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La Chine, un éléphant dans les salons de la géopolitique

jeudi 30 septembre 2021, par Michael von Liechtenstein

Lorsque l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis ont annoncé la formation d’un nouveau pacte de sécurité entre eux, la Chine a réagi par des menaces à peine voilées dirigées contre Canberra. Se sentant mis à l’écart, le gouvernement français a également exprimé son indignation. Mais Paris et Pékin devront faire face à cette nouvelle réalité.

L’AUKUS, tel est l’acronyme du pacte de sécurité trilatéral liant désormais l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Selon une communication officielle, le projet de défense maritime comprendra :
- une coopération aérienne renforcée grâce au déploiement en rotation d’avions américains de tous types en Australie, avec formation et exercices appropriés sur les appareils ;
- une coopération maritime renforcée par une augmentation des capacités logistiques et de maintenance des navires de surface et sous-marins américains en Australie ;
- une coopération terrestre renforcée, ce qui signifie des exercices plus poussés, plus adaptés ainsi qu’un engagement plus interactif avec les alliés et les partenaires de la région.
- la création d’une entité réunissant forces logistiques, soutien opérationnel et maintenance afin de répondre aux nécessités d’un conflit de haute intensité et d’opérations militaires conjointes dans la région.

Cette coopération viendra compléter le Quad existant, une alliance entre l’Australie, l’Inde, le Japon et les États-Unis. L’AUKUS reflète les liens particulièrement étroits entre Washington, Londres et Canberra, qui partagent une technologie militaire hautement confidentielle. Tant le Quad que l’AUKUS sont une réplique au comportement chinois de plus en plus agressif dans la zone indo-pacifique. Cette synergie est probablement facilitée par le Five Eyes, un partenariat de renseignement entre les pays anglo-saxons traditionnellement proches que sont l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Les réactions chinoises

Pékin a réagi avec indignation. Il a même été dit que l’Australie, puissance non nucléaire et signataire du pacte de non-prolifération, pourrait devenir la cible d’attaques nucléaires parce qu’elle abriterait des bases américaines (discrétion diplomatique oblige, les médias chinois n’ont pas indiqué qui serait l’attaquant...).

L’alliance américano-australienne n’était pas dirigée contre la France

Le nouveau pacte a démarré en fanfare, avec l’annulation par l’Australie d’un contrat d’achat de sous-marins à la France, préférant construire huit sous-marins à propulsion nucléaire avec la technologie américaine – que les États-Unis sont habituellement peu enclins à partager, même avec des alliés. Canberra a souligné que les sous-marins ne transporteraient pas d’armes nucléaires, car la législation du pays interdit tout armement de ce type. Comme les sous-marins ne seront pas prêts avant 2030, l’Australie pourrait en louer dans un avenir proche.

La transaction a été fortement critiquée par la Chine, qui a fait valoir que les promesses de ne pas doter les sous-marins d’armes nucléaires n’engagent pas à grand-chose. La réaction la plus forte est venue de France, bien qu’il ne fasse aucun doute que Canberra paiera toutes les pénalités convenues en cas d’annulation du contrat. Paris a fait des déclarations sévères, accusant les États-Unis de n’être pas fiables et l’Australie, d’avoir trahi un proche allié. Ses ambassadeurs à Washington et Canberra ont même été rappelés. Cette décision inédite montre le degré d’humiliation ressentie par les Français, qui pensaient que l’Amérique post-Trump les considérait de nouveau comme des alliés de premier plan. Cela remet aussi en question l’importance de la France - qui a deux Territoires dans la région - en tant qu’acteur dans le Pacifique. Paris reconsidère également son avenir au sein de l’OTAN. Il faudra que la France trouve les moyens de sauver la face afin de rétablir les nécessaires contacts diplomatiques.

Des menaces

Il s’avère cependant que la transaction américano-australienne n’était pas dirigée contre la France. Les déclarations et les actes du président Xi Jinping montrent que la Chine se prépare à donner corps à ses desseins hégémoniques. Sa présence croissante à l’étranger et ses investissements militaires vont dans ce sens. Il est naturel que l’Australie se sente fortement menacée et voie dans une association étroite avec les États-Unis une dissuasion efficace. En outre les sous-marins à propulsion nucléaire sont beaucoup plus puissants que les sous-marins diesel conventionnels. Ils sont plus difficiles à détecter et peuvent rester immergés beaucoup plus longtemps. Néanmoins, cette décision a touché un point sensible à Paris, tout comme la décision de la Suisse d’acheter les avions de combat américains F-35 au lieu de l’Eurofighter Typhoon ou du Rafale français - le président Macron a depuis refusé de rencontrer des membres du gouvernement suisse.

Qu’en pensent l’Union européenne et les autres pays européens ? Ursula von der Leyen a abordé la question, mais jusqu’à présent sans résultats tangibles. On peut en dire autant des relations avec la Chine. Bruxelles et des pays comme l’Allemagne sont un peu piégés, leurs postures morales n’étant pas toujours raccord avec leurs intérêts commerciaux. Cette faiblesse et cette indécision peuvent conduire aux pires résultats sur les deux fronts – valeurs compromises et perte du marché chinois. Il est un peu étonnant de constater que le gouvernement néo-zélandais a adopté la même ligne de conduite, espérant éviter un conflit, même si les défis sont les mêmes pour lui que pour le gouvernement australien.

L’AUKUS signifie, sans équivoque, que les pays anglo-saxons sont décidés à combattre les aspirations hégémoniques de la Chine de toutes les manières possibles. En Europe, les plus grands pays, comme l’Allemagne et la France, mais aussi la Commission, vont devoir déterminer une ligne de conduite, tout comme la Russie. Malheureusement, les pressions exercées par l’Occident sur la Russie poussent Moscou à se rapprocher plutôt de Pékin. Le Kremlin est un adepte du pragmatisme : ce qui compte avant tout pour l’administration russe est de préserver la souveraineté du pays.

Lire la version en anglais sur le site du GIS

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/La-Chine-un-elephant-dans-les-salons-de-la-geopolitique

Vos commentaires

  • Le 1er octobre à 08:38, par François MARTIN En réponse à : La Chine, un éléphant dans les salons de la géopolitique

    La France apporte tous les jours la preuve qu’il est impossible de diriger intelligemment un pays d’une soixantaine de millions d’habitants depuis un bureau unique, alors que dire de la Chine qui dépasse le milliard.

    Les USA et consorts feraient beaucoup mieux de parier sur une implosion chinoise (petite ou majeure) dans le cadre d’une coexistence pacifique (si possible, même, amicale) plutôt que de choisir l’option militaire. Car ce que les pays hypercentralisés font le mieux c’est la guerre.

    Ce d’autant plus que les USA ont perdu toutes leurs guerres depuis une cinquantaine d’années (un mauvais allié en somme)

  • Le 1er octobre à 10:55, par Nicolas Lecaussin En réponse à : La Chine, un éléphant dans les salons de la géopolitique

    Cher Monsieur, non, les USA n’ont pas perdu les guerres, ils se sont retirés (Vietnam, Afghanistan) pour d’autres raisons mais pas parce qu’ils ont perdu la guerre...
    Cordialement,
    Nicolas Lecaussin

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