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Le CAC 40, symbole du vieillissement des entreprises françaises

Le 31 décembre 1987 était officiellement créé l’indice CAC 40 (cotation assistée en continu). Cet indice regroupe quarante entreprises des plus importantes d’Euronext Paris. Valant initialement 1000 points, il côte aujourd’hui 5 300 points. Cependant, c’est un indice qui ne prend pas en compte les dividendes ; si tel était le cas, il coterait alors 10 800 points (Net Total Return).

Ces sociétés sélectionnées sont censées représenter les différentes branches de l’économie française. Pourtant, nous verrons que tel n’est pas exactement le cas. L’indice est aussi le reflet de l’interventionnisme politique. Les politiques aiment l’industrie, aiment les grands groupes et, en France, ont le pouvoir de modifier le destin des entreprises, qu’elles soient publiques ou privées. Ils ne s’en sont pas privés.

La plus jeune société du CAC 40 est née en…1973 !

Plusieurs grandes sociétés françaises commencent leur histoire il y a plusieurs siècles déjà. La plus vieille, Saint Gobain, est même apparue sous Louis XIV, en 1665. De ce fait, le CAC 40 regroupe de « vieilles entreprises ». Mais il est frappant de voir qu’il n’en héberge aucune de vraiment jeune, comme si la création entrepreneuriale avait cessé depuis des dizaines et des dizaines d’années. Car s’il n’est pas le plus « vieil » indice (il s’agit du Footsie[1], de la bourse londonienne), il est celui dont la plus jeune société a déjà 44 ans, contre moins de 33 ans, au pire, dans les autres indices comparés. Encore s’agit-il de Sanofi, qui provient du détachement d’activités d’Elf en 1973. Il faut remonter à 1967 pour voir une vraie création, celle de Cap Gemini.

Date de création des sociétés composant les indices phares de 5 grandes bourses

Date de création des sociétés composant les indices phares de 5 grandes bourses

Les quatre autres indices de notre étude ont vu des sociétés plus récentes intégrer leur rang. En fait, le CAC 40 ne compte aucune société qui serait né après lui. Cette situation témoigne de la difficulté des entreprises françaises à atteindre une taille majeure.

Un indice paradoxalement très industriel

L’Etat a considérablement et largement pesé sur les choix des entreprises françaises, industrielles particulièrement. Le résultat en est visible dans la composition du CAC 40. En effet, si on la compare avec celle des autres indices phares des bourses mondiales, on remarque que c’est en France que la part d’entreprises industrielles est la plus forte, devant même l’Allemagne. On compte une moitié d’entreprises industrielles sur les 40. C’est trompeur puisque cela ne reflète pas la part réelle de l’industrie dans la production nationale (12,41% en 2016). Le goût des politiques de cartellisation a incité à des regroupements toujours plus importants des entreprises du secteur, souvent piloté par les services de l’Etat. Résultat, la France est réputée pour avoir un réseau de moyennes entreprises assez peu étoffé à l’inverse de l’Allemagne. Cette attention particulière de l’Etat n’a cependant pas empêché de précipiter nombre de « fleurons » publics loin des sommets du CAC, tels Thomson, Alstom ou EDF.

Composition des indices majeures des bourses mondiales par secteurs industriel, informatique et des TIC*

Composition des indices majeures des bourses mondiales par secteurs industriel, informatique et des TIC*

*Selon une convention internationale fixée par l’OCDE, on qualifie de secteurs des technologies de l’information et de la communication (TIC) les secteurs suivants : > secteurs producteurs de TIC (fabrication d’ordinateurs et de matériel informatique, de TV, radios, téléphone, etc.) ; > secteurs distributeurs de TIC (commerce de gros de matériel informatique, etc.) ; > secteurs des services de TIC (télécommunications, services informatiques, services audiovisuels, etc.).

Source : Zone bourse, site des entreprises, Wikipédia, INSEE

A l’inverse, l’interventionnisme n’a pas favorisé l’émergence de nouvelle entreprise dans le paysage français. Le secteur des technologies de l’information et de la communication est faiblement représenté avec seulement cinq entreprises tandis qu’on ne trouve qu’une seule entreprise du secteur informatique, à savoir ATOS.

Libérer l’entreprise pour prospérer

De par sa longue histoire, la France est partie avec de l’avance dans la compétition économique mondiale. Elle a toujours été au-dessus de la moyenne du PIB par tête des pays de l’OCDE mais ce n’est plus le cas depuis 2015. Nous vivons de nos constructions passées mais sommes incapables d’en créer de nouvelles. En ce sens, nous courrons un péril économique important.
Les plans étatiques successifs et nombreux prétendants anticiper les vagues d’économie nouvelles (dont le plus fameux, le plan calcul) ont été des échecs et il ne pouvait en être autrement. Il n’y a que des essais multiples et d’origines diverses qui peuvent porter des fruits. Aux Etats-Unis, où est née et a prospérée la révolution internet, AOL ou Myspace sont mortes devant Google et Facebook. Apple a survécu et Microsoft aussi mais jamais l’Etat n’a prétendu les guider ou les restructurer. Il est probable que son aide auprès des premières entreprises du secteur aurait empêché la création des nouvelles. C’est ce phénomène de renouvellement naturel que nous refusons d’admettre en France. Il ne s’agit pas tant d’aider des entreprises déclinantes que de favoriser la création de nouvelles d’entreprises. Il s’agit moins de préserver que d’entreprendre.
L’économie française a besoin de créativité et de liberté plutôt que de soutien étatique. A cet égard, la réponse américaine reste un modèle au travers des réformes fiscales et des mesures de dérèglementation votées ces dernières semaines.

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