Institut de Recherches Économiques et Fiscales

IREF Europe - Institut de Recherches Économiques et Fiscales

Pour la liberté économique
et la concurrence fiscale


IREF - Institut de Recherches Économiques et Fiscales
Pour la liberté économique et la concurrence fiscale
https://fr.irefeurope.org/4950

par ,

Réforme des retraites : l’enfumage continue ...

A peine avions-nous attiré l’attention de nos lecteurs sur l’ambiguïté de la promesse électorale du Président Macron : "Pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous", qu’un nouveau tweet présidentiel vient démontrer une fois encore combien, dans son souci de complaire à tous, la parole présidentielle est confuse et ambivalente.

La réversion en question ?

De quoi s’agit-il ? Après que le Haut-Commissaire à la Réforme des Retraites et le Gouvernement aient fait filtrer des informations laissant craindre que les pensions de réversion puissent être l’une des variables d’ajustement de la prochaine réforme des retraites, la levée de boucliers a été telle que subitement le pouvoir a réalisé qu’il s’était engagé dans une impasse où il n’avait que des coups à prendre. En effet, les tenants de la réversion étaient pleinement dans leur rôle de défense de la veuve et de l’orphelin, lorsqu’ils ont immédiatement objecté haut et fort que :

> 89% des quelque 4,4 millions de pensions de réversion sont perçues par des veuves et pour plus d’un million d’entre elles (1 079 000 exactement selon les chiffres 2016 de la DREES), ces pensions constituent la seule ressource de leurs bénéficiaires, ce qui ne les empêche d’ailleurs pas toujours de verser du mauvais côté du seuil de pauvreté ;

> certaines de ces pensions pourvoient également à l’entretien d’orphelins, dont l’assistanat se détourne volontiers, nos priorités sociales privilégiant ouvertement celui qui n’a rien cotisé du tout, par rapport à celui qui a eu un temps assez d’argent pour pouvoir cotiser ;

> près des deux tiers des bénéficiaires d’une pension de réversion ont plus de 75 ans et près de la moitié ont plus de 80 ans, avec un budget santé qui n’a évidemment rien à voir avec le budget moyen retenu par l’INSEE dans son calcul du coût de la vie ;

> les pensions de réversion sont actuellement l’arme majeure et aussi le dispositif le plus immédiatement efficace dans le combat pour l’égalité homme/femme, puisque qu’elles permettent sans délai de réduire statistiquement de 42 à 24% l’écart résultant entre les rémunérations des hommes et des femmes ;

> on ne peut s’obstiner à secouer violemment les uns après les autres les piliers d’une vraie politique familiale, sans avoir à déplorer quelques années plus tard les ruptures démographiques qui sanctionnent immanquablement de telles initiatives. Ainsi l’INSEE vient de tirer la sonnette d’alarme sur 2016 en constatant sur la France entière (Mayotte compris) une baisse alarmante des naissances de 4,06 % depuis 2010 (et même bien pire : de 9,3% sur la seule France Métropolitaine de 2010 à 2017 !), résultat imparable de la succession de matraquages en règle faisant de la famille l’une des cibles prioritaires d’un législateur fou qui a perdu tous ses repères.

Si bien que l’opinion et l’opposition se sont à juste titre très largement émues de ces rumeurs insistantes, lesquelles au surplus confortent encore l’image de "Président des riches" qui commence à coller comme la tunique de Nessus à la personne du Chef de l’État. C’est dans ce contexte d’inquiétude et d’urgence pour le pouvoir qu’est intervenu le tweet présidentiel, censé définitivement apaiser tout son monde :

« Aucun bénéficiaire actuel ne verra sa pension de réversion diminuer ne serait-ce que d’un centime »

Sauf que, à la lumière d’expériences récentes et cuisantes, le tweet présidentiel pose au moins autant de problèmes qu’il en résout, surtout qu’à peine un jour après, le Secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement n’a pas craint d’envisager la baisse de certaines pensions de réversion, tandis que ses collègues du Gouvernement annonçaient alternativement tout et son contraire et que, de son côté, le Haut-Commissaire aux retraites n’apaisait pas davantage les inquiétudes.

I - Pas un centime en moins ?

Rappelez-vous : quand ils protestent contre le défaut de revalorisation annuelle de la prestation, les bénéficiaires de l’APL se voient objecter par le pouvoir qu’ils n’ont pas perdu un seul centime, puisque le montant de l’APL se trouve simplement gelé et non pas réduit. On comprend tout de suite qu’en la matière le pouvoir s’en tient à un nominalisme monétaire de mauvais aloi, alors que le raisonnement économique l’aurait obligé à reconnaître honnêtement une perte de pouvoir d’achat à raison de l’inflation qui redémarre quelque peu (certes 1% en 2017, mais vers 2% pour la tendance 2018). Donc dans le tweet ci-dessus et au vu d’exemples récents dont les APL ne fournissent qu’une illustration parmi d’autres, rien dans la promesse présidentielle ne garantit formellement le maintien du pouvoir d’achat de pensions de réversion, le plus souvent modestes et à caractère fortement alimentaire, alors justement que la plupart des autres pensions sont déjà depuis plusieurs années iniquement gelées ou rabotées.

II - Les "bénéficiaires actuels"

Certes, il a été publiquement annoncé comme préambule à la réforme qu’elle ne porterait pas atteinte aux droits des retraités actuels ou aux actifs très proches de la retraite (moins de 5 ans), droits dont la réversion lors du décès du premier conjoint fait précisément partie. Mais les propos des uns et des autres sont suffisamment ambigus et contradictoires pour que le peuple des retraités, désemparé, ne sache plus à quel saint se vouer. Or la promesse présidentielle se limite aux seuls "bénéficiaires actuels", ce qui laisse entendre "a contrario" que la réforme à venir ne s’interdirait pas de remettre en cause les futures pensions de réversion provenant de liquidations de pensions directes déjà intervenues et résultant d’engagements et de lois qui, moyennant inévitablement une réduction affichée ou implicite de la pension principale, garantissent le versement d’une pension de réversion en faveur du conjoint lors du prédécès du titulaire de la pension directe. Notamment, dans certains cas, le retraité a eu à choisir lors de la liquidation de sa pension entre un montant majoré sans option de réversion et un montant minoré en cochant une option de réversion en faveur du conjoint. Mais même quand ce choix ne n’a pas été proposé, du fait que la répartition permet d’assimiler les retraites à une enveloppe plafonnée, les sommes consacrées aux pensions directes pâtissent inévitablement dans la redistribution globale de la concurrence des pensions de réversion Donc nombre de retraités encore vivants se trouvent financer depuis de longues années et en faveur de leurs conjoints une option de réversion qu’ils ont d’ores et déjà partiellement acquittée (à leur gré ou à leur insu) en acceptant ou en étant contraints de toucher de leur vivant une pension directe minorée. On ne voit vraiment pas pourquoi d’un coup ces équilibres actuariels tout à fait licites et honorables se trouveraient rétroactivement remis en cause, sans compensation aucune. Pourtant devant la cacophonie ambiante et faute d’assurance contraire, les retraités légitimement inquiets pour l’avenir de leurs conjoints sont légitimement amenés à se demander si la promesse initiale de non-rétroactivité de la réforme couvre bien également et toujours les droits à réversion attachés aux pensions directes actuellement versées, mais non encore mobilisés du fait même de la survie actuelle du conjoint. Et la grogne qui monte de toutes parts commence à faire sérieusement désordre dans la mécanique si minutieuse et si bien huilée de la communication présidentielle.

Conclusion : un peu plus de clarté ne messiérait pas

En réalité, ce qu’on aurait attendu d’un Chef de l’État parlant clair, c’est l’engagement solennel et exprès que toutes les réversions actuellement liquidées, ou celles à provenir de pensions principales actuellement en cours de payement, soient intégralement préservées. Engagement sans doute infiniment trop précis, pour quelqu’un qui montre tous les jours qu’il a fait sien et presque de manière maladive le vieil adage du Cardinal de Retz, antienne de toutes les bonnes écoles de sciences politiques et selon laquelle "on ne sort jamais de l’ambiguïté qu’à ses dépens". Le problème, c’est que quand on revendique l’indispensable confiance des Français au seuil d’une réforme qu’on présente comme systémique et capitale, on ne peut constamment naviguer tous feux éteints en leur cachant une partie importante de la vérité, en soufflant successivement le chaud et le froid et en privilégiant un discours dont chaque mot apporte pratiquement autant, sinon plus, de trouble que d’apaisement.

Partager cet article :

Autres lectures ...

Retraites : épargner (pour) les générations futures
Les réussites de l’épargne retraite dans le monde

En exclusivité : Notre série "DÉTOX" RETRAITES
Avis aux lecteurs


Réformes des retraites à l’étranger : âge de départ et capitalisation

Pourquoi la réforme des retraites n’augure rien de bon



Un message, un commentaire ?

Afficher le formulaire

Messages (2)

Lamentable

le 3 juillet, 04:58 par Saugeron

Comment voulez-vous que les cotisants s'y retrouvent ? Bien sûr, c'est le but de ce putain de jeu. Macron, c'est moche ce que vous faites avec les retraités. Vous pensez qu'ils ne réagiront pas. Bon !!!mais en fait, c'est facile de faire disparaître leurs réactions dans les médias, vous avez acheté ces médias, et pas cher !! !attendons la suite, vous n'êtes pas un enfant de chœur, nous non plus, et votre logique économique et sociale est inexistante. La guerre ne fait que commencer !!!!

- Répondre -

Règle universelle pour la réversion

le 3 juillet, 11:19 par Roger

Dans un régime de retraite annoncé comme universel, l'inégalité des retraités au regard des droits à la réversion ne peut perdurer (conditions d'âge et de ressources pour le privé, pas de conditions de ressources dans le public). En conséquence, il faut bien réformer les conditions d'attribution de la réversion.
Comme vous le dites la réversion est une mesure sociale, aussi, il serait normal qu'elle soit soumise à condition de ressources.
Il me semble qu'une règle comme énoncé ci-après serait juste :
Lorsque la pension de réversion est supérieure à 1,5 x smic, elle devrait être une pension différentielle c’est à dire :
Le conjoint survivant est assuré d’avoir au minimum la pension de réversion du conjoint décédé. Donc le montant versé serait égal à : montant de la pension de réversion moins les revenus propres du conjoint survivant.
Lorsque la pension de réversion est inférieure à 1,5 x smic, elle pourrait être cumulée avec les revenus propres du conjoint survivant dans la limite d’un plafond égal à 1,5 x smic.

- Répondre -

 css js

FERMER

Suivez les publications de l'IREF,
inscrivez-vous gratuitement
à la lettre hebdomadaire

En continuant la navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation des cookies