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Biélorussie : la dernière dictature d’Europe

dimanche 30 mai 2021, par Jules Devie

Le récent détournement d’un avion civil de la compagnie Ryanair dans l’espace aérien Bélarus est un acte extrême, de la part d’un État. L’avion, qui effectuait un vol Athènes - Vilnius (Lituanie), a été détourné par un appareil militaire Mig-29 qui a obligé l’équipage à se poser en urgence à Minsk, la capitale du Bélarusse. Officiellement, pour cause d’alerte à la bombe. En réalité, le dictateur Alexandre Lukashenko voulait arrêter un opposant politique en exil qui était à bord, Roman Protassevitch. L’avion est d’ailleurs reparti sans qu’aucune bombe soit découverte et avec un seul passager manquant à l’appel, l’opposant politique en question.

La Biélorussie est une ancienne république socialiste d’URSS devenue indépendante en 1991 à la chute de l’empire soviétique. Elle est dirigée par Alexandre Lukashenko depuis 27 ans, soit 3 ans après l’indépendance. Elle est aujourd’hui considérée comme « la dernière dictature d’Europe ».
Contrairement aux autres anciens satellites de l’URSS qui ont adopté l’économie de marché et la démocratie, la Biélorussie garde une forte identité communiste.

Lien avec la Russie

Le lien avec la Russie de Vladimir Poutine est très ambigu. D’un côté, les deux pays sont très proches économiquement et politiquement. La Russie est le pilier qui permet à la Biélorussie de ne pas s’écrouler, notamment grâce à des prêts avantageux et des exportations à bas coûts en gaz et en pétrole. Pour Vladimir Poutine, la proximité de ce territoire limitrophe représente un intérêt stratégique qui ne doit pas tomber aux mains des Occidentaux. Un rattachement de la Biélorussie à la Russie fût même envisagé en 1999 et pourrait avoir lieu très prochainement : l’Union qu’ils ont formée est censée être le prélude à une fusion. La Russie fut bien sûr le seul pays à soutenir le régime biélorusse critiqué par toute la communauté internationale pour ses pratiques antidémocratiques. Le gouvernement russe a par ailleurs déclaré, à propos de l’atterrissage forcé, qu’il n’avait aucune raison de mettre en doute les justifications données par les dirigeants Bélarusses.

D’un autre côté, les bavures de Lukashenko irriteraient Vladimir Poutine qui le voit comme un allié encombrant et incontrôlable. La récente crise provoquée par ce détournement d’avion pourrait le pousser à s’emparer de la Biélorussie un peu plus brutalement que prévu.

Protestations de 2020

Une vague inédite de contestation est survenue après l’annonce du résultat de l’élection présidentielle d’août 2020. Officiellement, Alexandre Lukashenko a remporté 80% des suffrages contre l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa mais dans la réalité, c’est la candidate qui aurait dû gagner. Elle s’était lancée en politique après l’emprisonnement de son mari, un opposant au régime qui a été empêché de se présenter à l’élection. Dans les bureaux de vote où les urnes n’ont pas été bourrées, elle a obtenu en moyenne 70% des voix, alors que les autorités ne l’en ont créditée que de 10% au total. Ayant contesté les résultats, elle a été contrainte à l’exil.
Des protestations s’étaient déjà élevées dès le mois de juin, après que Lukashenko eut arrêté des opposants. Le truquage des élections, s’ajoutant à la gestion catastrophique de la crise sanitaire, a fait déborder les colères.

Le gouvernement a coupé internet dans tout le pays pendant plusieurs jours dès la publication des résultats, mais des centaines de milliers de personnes se sont néanmoins réunies chaque dimanche dans les rues pour dénoncer le régime. C’est d’autant plus remarquable que Loukashenko n’a jamais cédé un pouce de terrain. Lorsque, l’été dernier, des ouvriers avaient osé l’affronter directement lors d’un de ses déplacements et que des rumeurs de transition couraient, le peuple bélarusse avait cru au départ du dictateur. Mais une répression féroce et ciblée sur les principaux adversaires du pouvoir, ainsi que de trop grandes divisions dans l’opposition, ont permis au régime de se maintenir. Près de 30 000 arrestations et 4000 cas de torture ont été recensés par l’ONU.

Les rassemblements ont été ensuite beaucoup moins importants. Les citoyens restaient majoritairement opposés au pouvoir, mais ils avaient peur de le faire savoir. Des mouvements de protestations similaires avaient déjà eu lieu en 2005 et en 2017, avec les mêmes espoirs déçus. Le peuple bélarusse manquera-t-il encore cette fois l’occasion d’accéder à la démocratie ?

Un défi pour l’Union européenne

La première réponse de l’UE aux élections truquées fut comme souvent bien timide. Le régime a été condamné dans des discours, quelques actifs financiers de pontes bélarusses ont été bloqués en Europe, ainsi que des titres de séjour, sans grandes conséquences. Le récent détournement de l’avion semble avoir un peu plus impressionné les leaders européens. Ils ont rapidement interdit l’espace aérien européen aux compagnies bélarusses. De nouvelles sanctions sont envisagées, visant cette fois l’économie du pays non seulement quelques dirigeants. Elles doivent être suffisamment précises et conçues pour s’attaquer au régime, mais sans affaiblir l’opposition de la société civile. C’est un gros défi pour l’UE.

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