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Le péril woke 

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Sylvain Tesson fait l’objet d’une pétition de plus de mille « cultureux » contre le parrainage qu’il a accordé au salon des poètes, parce qu’il n’a pas les idées vertes, rouges et noires du gauchisme ambiant. L’école Stanislas est également poursuivie de la vindicte rouge parce qu’elle éduque normalement ses élèves sans les soumettre aux jougs des conformismes de la cancel culture. Cette tyrannie politico-culturelle s’impose dans le sillage du mouvement woke (éveillé en français).

A l’origine du wokisme

Le wokisme s’est constitué dans une défense mortifère des identités et particulièrement celles des minorités de race ou de genre. Il rejette les valeurs universelles et les règles d’égal respect de toute personne indépendamment de sa couleur de peau, de son sexe ou de sa religion parce qu’il pense que ces minorités ne peuvent être comprises que de leur point de vue et que ceux, notamment les blancs mâles hétérosexuels, qui s’en préoccupent de l’extérieur ne le font qu’à l’effet de les dominer. Il souhaite donc attribuer aux minorités des droits spécifiques et supérieurs à ceux des « non-minorités » pour leur permettre de regagner leur dignité. Il favorise ainsi l’exclusion des communautés entre elles et des guerres de tranchées de tous contre tous.

Pour revaloriser les communautés dites, a priori, défavorisées, ce mouvement interdit volontiers de s’exprimer à ceux qui sont censés vouloir les dominer par principe. Ce qui explique que les universités américaines, et de plus en plus européennes, atteintes de ce mal profond se prêtent à cette pratique, contre leur nature, qui clôture le débat avant qu’il n’ait lieu par la force de l’arbitraire idéologique.

La pensée française est à l’origine de ces malversations intellectuelles. Le wokisme est l’héritier de Derrida, Foucault, Lyotard, Bourdieu… enragés déjà, avant et après 1968, à déconstruire la pensée occidentale qui cachait, selon eux, l’oppression de tous, et surtout des minorités de toutes sortes, sous l’émancipation de quelques-uns (les bourgeois capitalistes d’abord bien sûr). Leur « déconstructionnisme » exporté aux Etats-Unis (french theory) a produit la « cancel culture » qui veut anéantir la culture dite dominante et particulièrement les valeurs universelles de liberté, d’égalité de droits, d’égale dignité des personnes… dont se revendique l’Occident. En se coupant de l’histoire et de la culture, le wokisme abandonne les références, le substrat qui nourrissent la réflexion, l’éducation et notre civilisation. En réduisant le vocabulaire et la grammaire, la méthode globale d’apprentissage de l’écriture et l’écriture inclusive appauvrissent les outils de communication entre les hommes et donc leur pensée. A défaut de bien communiquer, les hommes ne sauront plus pratiquer l’art de vivre ensemble parce que le langage est une pierre d’angle dont la destruction fait vaciller tout l’édifice. Dans la corruption des mots, ils perdront jusqu’au sens de la découverte qu’ils permettent du Beau, du Bien, du Vrai.

Les partisans de ce renversement sont attachés à des luttes de tous ordres réunies dans ce qu’ils ont baptisé « l’intersectionnalité » qui veut que celui qui défend une identité de genre, de race ou autres doit soutenir toutes les autres sauf à être exclu de toutes. Ils veulent ainsi désintégrer petit à petit l’essence même de l’esprit occidental et les structures familiales, locales, nationales, intellectuelles, religieuses, économiques et sociales… qui le sous-tendent. Le wokisme gangrène les institutions, les entreprises et surtout les universités à partir desquelles il déforme les futurs cadres de la société : selon l’Observatoire des idéologies identitaires et du décolonialisme (2 avril 2021) cité par la sociologue Nathalie Heinich, 50% des intitulés des activités universitaires françaises -colloques, journées d’études, séminaires, ateliers – comportent désormais des termes empruntés au wokisme[1].

La résurgence marxiste

Cette volonté d’abolir le passé est une résurgence de la Révolution culturelle maoïste déterminée à lutter « contre les quatre vieilleries qui empoisonnent les esprits depuis des millénaires » : les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles traditions et les vieilles habitudes. Comme le marxisme, que ses partisans ont souvent tutoyé, le wokisme n’examine le monde qu’au travers de luttes sociales, de son rejet du capitalisme et de la démocratie libérale qu’il accuse de domination, consubstantielle à sa nature, sur des populations opprimées. A cet égard, le wokisme est le refuge actuel de tous les révoltés déçus du communisme. Mais alors que le marxisme croyait à l’avenir d’une communauté économique de classe, le prolétariat, le wokisme défend des communautés identitaires de tous genres. Le marxisme voulait éliminer les autres classes et théorisait le prolétariat comme une classe universelle. En ce sens il offrait une vison finale égalitariste et utopique qui faisait rêver. Le wokisme, observe Yasha Mounk dans son ouvrage sur le sujet Le piège de l’identité, ne dépasse pas les conflits entre communautés, il bute sur un horizon de séparations et d’hostilités intercommunautaires indépassables, ce qui n’est guère séduisant. Il ne fait pas rêver. C’est peut-être un signe de ses limites : les grandes firmes comme Disney ou Netflix aux Etats-Unis ou Super U en France mettent désormais en sourdine leurs croisades woke qui font fuir leurs clients.

Encore faudrait-il que l’Occident se réveille. Car aujourd’hui il s’inféode à cette inculture, triste et stérilisante, qui s’oppose au progrès et éteint son avenir à force de jeter son passé dans les ténèbres (cf. Tocqueville). Il la favorise même en s’abandonnant à un collectivisme européen qui tue l’initiative, à une vie sans enfants, sans engagement, sans espérance, en se livrant au mieux à des plaisirs stériles et au pire à la drogue… qui le minent autrement. Il ne repoussera pas l’absurdité de la pensée woke en refusant de penser. Il n’y résistera qu’en retrouvant les valeurs de liberté individuelle et de responsabilité, de respect d’autrui et de dignité, constitutives de notre civilisation et de nos identités.


[1] Revue Commentaire, été 2023, André Perrin, p. 414.

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3 commentaires

Jean-Aymar de Sékonla 29 janvier 2024 - 9:25

Ces imbéciles utilisent l’intolérance pour combattre ce qu’ils nomment discrimination, alors que le seul outil efficace serait justement la tolérance et l’empathie à l’égard des ces catégories handicapées !
Il ne suffit pas d’être diplômé pour être intelligent, on en a la preuve tous les jours… hélas. N’oublions jamais que les diplômes ne sanctionnent qu’un savoir. Nous ne sommes donc pas obligé de croire à tout ce que ces « cornichons diplômés » nous racontent.

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PETER 29 janvier 2024 - 3:05

Totalement vrai, dit avec beaucoup de doigté, de justesse
C’est bien la suite de ce que nous connaissons actuellement en matière de  » guerres sociétales »
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Prevost 30 janvier 2024 - 12:57

Pour St Nicolas lorsque l’on accepte un contrat avec subvention (d’où qu’il vient) on le respecte car il n’a rien d’obligatoire, sinon on assume son indépendance en toute liberté.

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