet, l’establishment politique digère souvent assez mal les résultats d’un referendum populaire. Parfois, on n’hésite pas à renvoyer le « peuple » à l’isoloir jusqu’à ce qu’il vote « comme il faut », comme en Irlande en 2009. Et c’est également ce qu’avait laissé entendre Theresa May le 21 mai – et qui a précipité sa chute. (Il y a bien sûr plus simple, comme en France où l’on fait revoter les parlementaires afin de contrer les résultats du referendum populaire, comme pour Maastricht et Lisbonne.)

Évidemment la campagne électorale britannique de l’époque, en 2016, a pu être mal menée, portant surtout sur des questions d’immigration. De nombreux Britanniques avouaient avoir voté « sans savoir ». Les hommes politiques « pro-Brexit » avaient peu, ou n’avaient pas, évalué les conséquences d’un Brexit. Tout cela est sans doute vrai, mais s’applique en réalité à toutes les élections... Trois années supplémentaires auraient-elles donc permis au peuple d’enfin s’informer ? Mais quelle est la durée optimale pour la constitution d’une décision informée ? Et si un nouveau référendum était organisé et que la majorité se décidait à nouveau pour Leave, ferait-on voter les Britanniques une troisième fois pour bien vérifier ? Où s’arrêter ?

Brexit party, un jeune parti qui remporte les élections haut la main

Parallèlement, le contexte peut sembler donner en partie raison aux partisans du Brexit : faut-il en effet s’agenouiller, s’agacent de nombreux Britanniques, devant les pressions de responsables européens qui ne sont même pas élus ? D’autant que ces mêmes responsables européens s’offusquent en revanche de la décision du gouvernement turc de faire revoter les élections pour la mairie d’Istanbul, perdue à l’opposition – y voyant, à juste titre, une démarche dictatoriale. Au-delà de la simple négociation de « fin du contrat » (légitimité des sommes à rembourser, etc.), on comprend que la partie de bras de fer comporte une dimension à la fois politique (du côté de Bruxelles, poser des incitations fortes pour des candidats potentiels au départ de l’UE) et géopolitique.

Contre ce qu’il perçoit être un déni de démocratie, celui qui avait été un des fers de lance du Brexit, Nigel Farage, émerge à nouveau de façon assez spectaculaire outre-Manche. Son nouveau parti, The Brexit Party, a été créé il y a peine deux mois. Reproduisant les recettes digitales du Mouvement Cinq Étoiles en Italie, il se définit comme une start-up politique. Et les résultats des ultimes élections européennes du 23 mai au Royaume-Uni semblent montrer que la recette fonctionne. Les chiffres sont clairs : en faisant campagne sur un Brexit avec « no deal », le Brexit Party a remporté une belle victoire avec 31,7 % des votes, devant les Lib Dems à 18,1 %, reléguant le Labour à 14,1 % et balayant les Conservateurs, qui n’ont récolté que 8,7% des suffrages. Dès les premiers sondages de sortie des urnes, l’establishment britannique tremblait et celui de l’Union sonnait l’alarme de la vague populiste.

Bristish Le Pen ?

Farage serait-il la Marine Le Pen d’Albion ? Il est permis d’en douter. Bien sûr il y a une forme de nationalisme dans le refus de se voir dicter quoi que ce soit par Bruxelles. Mais en dépit des avantages incontestables de l’ouverture des frontières et de la libre circulation, l’UE n’est un modèle fonctionnel ni de confédération ni de fédération : dans ce système hybride, les contrepouvoirs à la centralisation progressive d’une technocratie non élue sont faibles, le parlement lui même ne peut légiférer, le principe de subsidiarité (essentiel à un réel fédéralisme) est complètement inversé, et la « sécession », on le voit, devient très compliquée. Dans ce contexte, la volonté de récupérer la souveraineté politique au niveau de la nation britannique serait moins le signe d’un repli identitaire que d’une crainte légitime de la perte de cette souveraineté dans un système finalement assez peu démocratique et éloigné, dans lequel les avantages politiques attendus du fédéralisme ne jouent pas.

Le passé de Farage au UKIP, le parti de l’indépendance du Royaume-Uni, qu’il a co-fondé et dirigé à deux reprises, peut certainement faire sourciller un libéral. Mais Farage a justement quitté le parti en décembre dernier, précisément du fait de l’obsession identitaire, et notamment anti-Islam, du nouveau dirigeant du UKIP Gerard Batten. Le parti libertarien britannique se félicitait d’ailleurs de cette décision, considérant effectivement le UKIP comme ayant dérivé trop à droite vers un nationalisme populiste. Le UKIP n’a d’ailleurs rassemblé que 3,6 % des suffrages exprimés.

« Libéral classique »

On peut arguer que le site du nouveau parti de Farage n’a pas de manifeste et qu’il est difficile de situer ses positions. Dans la courte vidéo de promotion du Brexit Party, une dame exprime son regret que l’économie se dépolitise, ce qui pourrait être interprété comme une volonté de revenir à une gestion politique – et donc politisée – de l’économie : pas vraiment libéral. Pour autant, Farage s’est souvent prononcé en faveur d’un « Small government » et la « constitution » du parti, notamment dans ses sections 2.4 et 2.5, est assez explicite :

« Le Parti adhérera à tout moment au principe de pleine égalité devant la loi. Le Parti doit se conduire et gérer ses affaires sans discrimination aucune qui serait basée sur la race, la religion, le genre, l’origine ethnique, l’éducation, les croyances, l’orientation sexuelle, la classe sociale, le statut social, l’affiliation ou tout autre élément prévu par la loi. En outre, le Parti doit à tout moment adhérer aux principes de l’état de droit, de la liberté, de la démocratie et du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales du peuple du Royaume-Uni et de ceux qui sont sous la protection du Royaume-Uni.

2.5 Le Parti est un parti libéral classique et démocratique qui adoptera des politiques qui :
• promeuvent et encouragent ceux et celles qui aspirent à améliorer leur situation personnelle et à devenir autonomes, tout en assurant la protection de ceux qui sont réellement dans le besoin
• favorisent la capacité des individus à prendre des décisions les concernant
• visent à diminuer le rôle de l’État
• allègent le fardeau fiscal des particuliers et des entreprises
• assurent un contrôle adéquat des frontières du Royaume-Uni
• promeuvent et renforcent l’état de droit
• renforcent et garantissent les libertés fondamentales traditionnelles de tous les citoyens du Royaume-Uni. »

Le « contrôle adéquat des frontières » est prôné par à peu près tous les partis de droite et du centre dans la situation actuelle. État de droit, réduction de la sphère de l’État, baisse de la dépense publique, baisse des impôts, voilà qui devrait rassurer beaucoup de gens dans le camp libéral. Évidemment, on pourra rétorquer que certaines de ces idées étaient également intégrées à l’origine au programme du UKIP, qui les a par la suite abandonnées. Souhaitons qu’il n’en soit pas de même pour le Brexit Party. Quoi qu’il en soit, il est difficile de voir ici un Rassemblement national à la britannique, mais plutôt un parti réformateur qui est d’ailleurs désireux de continuer à commercer librement avec le reste de l’Europe (dont Farage a par le passé critiqué le protectionnisme).

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