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Faut-il craindre le yuan numérique ?

mardi 25 mai 2021, par Jules Devie

Au début de l’année, l’IREF alertait ses lecteurs sur l’émergence des monnaies digitales de banques centrales (MDBC), un phénomène d’ordre technique à l’origine mais qui peut avoir un impact économique, politique et géopolitique important. Une telle monnaie est directement émise par la banque centrale du pays concerné, sans passer par l’intermédiaire des banques privées comme c’est normalement le cas. Par conséquent cela peut conférer des leviers de pouvoir bien plus importants à l’État aux dépens des acteurs privés. Pour l’instant, si la plupart des banques centrales dans le monde travaillent à la mise en place d’une MDBC, elles en sont encore au stade de la réflexion ou de l’expérimentation.

Cependant, la Chine est récemment devenue le deuxième pays (après les Bahamas) à officiellement instituer ce type de monnaie. Ce qui soulève ici et là des inquiétudes sur un éventuel renversement du système monétaire international et l’avènement d’une certaine hégémonie chinoise. Ces craintes sont-elles justifiées ?

Renforcement du pouvoir des banques centrales

Une MDBC peut prendre différentes formes technologiques. Mais cela va sans doute donner bien plus de pouvoir aux banques centrales qui les mettent en place car elles auront un contrôle direct sur la création monétaire. D’autres dispositions, encore hypothétiques aujourd’hui (comme de décréter un taux d’intérêt propre à cet argent ou une limite dans le temps pour le dépenser) pourraient se révéler des outils très puissants pour elles. Mais avant d’envisager de s’en servir dans les politiques monétaires, l’objectif est d’abord de contrer les crypto-monnaies et les plateformes de paiement en ligne qui se substituent aux monnaies étatiques et aux banques sous le contrôle des institutions financières étatiques.

Il faut donc distinguer les différents types de levier que les MDBC peuvent fournir aux banques centrales.

D’une part, il y a le contrôle d’informations très précieuses concernant les individus (comportements, historique des dépenses, soldes…). L’accès à de multiples données normalement réservées aux acteurs privés va permettre aux banques centrales d’en savoir bien plus sur les agents économiques.

L’un des objectifs principaux, si ce n’est le principal, pour la banque centrale chinoise (BPC), est donc de s’emparer de cette mine d’or d’informations aujourd’hui dans les mains des BATX, les géants du numérique chinois. La majorité des Chinois utilisent des plateformes de paiement en ligne, principalement Alipay et WeChat, pour effectuer leurs achats. Il s’agit de sommes énormes : plus de 60 000 milliards de dollars en 2020 contre… 150 milliards de dollars aux États-Unis, à titre de comparaison. Alipay totalise près de 900 millions d’utilisateurs basés en Chine, ce qui représente la quasi-totalité de la population active du pays. Si le gouvernement a déjà accès à certaines informations, les transactions effectuées sur les plateformes de paiement étant accessible au régulateur chinois, les dirigeants du PCC sont tout de même inquiets de la montée en puissance des géants technologiques. L’avènement du yuan numérique est donc un moyen de les court-circuiter.
Le pouvoir du PCC va sans doute être renforcé sur le plan intérieur avec le yuan numérique, mais est-il pour autant une menace sur le plan international ?

Bouleversement de l’ordre mondial ?

L’autre objectif de la BPC est de renverser l’hégémonie du dollar dans le système économique international. Aucune monnaie, le yuan encore moins que d’autres, ne peut rivaliser avec lui actuellement. Le dollar est notamment la monnaie de choix dans les réserves mondiales : 62% de la totalité contre 20% pour l’euro et… seulement 2% pour le yuan. De même les transactions dans le monde sont majoritairement libellées en dollars (40%), le yuan étant insignifiant (1,9%).

La numérisation du yuan veut donc contrer cette hégémonie, ce que le gouvernement chinois tente de faire depuis une dizaine d’années sans succès. Plus facile d’accès, possiblement moins coûteux que les comptes des banques privés et pouvant servir de système uniforme de paiement, le yuan numérique peut en effet s’avérer plus pratique pour les échanges internationaux. Mais il n’est pas plus avantageux qu’un potentiel euro ou dollar numérique, par exemple. Cela peut donc expliquer l’empressement des dirigeants chinois à développer une monnaie digitale.

Toutefois, les problèmes fondamentaux qui se posent pour faire du yuan une monnaie internationale ne seront pas tous résolus avec la création du yuan numérique. Pour qu’une monnaie s’impose sur le plan international, elle doit répondre à certains critères indispensables pour les investisseurs, commerçants et particuliers. La confiance dans les institutions en charge de la monnaie est primordiale. Or, le système financier chinois est très opaque, ce qui plombe la confiance des agents économiques étrangers. De plus, la Chine impose un contrôle strict sur le mouvement des capitaux, ce qui empêche un potentiel détenteur de yuan de déplacer son argent à sa guise, une condition sine qua non pour les investisseurs. Un yuan numérique ne changera rien à ces particularités chinoises qui sont à la base du système communiste. Le dollar a encore de beaux jours devant lui.

Sources :
https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/dollar_contre_renminbi_chronique_prematuree_dun_declin_annonce.pdf
https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/277053-le-regne-inconteste-du-dollar#:~:text=Pour%20le%20moment%2C%20la%20place,’euro%20plafonne%20%C3%A0%2021%20%25.
https://www.economist.com/finance-and-economics/2021/05/06/will-going-digital-transform-the-yuans-status-at-home-and-abroad
https://www.economist.com/special-report/2021/05/06/when-central-banks-issue-digital-money

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Faut-il-craindre-le-yuan-numerique

Vos commentaires

  • Le 26 mai à 08:21, par ange et démon En réponse à : Faut-il craindre la "monnaie" numérique ?

    craindre le Yuan, je ne sais pas, mais une monnaie numérique de la BCE et de la FED certainement ;
    "le contrôle d’informations très précieuses concernant les individus (comportements, historique des dépenses, soldes)... L’accès à de multiples données normalement réservées aux acteurs privés va permettre aux banques centrales d’en savoir bien plus sur les agents économiques....L’un des objectifs principaux, si ce n’est le principal, pour la banque centrale chinoise (BPC), est donc de s’emparer de cette mine d’or d’informations"
    bien trop tentant pour les Hommes de Davos & Co ! FED et BCE sont déjà des les starting block !
    comme en plus les banques privées sont toutes sévèrement en faillite, la MDBC leur permet la grande remise à zéro = Great Reset et 4° révolution, numérique, voulu par K Schwab

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