Quoiqu’il n’ait pas été sérieusement évoqué durant ces semaines de campagne laborieuse, l’un des grands obstacles auxquels la France est confrontée aujourd’hui est sa dette publique. Il est théoriquement du ressort du Parlement mais un futur président ne peut faire l’impasse sur cette question.
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Est-ce un hasard si le programme d’Emmanuel Macron relègue les questions budgétaires en dernière page ? Elles sont très succinctement traitées et l’exigence de la réduction des déficits étant reconnue, c’est en responsabilisant les ministres sur leurs objectifs de dépenses qu’on entend économiser 60 milliards €. Nous craignons que ce soit un peu court, tant en quantité que dans les explications ! En effet, face à cela, c’est un florilège de dépenses supplémentaires que le candidat promet, renouant par là avec les promesses de François Hollande ou de Benoît Hamon.
Panique à bord ! En début de semaine dernière le spread entre les taux sur la dette souveraine à 10 ans française et allemande s’est écarté, jusqu’à 80 points de base. A tel point que le ministre des finances français Michel Sapin a cru devoir s’expliquer devant les marchés. Si le trou d’air s’est rapidement résorbé, faut-il rester pour autant serein ?
A en croire le Président de la République, « ça va mieux » : la courbe du chômage s’est inversée, la Sécu est à l’équilibre, la dette publique recule. On sait ce qu’il en est pour le chômage et la Sécu, mais, pour la dette, l’INSEE a annoncé qu’elle avait reculé de 10 milliards au troisième trimestre 2016. Ce chiffre est un leurre, car la dette va continuer à augmenter et sa charge sera insupportable lorsque les taux d’intérêt remonteront.
L’INSEE a publié le 30 septembre les chiffres de la dette publique française à la fin du second trimestre 2016 : 2 170,6 milliards d’euros, en hausse de 31,7 milliards en un trimestre, à 98,4% du PIB. Nous empruntons à des taux très bas, en raison de la politique de la BCE, mais un jour les taux progresseront et ce jour-là, la bombe de la dette explosera. Et les dégâts seront d’autant plus forts que les réformes n’auront pas été faites.
L’Unédic vient de publier un rapport sur les prévisions financières de l’assurance chômage pour la période 2016-2019, et le moins que l’on puisse dire est qu’elles ne sont pas encourageantes. La croissance est revue à la baisse sous l’effet du Brexit, le chômage devrait atteindre les 9,4 % à la fin 2016 pour augmenter à nouveau puis se stabiliser, et la dette devrait atteindre les 30 Md€ fin 2016, et jusqu’à 41,4 Md€ en 2019 ! Il existe pourtant des pistes de réforme pour résorber la dette de l’assurance chômage.
Dans son dernier rapport annuel sur les comptes de la Sécurité Sociale publié ce 20 septembre, la Cour des comptes souligne que les efforts consentis depuis 1993 (année de la réforme Balladur) par les salariés du privé ont permis un redressement financier significatif de leurs régimes de retraite. Toutefois, elle invite les partenaires sociaux à ne pas relâcher leurs efforts et à poursuivre les réformes, notamment en vue de résorber progressivement la dette inquiétante (70 milliards d’euros fin 2015!) accumulée à la fois par le régime de base et le Fonds de Solidarité Vieillesse.
Déficit de la Sécu : l’illusion du retour à l’équilibre des comptes
La ministre de la santé est très satisfaite de l’évolution des comptes de la sécu et prédit que le retour à l’équilibre « est à portée de mains ». Sans attendre les chiffres de la Commission des comptes de la sécu, Marisol Touraine annonce un déficit au plus bas. A quel prix et pour combien de temps ? Faute de réformes, le déficit reviendra bientôt, plus élevé que jamais.
Les politiques sont prompts à dépenser l’argent des autres, le nôtre[[cf. le petit ouvrage remarquable d’Emmanuel Martin, L’argent des autres, Les Belles Lettres]]. Ils savent aussi mieux que jamais faire des cadeaux qu’ils laisseront à d’autres le soin de payer. Le tour de passe passe du Trésor en est l’exemple le plus incroyable, mais pas le seul.
Année préélectorale et agitation sociale et estudiantine obligent : les promesses de nouvelles dépenses publiques s’accumulent. Mais Bercy croit aux miracles : cela ne pèsera pas sur les déficits publics. Tout vient pourtant démentir ces doux rêves.