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Salaire minimum : effets pervers, solutions courageuses

Le groupe d’experts sur le Smic vient de publier son rapport annuel 2015 le 30 novembre. Le Gouvernement a décidé de suivre les recommandations du rapport, qui préconisait, selon une formule de calcul, de limiter le salaire minimum à une augmentation réglementaire de 0,6 % du salaire horaire, le portant à 9,67 € contre 9,61 € en 2015. Sur une base 35 heures, le Smic passe donc de 1457,52 € bruts en 2015 à 1466,62 € bruts en 2016. La décision de ne pas donner de « coup de pouce » aux bénéficiaires du salaire minimum est bien évidemment appréciée des entreprises, qui subissent des coûts salariaux importants dans le contexte d’une activité réduite. Mais les vraies interrogations quant à l’utilité du dispositif sont ailleurs.

L’état de la science économique

En effet, comme Florin Aftalion le précise dans son ouvrage Le salaire minimum, la majorité des études économétriques concluent que le salaire minimum entraîne une série d’effets indésirables, notamment en réduisant l’emploi, et plus particulièrement l’emploi des plus jeunes. Quelques travaux arrivent à une conclusion inverse, mais comme le montrent Neumark et Wascher[1], ces études reposent sur des « expériences naturelles », avec des erreurs méthodologiques comme des mauvais choix de variables de contrôle ou l’absence de prise en compte de données essentielles. Par ailleurs, de nombreux travaux montrent que les effets négatifs d’une hausse du salaire minimum se produisent de manière retardée : les entreprises commencent par embaucher moins et se mettent à licencier plus tard.

Enfin, d’autres variables déterminantes sont le nombre de bénéficiaires d’un salaire minimum, et le niveau du salaire minimum par rapport au salaire mensuel moyen ou médian. Plus le salaire minimum est élevé par rapport au salaire moyen, plus de personnes se retrouveront prisonnières de cette rémunération minimale légale, et plus le taux de chômage risque d’être important. En France, le salaire minimum représente environ 60 % du salaire moyen, tandis que le salaire minimum moyen en Allemagne est égal à environ 50 % du salaire moyen. Cette plus faible proportion limite donc le chômage en Allemagne, qui est proche du plein-emploi tandis que la France a un taux de chômage de plus de 10 %.

Les effets négatifs du Smic

Comme on peut l’observer sur le graphique ci-après, le Smic horaire brut est passé de 6,67 € / heure en 2001 à 9,67 € / heure en 2016, ce qui représente une augmentation de 3 € / h, soit une augmentation de 45 %, tandis que sur la même période, l’inflation a été d’environ 23 %. L’augmentation horaire du salaire minimum a donc été pratiquement deux fois plus importante que la hausse de l’indice des prix à la consommation. Le salaire minimum a donc certainement eu un effet sur la compétitivité des entreprises, qui subissent un coût du travail d’autant plus élevé que le taux des cotisations sociales est en France parmi les plus élevés du monde et d’un niveau trop élevé des salaires nominaux.

Smic horaire brut (euros)

Smic horaire brut (euros)

De plus, le Smic entraîne une baisse du taux d’emploi des jeunes et marginalise une partie de la population qui abonde un chômage de masse. Les catégories sociales les plus défavorisées sont celles qu sont affectées par ce chômage chronique et en son réduites à recourir à l’assistance publique– environ 8 millions de personnes sont sous le seuil de pauvreté en France.

Les deux solutions au problème du salaire minimum

Pour pallier les rigidités qu’entraînent le niveau élevé d’un Smic identique pour l’ensemble des salariés sans considérations géographiques, socio-économiques et professionnelles, le MEDEF propose depuis longtemps la création d’un « Smic jeunes ». Il s’agirait d’instaurer un salaire minimum moins rémunérateur afin d’encourager la création d’emplois pour les moins de 24-25 ans. Le chômage des jeunes atteint en effet environ 25 % en France, tandis qu’il est d’environ 7 % en Allemagne, où la création d’un salaire minimum fédéral ne sera effective qu’à partir de 2017. Ce système de « salaire minimum jeune » existe par exemple aux Pays-Bas, où il rencontre un certain succès. En-dessous de 23 ans, les jeunes peuvent être rémunérés à 85 % du salaire minimum ; le salaire minimumest même inférieur de 28 % en-dessous de 22 ans. Le résultat, c’est que les Pays-Bas dispose d’un taux de chômage des jeunes de 11,5 %, l’un des plus faibles d’Europe. Il serait nécessaire toutefois de coupler cette mesure avec le développement de l’apprentissage, qui est un véritable atout en Allemagne et en Suisse.

Une autre proposition pourrait être de supprimer le salaire minimum au niveau national et de laisser le soin de définir le niveau du salaire minimum à la négociation entre les partenaires sociaux. Ainsi, les syndicats de salariés et de patrons pourraient négocier librement le niveau du salaire minimum sans intervention du législateur. Cette réforme présenterait l’avantage majeur d’adapter le niveau horaire du salaire minimum aux branches professionnelles, à la situation géographique, au coût de la vie et aux niveaux de qualification exigés en fonction des emplois. Ainsi, le salaire minimum gagnerait en souplesse et en flexibilité, ce dont le marché du travail a besoin pour créer de l’emploi.

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Messages (2)

Du neuf avec du vieux !

le 22 décembre 2015, 18:15 par theano

Mais j'ai connu ça au tout début de ma carrière professionnelle ! Il y avait deux abattements au salaire, l'abattement d'âge et l'abattement de zone. En somme, avec le SMIC jeunes, on reviendrait une petite cinquantaine d'années en arrière.

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Quelques sujets de réflexion additionnels

le 7 janvier, 11:41 par Theo

Hausse du taux d'inflation de 23 % ? Vous avez hérité de votre toit ou êtes grassement rémunéré et avez pu acheter votre appartement avant la hausse de 160 % en 10 ans à Paris bassin d'emploi de 18 % de la population, 140 % sur toute la france à partir de la date d'entrée dans la zone euro debridant SURTOUT L'INVESTISSEMENT CONSIDERE COMME LE PLUS SUR (et oui, même les gros revenus bien que disposant de marge de manoeuvre recherchent SURTOUT la sécurité que vous rêvez d'enlever totalement à ceux qui ne disposent ni d'héritage ni d'autre sécurité acquis de naissance - 60 % du me définis à le mérite d'avoir reçu l'esprit du risque avec un filet tissé en réseau de grosses ficelles, pour ne mentionner qu'un héritage. Puisque selon l'adage de sécurité financière : on ne prête qu'aux riches, le reste suit donc sans effort ). Ce VRAI taux d'inflation qui est celui de la Rente servi précisément à ces gros revenus férus de sécurité fixe une location à minima à 700 EUROS ET puisque vous le rappelez également par ailleurs OBLIGÉ LE BUDGET et donc les prélèvements à SE CREUSER DE LA MODIQUE SOMME DE 18 MILLIARDS ANNUELS DE TAXE ET IMPÔTS SERVANT LA RENTE IMMOBILIÈRE, transfert de 90 % de la population vers les 10 % des revenus les plus élevés. Autrement dit je vous laisse approfondir un raisonnement amputé de 40 % des données (part du coût de logement dans le revenu). Aussi, vous inviterai-je à expérimenter votre revendication sur vous même afin en bon think tanker de haut vol d'en tester le bon sens. A savoir si elle va rester ainsi qu'en imaginaire en vol à longue portée, ou s'écraser au sol comme toute machinerie dépourvu des sens du monde physique et qu'on le veuille ou non pourvu d'une attraction toute terrestre. ? A vos tablettes après un changement de lentilles de contacts vous autorisant une vision transposable au réel testé par vous. Choisissez de faire comme l'establishment de Chicago : passer une nuit de SDF dans un contener à même le sol en métal avec un sac de couchage de fortune pour tout chauffage et revenez les idées fraîches.

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