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Homéopathie : l’État au service de la pseudoscience

L’homéopathie est une pratique dont l’efficacité n’a pas été validée par la démarche scientifique. Le statut juridique de cette médication alternative et son remboursement par le monopole de l’assurance maladie contraignent tous les contribuables à la promouvoir et à la subventionner.

Que dit la science ?

En 1796, le médecin Hahnemann développe l’approche « Similia similibus curentur », soit en français « le même soigne le même ». Le principe est qu’une petite dose de poison pourrait avoir un effet soignant sur une pathologie aux symptômes analogues. En pratique, des substances toxiques sont diluées un nombre considérable de fois, jusqu’à ce qu’il soit statistiquement impossible qu’il reste la moindre molécule active dans l’excipient.

Les revues de la littérature scientifique existante, appelées méta-analyses, arrivent à la même conclusion sur l’absence de preuve solide et reproductible de l’efficacité des produits homéopathiques[1][2]. Le Conseil scientifique des académies des sciences européennes, dont fait partie l’Académie des sciences française, l’a confirmé l’année dernière[3], tout comme de nombreuses organisations médicales dans le monde auparavant.

L’homéopathie n’a jamais pu prouver une quelconque efficacité supérieure à l’effet placebo dans la prévention ou la guérison des maladies. Le non-recours à des pratiques médicales basées sur des preuves peut entraîner de graves complications, voire la mort d’individus atteints de pathologies pourtant facilement guérissables.

Le statut du médicament

Au regard de ce vaste consensus scientifique rejetant cette médication alternative, on pourrait s’attendre à un cadre réglementaire rationnel autour de cette pratique. Or non seulement les produits homéopathiques sont officiellement reconnus comme des médicaments, mais ils sont aussi remboursés en partie par la Sécurité sociale.

Le statut d’exception qui caractérise l’homéopathie sur le plan juridique remonte à une loi de 1941. Celle-ci dispose que : « est réservée aux pharmaciens la préparation des médicaments destinés à la médecine humaine, c’est-à-dire toute drogue ou substance présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines et conditionnée en vue de la vente au poids médicinal ». La loi n’exige donc pas de preuve scientifique d’une quelconque efficacité. Ce principe est repris dans le Code communautaire relatif aux médicaments à usage homéopathique (directive n° 2001/83/CE) et dans le Code de la santé publique (Article L.5111-1).

Beaucoup de produits homéopathiques sont soumis à un simple enregistrement et ne sont pas tenus de suivre les procédures contraignantes de l’Autorisation de mise sur le marché des médicaments. Les vrais médicaments doivent démontrer leur efficacité pour être autorisés à la vente. Par leur monopole, les pharmaciens se retrouvent dans l’obligation de mettre à disposition les produits homéopathiques prescrits sur ordonnance aux patients.

Les produits homéopathiques à nom commun (souches à nom commun, formules de prescriptions courantes ou préparations magistrales homéopathiques) peuvent être remboursés par le monopole de l’Assurance maladie au taux de 30 %. En 2017, le montant remboursé s’est élevé à 56 millions d’euros. Ce financement collectivisé a fait l’objet de vifs débats dans la communauté médicale cet été. La Haute Autorité de santé devrait rendre son avis fin février 2019 pour juger s’il faut le maintenir.

Le statut légal offre ainsi une véritable légitimité aux produits homéopathiques. Cela revient à les promouvoir en tant que médicaments et à les subventionner aux frais du contribuable. La plupart des pays ne les remboursent pas. L’État espagnol voudrait exiger la même procédure que les médicaments. En cas d’absence d’efficacité supérieure, une mention devrait alors être apposée indiquant que l’action thérapeutique du traitement n’a pas été prouvée.

Dépolitiser la médecine

Tant que cela ne nuit pas à autrui, chacun devrait avoir le droit de pratiquer la médication qu’il préfère, il en va de la liberté de conscience. Néanmoins, il n’est pas légitime que tout un chacun soit forcé de subventionner des pratiques pseudo-scientifiques au travers de ses « cotisations » au monopole de l’assurance maladie.

Pour arbitrer entre le libre-choix de sa médication et la socialisation de son coût, la dépolitisation de la question médicale s’impose. La seule alternative qui respecterait cette liberté serait de permettre à ceux qui le souhaitent de cotiser volontairement à une assurance maladie incluant la prise en charge des produits homéopathiques, et ceux qui ne le souhaitent pas, de cotiser à une autre assurance maladie concurrente qui exclurait cette prise en charge. La Sécurité sociale serait ainsi ouverte à la concurrence, ce qui, en plus de restaurer la liberté de choix, permettrait d’améliorer l’efficacité des services de soin, comme aux Pays-Bas.

De la même manière, le contribuable ne devrait pas être forcé de subventionner l’enseignement de telles pratiques dans les universités publiques. Si certaines universités ont récemment supprimé leurs diplômes universitaires d’homéopathie, il reste encore des facultés qui dispensent des cours. Si vraiment certains souhaitent étudier cette pseudoscience, libre à eux de le faire, mais pas aux frais du contribuable. Ici aussi, on observe les limites de la socialisation du financement de l’enseignement supérieur.

Selon un récent sondage, 74 % des Français jugent les traitements homéopathiques efficaces et veulent maintenir leur remboursement. Cela en dit long sur la crédulité des Français au sujet de cette pratique pseudo-scientifique subventionnée par l’État et les contribuables.

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Messages (6)

Il faut approfondir un peu...

le 26 novembre, 18:19 par Dominogris

Certes... Mais ne croyez-vous pas que si l'homéopathie était totalement inefficace, personne n'y ferait appel et le marché aurait été réduit à zéro depuis longtemps ? J'ai constaté maintes fois un effet posifif sur de très jeunes enfants pour lesquels l'effet placebo ne peut être invoqué, alors que les traitements classiques s'étaient révélés inopérants. Par ailleurs, je remarque que ceux qui affirment que l'homéopathie est inefficace n'y ont jamais fait appel. Je conviens que ce n'est pas une démonstration scientifique, mais je sais aussi que le gouvernement, quand il s'agit de faire des économies ou de taxer n'hésite pas à instrumentaliser certaines positions... En réalité, on voit bien qu'une campagne se développe actuellement dans les médias pour faire passer la pilule (!) d'un déremboursement. Ce n'est pas une première...
Je suis d'accord cependant avec le raisonnement qui conduit à payer pour des contrats dont on puisse délimiter les contours. Mais dans ce cas, je ne vois pas pourquoi je devrais payer un contrat qui inclut le remboursement de l'IVG (par exemple) dont je considère qu'à l'heure de la contraception le recours relève de l'irresponsabilité. On peut étendre à d'autres remboursements par l'assurance maladie, plus ou moins justifiés...

27 novembre, 08:12 - Fred

Bonjour,
L'article n'a jamais dit que l'homéopathie était totalement inefficace. Ce qui est dit est que ces substances n'ont pas plus d'effet que n'importe quel autre placebo. Or, si vous vous renseignez un peu sur l'effet placebo, vous apprendrez que :

> Il peut tout à fait être efficace, même contre des maladies graves, quand le patient croit à l'efficacité du produit ingéré. Le souci est que c'est très variable, l'efficacité d'un placebo dépend de la psyché du patient (ses croyances, son état mental, etc.). Donc il est fortement déconseillé d'avoir recours à un placebo pour les maladies graves. Un vrai médicament, à l'inverse, guérit tout le temps.. (sauf rares exceptions liés à certains paramètres défavorables)

> Ensuite, même sur des bébés, l'effet placébo peut s'observer. Des études ont montré que plus la personne qui donne le placébo est convaincue elle-même de son potentiel effet bénéfique, plus le patient (même bébé) à qui il donne le placébo a de chances de guérir. Ca rejoint le pouvoir de suggestion ici.

Je rejoins donc l'auteur de l'article, chacun est libre de recourir à des placebos s'il le souhaite, mais pas sur le dos des impôts des autres..

27 novembre, 08:54 - Fred

Bonjour,
L'article n'a jamais dit que l'homéopathie était totalement inefficace. Ce qui est dit est que ces substances n'ont pas plus d'effet que n'importe quel autre placebo. Or, si vous vous renseignez un peu sur l'effet placebo, vous apprendrez que :

> Il peut tout à fait être efficace, même contre des maladies graves, quand le patient croit à l'efficacité du produit ingéré. Le souci est que c'est très variable, l'efficacité d'un placebo dépend de la psyché du patient (ses croyances, son état mental, etc.). Donc il est fortement déconseillé d'avoir recours à un placebo pour les maladies graves.

> Ensuite, même sur des bébés, l'effet placébo peut s'observer. Des études ont montré que plus la personne qui donne le placébo est convaincue elle-même de son potentiel effet bénéfique, plus le patient (même bébé) à qui il donne le placébo a de chances de guérir. Ca rejoint le pouvoir de suggestion ici.

Je rejoins donc l'auteur de l'article, chacun est libre de recourir à des placebos s'il le souhaite, mais pas sur le dos des impôts des autres..

27 novembre, 14:51 - Dominogris

Peut-on qualifier de "scientifiques" les études auxquelles vous faites allusion ?
Pourquoi, en donnant avec conviction des traitements classiques à un bébé, l'effet placebo n'aurait-il pas joué ?
Etant de formatin scientifique, je comprends très bien le raisonnement que vous faites. Mais ce que j'ai observé met en cause ce raisonnement. Je n'ai pas d'explication, j'ai fait un constat, c'est tout.
On peut ajouter, avec là quelques preuves, que l'homéopathie ne nuit pas, contrairement à d'autres traitements aux affets secondaires notoires qui rendent le rapport bénéfice/risque faible, ce qui n'empêche pas de les prescrire et de les rembourser.

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Du bon usage du placebo

le 27 novembre, 02:03 par John Sheppard

L'homéopathie étant aussi efficace qu'un placebo, ni plus ni moins, comme on ne peut appeler un placebo par son nom sans en ruiner l'effet, alors on l'appelle homéopathie. Il n'est pas déraisonnable de traiter certaines affections bénignes ou effets secondaires indésirables par l'effet placébo, du moment qu'on ne prétende pas traiter ainsi des affections graves où l'inefficacité de l'effet placébo est démontrée. L'homéopathie devrait se cantonner à ce champ.
Ensuite, sans tomber dans les excès, le "cinéma" pouvant accompagner la prescription homéopathique est souvent bon pour renforcer l'effet placebo.

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Une question...

le 27 novembre, 19:12 par grandbaw

Bonjour,
J'aimerais savoir quelles sont les références, en homéopathie et en médecine, de ce Mr Laurent Pahpy qui me semble "en parler la bouche ouverte"... et en considérer les utilisateurs comme d'aimables(?) demeurés.

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la critique institutionnelle de l'homéopathie

le 27 novembre, 21:51 par Essentielliste

Je suis surpris par cet article qui reprend les arguments invoqués mille fois prétendant que selon la "science" la dilution des éléments est tellement forte qu'aucun principe actif ne peut pénètrer dans l'organisme humain.
je rappelle que si nous ne disposons d'aucune preuve scientifique que les traitements homéopathiques ont un effet thérapeutique bénéfique autre qu'un placebo ; il est néanmoins aussi scientifique de constater qu'aucune preuve n'est apporté montrant l'absence d'efficacité de ce type de traitement.
Cette position de la médecine officielle des "sachants"qui nous est rappelée à maintes reprises n'est pas plus scientifique que son contraire.
Au delà la polémique qui cache des intérêts pas seulement financiers, il y a la réalité des faits sur les personnes que l'on côtoie tous les jours ou sur nous même qui apportent des témoignages de résultats tout à fait probants sur les effets bénéfiques des produits homéopathiques.
On parle des bébés mais j'ai personnellement connu des cas de traitement sur des chiens que la médecine classique n'arrivait pas à soigner.
La science actuelle peut elle rester aveugle en nous renvoyant toujours à l'effet placebo ?
Et si la "science" du 21° siècle était encore au début de son évolution ?
j'aimerais que ceux qui se réclament de la "science" conserve l'humilité et le doute propre à tout vrai scientifique.
Quand à la question de savoir si, l'assurance maladie doit ou non rembourser même faiblement les produits homéopathiques,je rappellerais que ceux-ci coûtent infiniment moins chers.

Je suis tout de même surpris que sous l'égide de l'IREF qui nous irrigue de sa réflexion toujours éclairante et de haute qualité on puisse trouver cette fois un texte qui renoue avec de vieilles lunes partisanes

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C'est du vol !

le 28 novembre, 09:46 par Oncpicsou

Si le principe actif des produits homéopathiques n'est quasiment pas présent dans le médicament, le prix devrait être dérisoire et ne pas nécessiter de remboursement ! (si non, on encourage et subventionne les excès de l'industrie pharmaceutique)

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Article pas convaincant

le 29 novembre, 10:17 par Roger

@ l’auteur :
Vous écrivez : « Selon un récent sondage, 74 % des Français jugent les traitements homéopathiques efficaces et veulent maintenir leur remboursement. Cela en dit long sur la crédulité des Français au sujet de cette pratique pseudo-scientifique subventionnée par l’État et les contribuables. ». Comme le font tous les médias, quand les français sont en majorité contre vos thèses, vous les traitez de crédules donc d’imbéciles.
Vous dites que le remboursement de l’homéopathie est de 30% c’est faux car vous ne tenez pas compte de la franchise. Un tube d’homéopathie coûte 2,35€, le remboursement effectif est (2,35x0,3) – 0,5 = 0,205 soit 8,7%. Il faudrait vous poser la question pourquoi 74% des français sont prêts à payer 91,3% pour des produits homéopathiques alors qu’en prenant des médicaments allopathiques ils ne payeraient que 30% ? C’est forcément qu’ils y trouvent un avantage médical.
Les remboursements de l’homéopathie n’ont cessé de décroître et parallèlement le poste de remboursement des médicaments par la sécurité sociale n’a cessé de croître. Cela pose question.
Vous souhaitez un système de sécurité sociale avec cotisations différentes suivant que l’on prendrait ou non l’option remboursement de l’homéopathie. Ce système existe mais il n’est pas libre, c’est le régime Alsace-Moselle qui rembourse l’homéopathie à 80%. Le taux de cotisation rapporté aux taux de remboursement est plus faible que dans les autres départements et pourtant le régime est excédentaire. Cela met à mal votre opinion que le remboursement de l’homéopathie serait une charge pour le contribuable.
Vous dites que les « vrais médicaments » doivent démontrer leur efficacité que la procédure d’AMM est contraignante. Comment expliquez-vous que des « vrais médicaments » sont régulièrement déremboursés pour service médical rendu insuffisant, n’ont-ils pas eu une AMM qui « prouvait » leur efficacité ? Comment expliquez-vous que des « vrais médicaments » soient dangereux (Vioxx, Médiator, Distilbène, ….) n’ont-ils pas eu une AMM qui « prouvait » leur innocuité ?
Qu’est-ce qui est de la pseudoscience : l’absence de preuve d’efficacité ou des preuves falsifiées pour obtenir l’AMM ?
Par ailleurs, la procédure d’AMM est inapplicable à l’homéopathie car pour les mêmes symptômes le remède est différent suivant le terrain du patient.
Pour être remboursée, l’homéopathie doit être prescrite par des médecins qui ont les mêmes compétences que les médecins seulement allopathes mais ils ont étudié en plus l’homéopathie.
Enfin, en guise de boutade, peu importe qu’il n’y ait pas de preuve de l’efficacité pourvu que ce soit efficace, en effet qui va payer des études pour des remèdes à 2,35€ ?

@ Fred
Vous écrivez : « Un vrai médicament guérit tous le temps ». Sur quelle base scientifique repose votre affirmation ? Pouvez-vous citer une seule étude scientifique qui montre qu’un médicament est efficace à 100% ? Combien de patient sont obligés de retourner chez leur médecin car leur traitement est inefficace pour s’entendre dire : « si le(s) médicament(s) que je vous ai prescrit ne font pas effet, je vais vous changer de médicaments ». Si la médecine était une science exacte ça se saurait.

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