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Sciences Po : qu’est l’Ecole libre des sciences politiques devenue ?

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Sciences Po est l’héritière directe d’une institution fondée en 1872 de la volonté d’Emile Boutmy : l’Ecole libre des sciences politiques. Dans une célèbre lettre du 25 février 1871, au lendemain de la défaite contre la Prusse, l’écrivain voulait répandre la « culture libérale supérieure ». Selon lui, seule l’initiative privée, « hardie, active et souple », était en mesure de le faire, et non pas l’État, qui avait « de la raideur dans la main ». L’Ecole fut constituée sous la forme d’une société par actions. Une bonne part des souscripteurs représentait les élites libérales et notamment le protestantisme libéral.

Mais la réussite de l’Ecole était trop éclatante aux yeux des républicains antilibéraux qui tentèrent de la nationaliser dès 1881. En effet, l’Ecole était, comme son nom l’indique, libre, ce qui veut dire qu’elle échappait au carcan du monopole de l’Université imposé par Napoléon. Rétrospectivement, cette tentative apparaît cependant comme le signe avant-coureur de la nationalisation de 1945. L’Ecole est alors soumise aux critiques virulentes de la gauche marxiste.

Le 20 février 1945, c’est un communiste (on ne dira jamais assez combien les réformes marxistes de 1944-1946 ont été désastreuses pour notre pays, même si une presse majoritaire continue de mythifier cette période qualifiée de « jours heureux » par le Conseil national de la Résistance), Georges Cogniot, qui dépose une proposition de résolution relative à la nationalisation de l’institution. Les communistes accusaient l’Ecole d’avoir été un repaire de vichystes, tandis que les socialistes mettaient en cause l’inacceptable libéralisme de ses enseignants et de ses élèves… sans se rendre compte du caractère contradictoire des propos !

Mais les socialo-communistes réussirent là où le Front populaire avait échoué. A la suite d’un rapport établi par Michel Debré (toujours les accointances gaullo-communistes…), l’Ecole fut intégrée le 9 octobre 1945 à l’université de Paris sous le nom d’Institut d’études politiques (IEP) concomitamment aux réformes de la fonction publique et à la création de l’Ecole nationale d’administration. L’IEP devenait le réceptacle du keynésianisme et de l’interventionnisme.

Aujourd’hui, et plus encore à la suite de la suppression du concours d’entrée à compter de 2021 qui a manifestement abaissé le niveau, les groupuscules gauchistes pullulent. De l’esprit de Boutmy, il ne reste maintenant qu’un amphithéâtre.


P.S. : L’auteur de ces lignes a enseigné dix années à Sciences Po l’introduction à la pensée libérale. Il renvoie à son ouvrage Exception française (Odile Jacob, 2020) et notamment aux développements consacrés aux atteintes portées à la liberté de l’enseignement supérieur.

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3 commentaires

J.C. BOUTE 2 mai 2024 - 6:48

Très bon article. Et très bonne question !

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Dr Guy-André Pelouze 2 mai 2024 - 5:11

Bravo. Une histoire Française. Et une illustration itérative de la compromission gaulliste.
L’ Alliance gaullo-communiste c’est le PCF en roue libre qui va occuper l’état. Nationalistions, CEA, statut de la Fonction publique ENA etc.
Les seuls qui se sont débarrassés des communistes sont les islamistes.
Les seuls qui ont maîtrisé les communistes sont Patton et Reagan.
Et aujourd’hui nous n’avons pas dépassé cette compromission.
Le Bade Godesberg n’est même plus d’actualité.
Il faut sauver la liberté.
Et la racine la plus grosse qui nourrit cette démocratie illibérale est la Constitution qui protège l’état et ses apparatchiks, les monopoles du Bien sanctifiés et interdit aux individus de décider de leur vie.

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philippe 3 mai 2024 - 11:38

les dégâts de la période 42-46 sont assez impressionnants en effet, si l’on veut retrouver liberté et prospérité c’est tout ce qui a été mis en place pendant cette période que l’on doit supprimer !!!

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