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Revue des Deux Mondes : Le bêtisier du wokisme

(juillet-août 2023)

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« Le bêtisier du wokisme » est le titre du numéro double (juillet-août) de la Revue des Deux Mondes. Ce magazine est la plus ancienne publication littéraire de France, il aura bientôt… 200 ans ! Il a été créé en 1829, il a connu son apogée au 19ème siècle mais perdure vaille que vaille, avec un public fidèle. La revue a été dirigée entre 2015 et 2022 par une excellente journaliste, Valérie Toranian, auteur de plusieurs éditoriaux remarquables mais pas vraiment du goût de la presse « progressiste » (Libération, Le Monde, etc l’ont régulièrement attaquée…). Après son départ (elle dirige maintenant la rédaction  de l’hebdomadaire Le Point), c’est Aurélie Julia qui a pris le relais à la tête du magazine, en suivant la même ligne. Avec beaucoup d’humour aussi, ce que ce numéro sur le wokisme montre amplement.

On y trouve bien sûr des collections de « perles », mais aussi des analyses dues à des personnalités qui font autorité. Pascal Bruckner dialogue avec le philosophe Jean-François Braunstein, les deux pointant les aberrations mises en circulation par l’idéologie woke ; cette folie idologique prendra sûrement fin dans dix ou vingt ans, mais elle risque de causer entre-temps des dégâts considérables, affectant le progrès scientifique, la politique, les relations humaines, la pertinence des débats, etc. Jean-François Paoli se demande (il n’est pas le premier et très probablement ni le dernier) quel rôle ont joué Michel Foucault et Jacques Derrida (La French Theory (théorie française) dans la constitution de l’idéologie woke. Stéphane Guégan commente la manière dont le wokisme a détourné le message de certaines œuvres d’art, instaurant une censure absurde. Renée Fregosi traite des conséquences (graves) du phénomène trans dans le sport (athlètes trans dominant, lorsqu’ils sont autorisés à participer, les compétitions féminines). L’article de Yana Grinshpun, un bijou d’ironie, offre un réjouissant festival d’échantillons d’« écriture inclusive » et d’exemples appliqués de la théorie du genre. Une certaine dame linguiste, qu’elle cite, estime que l’alternance des deux types de rimes (masculine et féminine) « constitue une autre posture de cet anthropomorphisme : en l’occurrence, elle traduit l’idéal hétérosexuel des relations humaines ». Deux autres dames inventorient les violences sexuelles dans les textes littéraires et établissent des listes d’œuvres indésirables. On imagine très bien, note Yana Grinshpun, « une vaste campagne de révision des textes littéraires des époques passées, car ces derniers, écrits par des personnes réactionnaires, antisémites, racistes et misogynes, autant que transphobes, homophobes et islamophobes quand ils ne sont pas russophobes, grossophobes et mixophobes, doivent être adaptés à nos valeurs contemporaines inclusives, moralement supérieures à toutes les époques précédentes, car paritaires, féministes et égalitaristes”. Xavier-Laurent Salvador traite (ce n’est pas une farce) d’un nouveau domaine, promis à un bel avenir : la linguistique des plantes. Emmanuel Hénin, lui, se charge d’observer l’intrusion du wokisme dans la gastronomie (il y a, c’était inévitable, des restaurants inclusifs…).

Le texte le plus drôle (mais qui peut faire grincer des dents) est celui de Samuel Fitoussi : Les Cent Jours de Sandrine Rousseau. Omniprésente aujourd’hui, la députée militante Sandrine Rousseau poursuit avec acharnement ses combats féministes. Fitoussi imagine qu’en 2027, elle a remporté l’élection présidentielle et que le gouvernement n’est composé que de femmes Nous assistons à une réunion de cabinet hilarante où Alice Coffin, ministre d’État à la Lutte contre l’hétéronormativité, se lance dans une tirade enflammée : « Au fond, nous passons à côté du problème. C’est l’hétérosexualité qu’il faut remettre en cause. Demanderions-nous aux Juifs d’épouser des nazis ? Alors pourquoi demander aux femmes de se lier à leurs oppresseurs ? D’autant que des recherches du département d’étude de genre de Montpellier sont formelles : l’hétérosexualité est une construction sociale ». Dès lors, Sandrine Rousseau promet qu’un plan quinquennal de lutte contre l’hétérosexualité verra le jour.

Arrivé ici, et comme je ne peux reproduire (même si cela en vaudrait la peine) l’intégralité du texte de Fitoussi, je retiendrai – pour la bonne bouche – quelques perles du bêtisier woke que le magazine propose, avec le sous-titre «Voyage en absurdie »  (Flaubert avait préféré le terme « sottisier » lorsqu’il travaillait sur son gigantesque projet d’embrasser la bêtise universelle). Toutes les citations sont strictement exactes, évidemment :

« Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leur musique. Les oeuvres des hommes sont le prolongement du système. Il ne suffit pas de nous entraider, il faut les éliminer”. Alice Coffin, Le génie lesbien, Grasset, 2020.

« Je vis avec un homme déconstruit et j’en suis hyperheureuse. Je ne fais pas confiance à des hommes ou femmes qui n’ont pas fait le chemin de la déconstruction”. Sandrine Rousseau, LCI, septembre 2021.

« Selon l’identité de son propriétaire, un pénis peut être un organe sexuel féminin » – Faculté de médecine de Caroline du Nord, janvier 2022.

« Au Planning, on sait que les hommes aussi peuvent être enceints” – Affiche de campagne du Planning familial,août 2022.

« Les Blancs sont en effet malades d’une maladie qui s’appelle le racisme et qui les affectes tous, sur des modes différents, même lorsqu’ils ne sont pas des racistes”. Pierre Tevanian, De quelle couleur sont les blancs ?, La Découverte, 2013.

« Une identité blanche positive est un but impossible à atteindre. L’identité blanche est intrinsèquement raciste ; les Blancs n’existent pas en dehors du système de la suprématie blanche » – Robin Di Angelo, Fragilité blanche, 2010.

« La sorcière incarne la femme afranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel il faut tendre, elle montre la voie » – Mona Chollet, La puissance invaincue des femmes, éd. La Découverte, 2018.

« Le prestigieux Shakespeare’s Globe Theatre de Londres réinvente Jeanne d’Arc en icône non binaire qui rejette son identité de femme » – L’Express, septembre 2022.

Ce numéro de la Revue des Deux Mondes est un salutaire antidote à l’assaut de la bêtise et de l’imposture.

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