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Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

lundi 21 juin 2021, par Romain Delisle

La chaleur des mois d’été, des quais noirs de monde, des enfants, des vieillards, des familles transportant leurs maigres biens dans des valises, des soldats perdus, des illusions envolées et ce sentiment de déclin qui comme un coucher de soleil étreint le cœur de n’importe quel patriote…

En juin 1962, l’Algérie française avait vécu et avec elle cette immense impression de grandeur et d’universel qui l’accompagnait. On ne vit pas sur des souvenirs mais les souvenirs peuvent refaire surface.

Le 12 décembre, se tiendra le dernier des trois référendums sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, les deux premiers ayant vu la victoire de l’option du maintien de l’île au sein de la France à 56,7 et 53,3% en 2018 et en 2020.

À la fin du mois de mai dernier, un document confidentiel dépeignant l’état des réflexions du Gouvernement sur les conséquences de l’indépendance, appelé « Discussions sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Les conséquences du oui et du non », a fuité.

Force est de constater que celui-ci soulève plus de questions que de réponses, mais laisse un sentiment de crainte quant à la possibilité d’abandon de l’île par la métropole.

Cadre institutionnel et structure économique de la Nouvelle-Calédonie : le poids du nickel et des transferts de la métropole

Les accords de Matignon de 1988 créent trois Provinces (Province Sud, Province Nord et Îles Loyauté), tandis que l’accord de Nouméa en 1998 change le statut constitutionnel du territoire et crée un gouvernement collégial de 5 à 11 membres, avec un président qui dirige l’administration, nomme aux emplois publics et représente le territoire.

L’île possède une citoyenneté locale, un Congrès qui vote des « lois de pays » qui possèdent une valeur égale à celles de la loi nationale, un sénat coutumier compétent pour les questions relatives au statut et aux conseils coutumiers, aux terres et aux signes identitaires. Trente-trois communes forment, en outre, l’échelon territorial de base de cette collectivité à statut particulier.

Depuis les années 80, un ensemble de compétences a été transmis par l’État aux structures locales, parmi lesquelles le droit du travail, civil et commercial, la fiscalité, le commerce extérieur, la réglementation des prix et des ressources naturelles, la répression des fraudes et la protection sociale. Au terme de l’accord, seules les compétences régaliennes demeurent de la responsabilité de l’État central.

Le PIB de la Nouvelle-Calédonie s’établit à environ 8 Mds€ ; entre 1960 et 2010, il a bénéficié d’une forte croissance de 3,9% par an, d’où un revenu moyen par habitant égal à celui de la métropole. L’économie productive de l’île est d’abord caractérisée par l’importance du nickel, celle-ci se situant au 2e rang des réserves mondiales (11%), derrière l’Australie (23%). Selon l’état du cours mondial du métal, sa part dans l’économie augmente et baisse : 17% en 2007, 7,2% en 2011, 3% en 2015 [1]. Trente-cinq mines extraient 15 millions de tonnes de minerais par an pour 100 000 tonnes de métal produites, soit 4,5% de la production mondiale et 96% des exportations de l’île. En 2018 les trois opérateurs de ce secteur ont subi un déficit net, de 1 465 Mds€, soit 143 % du PIB et ce malgré d’importants dispositifs de défiscalisation [2].

Les transferts venant de la métropole représentent 15% du PIB en 2018, soit 1,4 Mds€ et 5 500€ par habitant. Depuis 1995 la somme en valeur nominale des transferts a doublé.

L’économie néo-calédonienne est donc très dépendante et peu compétitive : l’étroitesse du marché intérieur, les incertitudes quant à l’avenir politique, l’attentisme des acteurs économiques, les entraves à la concurrence et une fiscalité protectionniste engendrent une faible rentabilité intrinsèque et une économie rentière. La livre de nickel calédonienne, par exemple, coûte 6,75 $ à produire contre 5$ pour la livre indonésienne.

Que révèle le document des « discussions sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie ?

Dans l’hypothèse d’une indépendance, « les financements actuellement accordés par l’État devenant caducs, le nouvel État devra mobiliser ses ressources pour financer ses services publics et ses prestations sociales ». Le désengagement français ayant pour conséquence le transfert au nouvel État de 2 272 bâtiments, d’une valeur de 735M€ et représentant 0,43% du territoire, transfert effectué « dans les conditions juridiques et financières qui devront faire l’objet d’une discussion politique » … On ne saurait être plus sibyllin.

S’agissant de la nationalité, et c’est là que le bât blesse, les citoyens du nouvel État calédonien perdraient de facto la citoyenneté européenne et française, le document établissant même que « les citoyens calédoniens actuels auraient vocation à se voir intégrés dans la nationalité du nouvel État », aucune différence ne serait-donc faite entre les descendants d’européens et les kanaks ?

Dans la même veine, il va de soi que les 9 555 fonctionnaires, dont 4 453 dans l’éducation nationale, seront rapatriés en métropole, le nombre de départs étant évalué au total entre 10 et 70 000 individus.

La CDC (Caisse des dépôts et consignations), qui détient un encours de 1Mds€ de dette calédonienne [3] cessera également d’intervenir.

Enfin, et l’on s’étonne qu’à aucun moment cette option n’ait été envisagée, le Gouvernement français s’opposera à toute tentative de partition.

Pourtant, la Nouvelle-Calédonie demeure extrêmement tributaire de la métropole et les signaux inquiétants envoyés par le Gouvernement ne sont pas pour rassurer les calédoniens fidèles à la France. Il est toutefois assez étonnant voire choquant qu’un leader loyaliste (le sénateur Pierre Frogier) quitte les négociations en claquant la porte alors que les indépendantistes saluent leur rencontre avec le Premier ministre. Le lecteur pourra décemment s’interroger sur le jeu joué par le Gouvernement.

La Nouvelle Calédonie pourrait-elle vivre la même débâcle que l’Algérie lors de son indépendance dans la précipitation et la confusion ? C’est d’autant plus inquiétant que les gouvernements français successifs ont tout fait pour que les Indépendantistes gagnent, notamment en satisfaisant à leurs exigences de restreindre le droit de vote aux référendums successifs organisés sur l’indépendance aux citoyens résidant de longue date et de manière continue en Nouvelle-Calédonie, ce qui exclut notamment les personnes installées après 1994 : une scandaleuse discrimination faite pour fabriquer une majorité favorable aux Indépendantistes. Espérons que néanmoins les résidents de Nouvelle Calédonie auront un sursaut de bons sens.

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Referendum-sur-l-avenir-de-la-Nouvelle-Caledonie-plus-de-questions-que-de-reponses

[1Catherine Ris, Alain Trannoy et Etienne Wasmer, « l’économie néo-calédonienne au-delà du nickel, note du Conseil d’analyse économique, n°39, mars 2017.

[2607 M€ depuis 2016

[3L’Agence française de développement en possède également 3 Mds€.

Vos commentaires

  • Le 22 juin à 06:20, par Michel Guillaumin En réponse à : Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

    Tout ce que vous dites est rigoureusement exact .
    Mais pourquoi vouloir à tout prix conserver dans la République Française des territoires qui lui coûtent tant, sans avoir de légitimité historique à en faire partie ?
    Sachant que la Nouvelle Calédonie est celui qui lui coûte le moins ; ce qui explique cette revendication d indépendance . En Guyane par exemple, à la 1ere trace de pétrole les indépendantistes étaient aussitôt " sortis du bois " ; ou plutôt de la forêt . Ils y sont rapidement rentrés lorsque les campagnes de prospection suivantes ont échoué
    Le coût pour la métropole des DomToms est un secret d Etat . Il avoisinerait les 20 milliards . Une étude de l Iref serait la bienvenue .

  • Le 22 juin à 09:08, par Obeguyx En réponse à : Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

    Il n’y a pas de questions et il n’y a qu’une seule réponse : gardons la Nouvelle-Calédonie.
    On a fait de Mayotte un département alors qu’il aurait fallu leur donner leur indépendance, avec éventuellement un statut de protectorat. La Nouvelle-Calédonie est d’un enjeu stratégique majeur et il ne faut pas les abandonner. Evidemment cela coûte. Mais comparé à notre assistance sociale et les coûts de l’immigration, de quel côté pensez-vous que la balance penche ?. Nos Antilles pareil !!! Il est curieux que l’on ne parle jamais des Kerguelen !!!

  • Le 22 juin à 14:20, par Fedycki ghislaine En réponse à : Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

    il y a eu le temps de nos grands aventuriers Bougainvile, Parmentier mais où en sommes nous il semble que l’on revendique le fait d’être français quand il y a de subsides alors mare mare mare qu’ils restent avec leur idéologie d’indépendance tous ces gens de îles et pensons aux île Corse, Sain, Kerguelen !!!

  • Le 22 juin à 14:24, par lombled En réponse à : Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

    Je suis PN est je pense que cette île va quitter la France et que nous aurons les mêmes problèmes qu’en Algérie. Bien entendu je conteste le fait que vous pensez que les aides de l’Etat Français vont cesser, je ne le crois pas, pour éviter une catastrophe financière les aides vont continuer. Le contribuable français paiera, comme en Algérie, top secret, jusqu’à l’équilibre des comptes, grâce au Nickel, que nous paierons plus cher, comme pour le gaz algérien.

  • Le 22 juin à 20:45, par BJ En réponse à : A quand notre transfert de compétences ?

    Depuis les années 80, l’État français a transmis toutes ses compétences sauf les régaliennes. Comme on aimerait voir la même chose dans le reste de la France !

  • Le 23 juin à 07:03, par ? En réponse à : Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

    Bonjour à tous,

    Merci pour vos remarques. Il y d’un coté la raison et de l’autre la passion. Entre ces deux pôles, c’est, à mon sens, la solution de la partition qui devrait retenir toute notre attention.

    Le Général de Gaulle l’avait envisagé en Algérie. Hélas, il semble bien que la notion de grandeur de la France ne soit plus à l’ordre du jour.

    Merci à tous,

  • Le 23 juin à 10:02, par Gilles En réponse à : Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

    L’administation française perdrait un paradis ou quelques milliers de fonctionnaires (enseignants, gendarmes, police, justice) vont se faire bronzer au soleil en touchant des salaires et des primes mirobolants, et en plus encaissent des avantages pour leur retraite..
    J’espere que ce referendum décidera de l’indépendance, nous n’avons pas besoin de dépenser un pognon de dingue en pure perte pour des gens qui majoritairement haissent la métropole

  • Le 28 juin à 03:56, par DELAGE En réponse à : Référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : plus de questions que de réponses

    Il est navrant de lire des commentaires de personnes ne connaissant sans doute pas la Nouvelle Calédonie. J’y vis depuis plus de 20 ans mais fais partie des 15% d’exclus du référendum.
    A l’heure actuelle, il n’y pas de majorité de personnes haïssant la France comme l’annonce Gilles.
    D’autant que si le droit de vote n’avait pas été supprimé à certaines personnes au fil des années par les politiciens de métropole afin de favoriser les indépendantistes et/ou se venger d’adversaires ou de "traites" politiques, le score serait beaucoup moins serré, l’actualité politique et économique actuelle moins engluée et l’avenir plus certain.
    Dites vous également que si la France est ici, c’est qu’elle y a également des intérêts...

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