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La transition énergétique ruine définitivement la fable du couple franco-allemand

par Thierry Benne
Dans le cadre de la transition énergétique que l’Europe met en place, l’Allemagne ne cesse de pousser les feux pour que le nucléaire, qui associe « pilotabilité » et défaut de pollution, ne soit pas reconnu comme une énergie de transition. Cette attitude est d’autant plus critiquable que, après le tsunami de Fukushima, Berlin, sans consulter le moins du monde ses partenaires, avait décidé de fermer brusquement ses propres centrales nucléaires pour privilégier le gaz naturel.

Le génie, pourtant universellement admiré, de Mme Merkel, n’avait pas perçu qu’elle scellait ainsi la dépendance germanique aux ukases de Moscou, ainsi que le démontre quotidiennement le conflit russo-ukrainien. En effet, la présente maîtrise du Kremlin sur les vannes d’approvisionnement des gazoducs qui alimentent principalement l’Allemagne inquiète vivement un certain nombre de dirigeants industriels d’outre-Rhin, notamment quant à la résilience des puissants secteurs de la métallurgie et de l’automobile. Ces deux secteurs dépendent aujourd’hui de la promptitude du Gouvernement fédéral à mobiliser rapidement d’autres sources d’approvisionnement immédiatement opérationnelles. En conséquence du choix désastreux qui a été le sien, l’Allemagne se trouve donc désormais et de son seul fait confronté à une situation incertaine, puisqu’à l’instar du nucléaire le gaz vient de se trouver chassé des énergies de transition, ce qui compromet sa croissance et peut-être même un peu plus que sa croissance.

L’Allemagne en veut à la France de n’avoir pas commis la même erreur qu’elle

En attendant, sans la moindre attention à la pollution qu’elle génère et que les vents dispersent librement dans toute l’Europe avoisinante, dont évidemment la France, l’Allemagne a décidé non seulement de maintenir, mais de relancer nombre de ses centrales à charbon et mieux encore au lignite (la Rolls des polluants!), dont on sait qu’elles font du pays de Goethe, le premier émetteur ouest-européen de pollutions fossiles.  Ce qui est un comble quand on sait le poids des Verts allemands, jamais en panne de bonnes idées pour réduire la pollution … chez les autres (cf. le démantèlement de la centrale de Fessenheim tout fraîchement rénovée!)). Il n’aurait pas été illogique que, dans ces conditions, nos voisins fassent leur priorité de rechercher la manière de redevenir le plus rapidement vertueux, en sachant que l’intermittence des énergies éoliennes et solaires qu’ils ont cru pouvoir privilégier ajoutent au problème, plus qu’elles ne le résolvent. Et effectivement en dépit des Verts, plusieurs dirigeants importants de grands groupes industriels allemands, ainsi que la CDU, viennent d’appeler à une réactivation du nucléaire, ou au moins au maintien en l’état du parc résiduel existant. Ils font valoir le défaut d’alternative pour rendre au pays son indépendance énergétique, en même temps que la nécessité d’une conduite plus respectueuse vis-à-vis des enjeux environnementaux, qu’on ne saurait limiter à l’interdiction de fabrication à l’horizon 2035 de véhicules recourant aux énergies fossiles. En outre, on ne peut exclure, alors que l’Allemagne ne cesse de développer partout son emprise sur les instances européennes, que quelques États dissidents qui supportent de plus en plus mal cette mainmise hégémonique ne rappellent à la Commission qu’ils ne peuvent plus tolérer que tous les efforts qu’on exige d’eux continuent à être neutralisés par le comportement irresponsable d’un seul. Pourquoi donc et sur des décennies, l’Allemagne pourrait-elle ainsi développer imperturbablement et impunément son droit à polluer méchamment l’Europe entière, en faisant fi de tous les objectifs assignés par les conférences mondiales pour l’environnement?

On voit donc que l’Allemagne enclenche la plus petite vitesse pour recoller au plus vite au peloton des États vertueux. En réalité et sans vouloir l’avouer, l’Allemagne en veut à la France de n’avoir pas commis la même erreur qu’elle lors du tsunami de Fukushima et de disposer aujourd’hui d’un outil nucléaire qui garantit à Paris une indépendance énergétique qu’elle-même n’a plus. D’où tous ses efforts pour ruiner une grande partie de ces avantages français avec la mise en place d’un tarif européen de l’électricité, pure invention kafkaïenne destinée à fragiliser EDF. Cela constitue la première des couleuvres que Berlin a réussi à faire avaler à Paris, dont le déficit et l’inertie diplomatiques sont proprement sidérants sous la conduite d’un Président peu combatif.  Mais maintenant, fière de son succès avec les derniers votes de deux commissions (Environnement et Économie) du Parlement européen acquis contre l’avis de la Commission, l’Allemagne veut encore pousser son avantage en faisant exclure le nucléaire des énergies reconnues nécessaires à la transition énergétique, ce qui ouvre droit à des financements européens adaptés. Il est clair qu’avant d’entreprendre de se réformer, l’Allemagne cherche prioritairement à anéantir l’avantage concurrentiel français du nucléaire, alors qu’il n’aurait tenu qu’à elle de conserver le même avantage, si elle n’avait préféré céder aux vociférations des Verts, dont on sait bien que les rapports qu’ils entretiennent avec les contraintes économiques sont plus que relâchés. Berlin cherche donc sans le dire à tordre le bras de la France, tout en maintenant abusivement le recours prolongé à ses énergies les plus polluantes. Et le problème est depuis des décennies qu’en brodant naïvement sur l’illusion d’un couple franco-allemand qui n’existe pas outre-Rhin, la France risque bien une fois de plus et pour ne pas faire de peine à Berlin d’être le dindon de la farce.

Chaque fois que le choix leur a été offert, les Allemands ont préféré s’équiper ailleurs qu’en France

Il serait grand temps en effet qu’en haut lieu, on regarde la réalité en face: l’Allemagne lance contre la France une offensive stratégique de grande ampleur, dont les conséquences durables en cas de succès pourraient se comparer à celles des plus funestes événements qui ont frappé notre pays (révocation de l’Édit de Nantes notamment). En effet notre déclassement industriel et économique suivrait inévitablement et viendrait accentuer encore le démembrement en cours de notre activité agricole. Certes, bien que mal engagée, la partie n’est pas encore totalement perdue, puisque c’est début juillet que doivent intervenir les votes définitifs. Mais qu’on cesse de berner le peuple avec des fadaises: cela fait déjà un certain temps que le couple franco-allemand,  qui était devenu un couple à la Dubout, a cessé d’exister. En effet,  chaque fois que le choix leur a été offert, les Allemands ont préféré s’équiper ailleurs, quand ils n’ont pas réussi à s’entremettre pour ralentir ou fragiliser les projets français les plus innovants (aveu tardif par Hambourg d’un retard industriel de deux ans dans les câblages de l’A 380 / tergiversations infinies et contestation du leadership de Dassault dans le projet d’avion de chasse du futur). Au président Macron, à sa nouvelle ministre des Affaires étrangères de se réveiller enfin, de sortir de leurs bulles et de leurs chimères, de voir la situation en face,  d’en tirer les conclusions et de réajuster promptement et efficacement le tir.  Il faut absolument cesser ces accolades et ces embrassades ridicules avec des gens qui, uniquement soucieux de leurs intérêts, ne cherchent présentement qu’à nous nuire, en nous faisant endosser les conséquences de leurs propres erreurs stratégiques. À nos dirigeants de faire valoir énergiquement – et rugueusement s’il le faut, car la France conserve assez de poids pour bloquer la machine européenne – les droits fondamentaux d’un pays que, depuis quelques lustres, sa diplomatie servile, suiveuse et amorphe a honteusement laissé dépérir sans défense, sans ressort. Car si, par malheur, l’Allemagne parvient à ses fins en obtenant le déclassement du nucléaire français, la partie sera définitivement perdue et il n’y aura pas de match retour. Et si elle n’y parvient pas, il faudra se souvenir longtemps que son bras s’était levé… Quant aux efforts que le traité d’Aix-la-Chapelle incite la France à déployer pour favoriser l’accès de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU, il serait bon de réfléchir à deux fois sur la nature exacte des sentiments qui animent l’autre partie et sur ce qu’elle entend faire de cette promotion! Manifestement, il n’est plus temps de se payer de mots: toutes ces questions méritent d’urgence une révision de fond en comble de nos relations avec nos voisins, qui, avec l’attitude obséquieuse de nos derniers présidents,  ont tout à fait perdu l’habitude que la France leur résiste.

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