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L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses

par Nicolas Lecaussin

La technologie de l’ARNm a montré un énorme potentiel d’applications au-delà du Covid, pour bien d’autres maladies infectieuses. Il s’agit de vaccins et de traitements pour des affections allant du cancer à la sclérose en plaques. Retour rapide sur son histoire et ses succès.

Katalin Kariko a fui la Hongrie communiste en cachant les notes qu’elle avait prises dans l’ours en peluche de leur fille de 2 ans.

Le développement de l’ARNm est une histoire de persévérance scientifique et d’entrepreneuriat avec un rôle de premier plan joué par une Américaine d’origine hongroise. Les vaccins Moderna et Pfizer/BioNTech Covid sont les premiers produits d’ARNm commercialement approuvés, mais ils ont été rendus possibles par des décennies d’expérimentation, d’innovation et de détermination. Les généticiens ont établi l’existence de l’ARNm au début des années 1960. C’est Katalin Kariko, une biochimiste hongroise de 66 ans, maintenant scientifique à BioNTech, qui a commencé à travailler avec l’ARN en tant qu’étudiante à la fin des années 1970 à l’Université de Szeged (Hongrie). En 1985, l’Etat a coupé les vivres du centre de biologie où elle était chercheuse et son poste postdoctoral a été supprimé.
Elle a posé sa candidature pour trois postes de recherche en Europe mais n’a rien obtenu. Elle a ensuite décroché une proposition de recherche postdoctorale à l’Université Temple (Pensylvanie). Elle et son mari ont réussi à quitter la Hongrie communiste et sauver ses recherches en cachant les notes qu’elle avait prises dans l’ours en peluche de leur fille de 2 ans.

L’Université de Pennsylvanie l’a finalement embauchée comme professeur adjoint. À l’époque, elle envisageait d’utiliser l’ARNm pour créer des protéines thérapeutiques qui pourraient remplacer les médicaments. Soutenue par des professeurs chevronnés, elle était déterminée à montrer que l’ARNm pouvait être utilisé pour des traitements médicaux.

Avec L’ARNm, tout va beaucoup plus vite, il ne faut que six semaines environ pour faire passer un vaccin du laboratoire à la production

Que serait-il arrivé s’il n’y avait pas eu un vaccin anti-Covid ? Voilà une question qu’on devrait poser plus souvent même s’il est difficile de donner une réponse. Pas facile de calculer le nombre de décès et d’hospitalisations en réanimation évités grâce aux vaccins. Même si leur efficacité baisse après six mois environ, ils protègent. La FDA américaine ou la UK Health Security Agency estiment entre 200 et 300 000 le nombre de vies sauvées dans leurs pays. Avec le temps, les données s’affineront. Ce qui faut souligner aussi, ce sont les promesses de la technologie de l’ARNm qui a montré un énorme potentiel d’applications au-delà du Covid, pour d’autres maladies infectieuses. Il s’agit de vaccins et de traitements pour des affections allant du cancer à la sclérose en plaques.

Pour –beaucoup – résumer, l’ARNm est une sorte de « copie » d’un plan original de fabrication des protéines dont la cellule a besoin pour fonctionner. La copie, fragile et vite détruite, est envoyée à l’extérieur du noyau, dans l’usine de fabrication des protéines (le plan original ne sortant pas du noyau de la cellule). Et si elle est conditionnée pour correspondre au plan de fabrication d’une protéine du virus, elle va provoquer une rencontre et une vigoureuse réaction de nos cellules immunitaires, permettant à l’organisme de fabriquer lui-même sa propre défense – contrairement aux vaccins classiques où l’organisme lutte contre des particules virales (atténuées ou inactivées) injectées. Avec L’ARNm, tout va beaucoup plus vite, il ne faut que six semaines environ pour faire passer un vaccin du laboratoire à la production. Et si un virus mute, il est facile d’introduire un nouveau code génétique dans l’ARNm.
D’ailleurs, la variante Omicron est un exemple de la promesse et de l’adaptabilité de l’ARNm. Omicron a une trentaine de mutations sur sa protéine de pointe qui pourraient rendre plus difficile la reconnaissance et la neutralisation du virus par les anticorps induits par le vaccin. Mais l’ARNm peut être armé pour y faire face. BioNTech et Pfizer ont dit qu’ils seraient prêts à expédier des vaccins qui ciblent Omicron d’ici 100 jours, si la protection de leurs vaccins existants diminuait trop contre le nouveau variant. Moderna a déjà commencé à tester des injections de rappel conçues pour anticiper les mutations et annonce qu’un rappel spécifique à Omicron pourrait être disponible au début de l’année prochaine.

L’innovation médicale est au service de l’humanité et nous devrions nous en réjouir tous les jours.

BioNTech et Moderna ont compris l’importance de cette innovation. Ils ont beaucoup investi et l’ont développée pendant plus d’une décennie. Au-delà d’une séquence génétique qui code pour une protéine, l’ARNm comprend également des éléments qui fournissent un manuel d’instructions sur la machinerie cellulaire humaine. Il peut aussi « reprogrammer les cellules ». Cela ouvre la possibilité de traiter bien des maladies, voire de réparer les tissus (bientôt plus de rides peut-être !), de ralentir le vieillissement, de stimuler la production de cartilage pour soulager l’arthrite… BioNTech a publié cette année une étude montrant qu’un vaccin à ARNm a le potentiel pour traiter la sclérose en plaques sans supprimer le système immunitaire comme le font les thérapies existantes.

L’objectif principal de BioNTech est cependant le cancer. Il existe déjà 21 produits d’ARNm qui utilisent 11 approches différentes pour tuer les cellules cancéreuses. C’était aussi l’un des premiers projets de Mme Kariko à BioNTech. Elle voulait arriver à tuer la tumeur grâce aux produits ARNm…

Pionniers de l’ARNm, Moderna et BioNTech sont maintenant suivis. De grands fabricants de médicaments, dont Pfizer, Sanofi et Merck, investissent désormais massivement dans cette technologie, ce qui signifie que d’autres avancées pourraient surgir très bientôt. Les capital-risqueurs investissent de l’argent dans des startups d’ARNm telles que Strand Therapeutics et Kernal Biologics, ce qui permet aux scientifiques de faire progresser la médecine encore plus vite. C’est ça, l’innovation médicale et nous devrions nous en réjouir tous les jours.

(Cet article est une traduction partiellement adaptée d’un excellent Commentary publié par le Wall Street Journal)

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12 commentaires

jean-paul lutun 8 décembre 2021 - 5:54

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Bonjour,

Mon épouse Myriam a été atteinte d’un lymphome en 2004, récidive en 2005, il lui a été proposé un nouveau traitement américain expérimenté à l’époque depuis un an à Lyon. Jusqu’aux éprouvettes destinées aux prises de sang venaient de cette chercheuse (avec qui j’ai eu l’honneur d’être en contact) , elle ajustait son traitement et …elle a sauvé mon épouse.
Mille MERCI de cet article

Bien Cordialement
Jp lutun

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Nicolas Lecaussin 8 décembre 2021 - 6:49

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Merci à vous pour ce témoignage !
Cordialement

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Tibus54 8 décembre 2021 - 6:44

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Quel succès que ce « vaccin » !
52 M de « vaccinés » et la maladie a encore contaminé 60 000 personnes au cours des dernières 24 heures !

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Nicolas Lecaussin 8 décembre 2021 - 6:53

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Combien d’hospitalisations et de morts évités ?? Suffit de comparer avec les vagues précédentes, nombre de cas/nombre hospit graves/nombre décès Sinon, on aurait eu encore le confinement…
Cordialement
NL

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Michel Pareti 8 décembre 2021 - 8:08

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Les vaccins à ARNm n’immunisent que contre la protéine spike du virus . En cas de variant sur celle-ci le vaccin perd de son efficacité . Par ailleurs , la diffusion larga manu par le vaccin , de l’ARNm permet à d’autres coronavirus , non pathogènes pour l’homme jusque-là , de le devenir en recombinant cet ARNm dans leurs propres molécules . C’est peut-être l’explication des variations virales successives observées dans les différentes vagues épidémiques . Enfin , il est dit que cet ARNm ne peut s’intégrer aux noyaux de nos cellules faute d’intégrase . Mais il est aussi vrai que nous possédons des intégrases résiduelles d’infections antérieures voire même des intégrases « fossiles » transmises de manière héréditaires . . .Comment prévoir ,à aussi court terme , les éventuelles conséquences d’une possible intégration ? N’est-il donc pas plus logique d’utiliser un vaccin constitué de virus entiers inactivés mettant à l’abri d’une variation sur une protéine , les autres étant présentes pour compléter l’immunité ? L’argument avancé pour le choix du vaccin était celui de la rapidité de fabrication de l’ARNm . Poutant , les chinois , avec le Sinovac (virus entier) , ont été très rapides eux aussi . Pouquoi ce vaccin autorisé par l’OMS est-il curieusement rejeté par l’europe ? Il permettrait certainement de vacciner tous ceux qui craignent l’injection de matériel génétique . . .
Cordialement

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Nicolas Carras 8 décembre 2021 - 9:31

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Nicolas lecausin : « Suffit de comparer avec les vagues précédentes, nombre de cas/nombre hospit graves/nombre décès Sinon, on aurait eu encore le confinement… »

Nicolas Lecausin, bonjour, le vaccin n’est pas le seul et unique facteur.

Aussi, mettre en place une politique poussant les gens, en obligeant certains, ne pouvant pas faire autrement, à se faire injecter un vaccin en phase 3 est totalement délirant.

Concernant le confinement, des données démontreraient que la tendance à la baisse de la mortalité aurait commencé avant le confinement. Et il y aurait eu une baisse également avant le couvre-feu dans certaines agglomérations.

Un peu de biologie élémentaire : les variants d’un virus peuvent perdre de leur virulence, « on » sait cela depuis que des chercheurs étudient les virus. Et le processus aurait commencé en 2020. C’est-à-dire que nous avons à faire à des copies avec des « erreurs » provoquant des mutations dans le code génétique du virus et générant donc des variants, ou des lignées. Trois études de 2020 démontreraient que le SARS-CoV-2 aurait perdu de sa virulence. La protéine Spike permettant au virus de s’attacher à la cellule, aurait subi une mutation génétique. Elles se trouvent dans l’article « Tracking Changes in SARS-CoV-2 Spike: Evidence that D614G Increases Infectivity of the COVID-19 Virus »

Et les personnes à risque étaient parfaitement identifiables (celles qui malgré les mutations peuvent en mourir). »

Pour terminer, il est gravissime que de grands chercheurs aient été à ce point diabolisé en France, avec volonté de détruire leur carrière, avec clairement des actes de malveillance.

Je suis révolté, je dois vous l’écrire.

L’obscurantisme s’est bien installé dans ce pays.

A++ et bonne journée.

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Nicolas Lecaussin 8 décembre 2021 - 10:20

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
C’est sûr que l’obscurantisme séduit certaines personnes…Heureusement, ce n’est pas le cas de la très grande majorité des Français…
Cordialement
NL

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JC Clement 8 décembre 2021 - 10:19

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Bonjour Nicolas,

N’ayez crainte, vous aurez hélas le confinement. Votre gouvernement s’est dédit plus d’une fois. Vous vous souvenez sans doute que le passe sanitaire ne saurait être conditionné à la troisième dose (je n’aime pas la forme « dose de rappel », pour Pfizer c’est bien la même dose). Il suffit de prendre le contraire de ce qui est dit par Castex et consort pour avoir la vérité.
Ensuite je rejoins le commentaire de M. Pareti. L’intégration de l’ARNm dans le noyau est possible par reverse polymérase; c’est d’ailleurs comme ça que le virus du SIDA, un virus à ARN, fonctionne. Il vient avec cette protéine encapsidée, ce qui n’est pas le cas des vaccins évidemment, mais il faut rester prudent.
Quant à votre commentaire sur le fait de nous réjouir de l’innovation médicale, oui et non. Les pharmas sont au service de leurs actionnaires et doivent faire du pognon, et c’est bien comme ça. On nous a vendu aussi n’importe quoi, parfois, Dépakime, Mediator. C’est comme de dire que l’industrie agroalimentaire a pour mission sacrée de nourrir les hommes, non elle doit faire du profit : le sucre dans les produits industriels est inutile, mais appétant et dangereux. Au service de qui?
Je reste sur ma position, il fallait vacciner les fragiles et les aînés, puisque le vaccin n’empêche pas la transmission. Je suis aussi très dubitatif sur le fait de vacciner des gens déjà guéris, sans dosage sérologique préalable. Hors, il est fort probable que la vague 1 ait été massive, mais passée sous les radars, faute de test. Ainsi, vacciner des gens avec déjà des anticorps potentiels, c’est un peu de l’alchimie ; on ne le fait pas en principe.

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Nicolas Lecaussin 8 décembre 2021 - 10:28

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Cher Monsieur, nous avons tous – vous aussi – un proche qui a été sauvé par les médicaments, les traitements ou les vaccins des « Pharma ». Si nous sommes en meilleure santé et si nous vivons longtemps c’est aussi grâce eux.
Cordialement,
NL

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Obeguyx 8 décembre 2021 - 11:10

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Si je suis d’accord avec ce papier, il n’empêche qu’en se qui concerne le Covid19, cela devient plus de l’acupuncture que de la vaccination. Il faut arrêter de confondre laboratoires de production et recherche scientifique, même si les deux sont souvent liés.

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Louis-Marie Bachelot 10 décembre 2021 - 12:28

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Cher Nicolas,
Vous avez raison de souligner la prouesse technologique qu’a été la mise au point extrêmement rapide des vaccins anti-covid à ARNm; et surtout de rappeler la somme considérable de travail de R&D qui a contribué à ce succès au cours des dernières décennies.
Cependant, gardons-nous de toute euphorie.
Depuis maintenant vingt ans que je travaille dans le secteur des biotechnologies appliquées à la santé humaine, la vague ARNm n’est que le dernier avatar des nombreuses vagues que connait ce secteur tous les trois ou quatre ans, et qui à chaque fois sont annoncées comme étant la solution ultime à tous nos maux (médicaux) : protéines recombinantes, anticorps monoclonaux, thérapies géniques (par adéno dans les 90’s puis aav dans 2010’s), thérapies cellulaires, immuno_oncologie, microbiote et maintenant ARNm.
La réalité est malheureusement moins radieuse.
Tous les développements cliniques de produits à ARNm avaient jusqu’à présent échoué en raison notamment d’insuffisance de données sur l’aspect « safety » et d’efficacité à moyen terme.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’aujourd’hui, l’on « découvre » progressivement que les vaccins mRNA ne sont pas aussi efficaces que précédemment affirmé ni aussi anodins en terme d’effets secondaires induits.
Or, si leur développement a été aussi rapide, c’est également parce que les autorités de régulations ont été poussées par les gouvernements à des revues extrêmement rapides et sur des données ou des caractéristiques techniques qui ne correspondent pas aux standards exigés dans notre industrie.
A titre d’exemple, le vaccin cormirnaty a été autorisé avec des spécifications de pureté de 50% alors qu’aucun produit n’a généralement d’Autorisation de Mise sur le Marché si ses spécifications de pureté sont inférieures à 95%. Ce même vaccin a été autorisé en « booster » pour la population générale par la FDA en octobre alors même que son comité consultatif avait voté contre à 16 voix contre 3, le 17 septembre (du jamais vu une fois de plus), entrainant la démission des responsables de la FDA en charge de l’autorisation aux US de tous les vaccins depuis plus de vingt ans.
Sur ces questions de biotechnologies/développement pharmaceutique, pour la crédibilité de l’IREF, je ne peux donc que vous inviter à élargir vos sources avant de publier des analyses trop affirmatives.
Je me tiens bien évidemment à votre disposition pour participer à cet effort en vous orientant selon les sujets précis vers certains spécialistes des domaines concernés.
Amitiés libérales,
Louis-Marie Bachelot

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Nicolas Lecaussin 10 décembre 2021 - 1:08

L’ARN messager, une histoire étonnante, des promesses vertigineuses
Cher Louis-Marie,
oui, l’article met en avant – bien sûr, d’une manière très « vulgarisée » et basique – les prouesses de l’ARNm dans plusieurs domaines, pas seulement le Covid.. Et, bien sûr, vous avez parfaitement raison, il faut rester prudent tout en mentionnant néanmoins tous ces progrès qui, n’en doutons pas (et quelques connaissances spécialistes dans ce domaine me l’ont confirmé), vont révolutionner les traitements et les vaccins en général. Les démissions au sein de la FDA concernent le « booster » pour tout le monde et des désaccords avec l’administration Biden, mais ne remettent pas en cause les vaccins. Il me semble d’ailleurs que le Dr. Marion Gruber aurait même changé d’avis depuis…
Amitiés libérales
Nicolas Lecaussin

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