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Non, les “superprofits” des laboratoires ne sont pas indécents

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Moderna Therapeutics, une entreprise américaine spécialisée en biotechnologies, a vendu des vaccins Covid pour 18 milliards de dollars en 2022 (soit 17,12 milliards d’euros). Cela représente des milliards de profits jugés indécents par la People’s Vaccine Alliance, une coalition de diverses organisations qui lutte contre les inégalités vaccinales dans le monde.

Un jugement moral qui repose sur deux postulats erronés : les bénéfices de Moderna sont des “surplus” versés directement dans la poche des dirigeants ; les entreprises de biotechnologie ne sont pas des entreprises comme les autres. À la croisée entre les sciences naturelles et les sciences de l’ingénierie, les entreprises comme Moderna doivent investir en permanence dans la recherche médicale, en plus d’engager des dépenses élevées dans du matériel coûteux. L’exemple de l’ARN messager pour la lutte contre le sida, les cancers cutanés, les maladies cardiovasculaires ou encore les maladies rares est particulièrement probant. En 2023, Moderna a investi près de 4,5 milliards de dollars en R&D (recherche et développement) – contre 3,3 milliards l’année dernière.

Les profits sont généralement le fruit d’investissements et d’initiatives privés et pertinents, plus fréquents dans un contexte réglementaire favorable. Le directeur général de l’entreprise de biotechnologie, Stéphane Bancel, est un Français exilé aux Etats-Unis – un pays qui bénéficie d’une recherche de pointe soutenue par des entreprises et des fonds privés, et qui ne souffre pas de contraintes réglementaires aussi lourdes qu’en France pour la commercialisation de produits. L’approche de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, est bien différente de son équivalent français, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : elle ne subventionne pas, mais facilite les démarches administratives.

On peut déplorer que Moderna ait choisi les Etats-Unis pour réinvestir ses profits. Il est pourtant facile de comprendre un tel choix stratégique : les laboratoires français sont les plus taxés d’Europe, selon la dernière étude de PwC sur la fiscalité de l’industrie pharmaceutique.

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2 commentaires

GNA46 31 janvier 2023 - 10:40

Moi qui ne comprend absolument rien en « économie » je m’interroge tout de même en lisant vos propos, et lorsque vous nous annoncez que Moderna à généré en 2022 pour 18 Md de $ de bénéfices, et a réinvestit pour 4.5 Md de $ en 2023 pour sa R&D (recherche et développement)
Mais alors, que sont devenus les 13.5 Md de $ de la différence arithmétique basiquement faite ?… Ceci m’intéresse tout autant pour admettre qu’effectivement, ces laboratoires ne travaillent pas que pour le profit de leurs actionnaires.

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PhB 31 janvier 2023 - 11:46

De la modération s’impose.
Ayant travaillé 40 ans dans une entreprise qui fournit de l’instrumentation scientifiques à ces entreprises, j’ai eu des contacts avec le personnel sur place.
Une par belle est faites à beaucoup d’étudiants en thèse ou autres qui travaillent pour ces entreprises, à prix réduit. Ces étudiants ayant été formés de nombreuse années par l’Etat, il serait normal que le fruit de leurs travaux quand il s’agit de domaines « clefs », soit également en partie reversé à l’Etat.
Pour ces boites, c’est de la main- d’oeuvre pas chère.
PhB

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