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Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida

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C’est une nouvelle démonstration de force de la recherche pharmaceutique américaine. Moderna Therapeutics, la start-up médicale qui a déjà fourni un vaccin contre le Covid-19, vient de lancer les essais cliniques d’un vaccin à ARN messager (ARNm) contre le sida ! Une véritable prouesse qui pourrait changer la vie d’une grande partie de la population mondiale. Et ceci grâce au talent d’un Français exilé aux Etats-Unis.

L’ARN messager, la technologie de tous les possibles

La société de Stéphane Bancel, PDG de Moderna, a commencé dès le 19 août dernier les essais sur l’homme de ses vaccins contre le VIH. Nommés mRNA-1644 et mRNA-1644v2-Core, ils ont tous les deux passé les premiers tests de sécurité. Utilisant la même plateforme d’ARNm que le vaccin contre le COVID-19, les essais randomisés portent sur 56 participants séronégatifs âgés de 18 à 56 ans. Selon le registre des essais cliniques du National Institutes of Health, ces essais devraient se terminer au printemps 2023, soit une période de test d’un an et demi.

Les tentatives de mise au point d’un vaccin contre le VIH se poursuivent depuis des décennies, sans grand succès. Beaucoup ont atteint le stade des essais, mais la plupart des produits se sont ensuite révélés trop peu sûrs pour que l’on puisse espérer les rendre efficaces, même de façon modeste.

Le candidat probablement le plus sérieux, un vaccin testé en Thaïlande dans les années 2000, a permis de réduire les infections d’environ 30 %, mais les résultats ont été contestés par certains scientifiques. L’essai d’un autre vaccin a été arrêté lorsqu’on a constaté qu’il pouvait augmenter les risques d’infection au lieu de les prévenir… Le candidat ARNm surgit donc comme un challenger très prometteur.
Il pourrait en effet présenter certains avantages par rapport aux méthodes plus traditionnelles, et cela en raison de la nature du VIH, un virus qui a rapidement muté en de nombreux variants au fil des décennies.

Selon le Dr Rajesh Gandhi, expert en maladies infectieuses et président de l’association de médecine du VIH, « La plateforme ARNm permet de développer facilement des vaccins contre les variants, car il suffit simplement de mettre à jour les séquences codantes de l’ARNm qui coderont ensuite les caractéristiques d’un nouveau variant ». Il ajoute : « Compte tenu de son succès dans la protection contre le COVID-19, j’ai bon espoir que la technologie de l’ARNm révolutionne notre capacité à développer des vaccins contre d’autres agents pathogènes, comme le VIH et la grippe ».

Contrairement à ce que pensent certains, l’ARN messager n’est pas une nouveauté. Certes, les vaccins contre le coronavirus de Moderna et BioNTech sont les premiers à utiliser cette technologie médicale. Mais le concept d’ARNm a été émis puis son intérêt a été démontré par Jacques Monod, François Jacob et leurs collaborateurs de l’Institut Pasteur en 1961, soit il y a 60 ans !

Moderna travaille sur le traitement de beaucoup d’autres maladies à l’aide de l’ARNm. Sa maîtrise des processus devrait, dans les prochaines années, conduire à la mise au point de nombreux vaccins.

Le VIH, un fléau mondial

Pour mesurer l’impact que pourrait avoir l’arrivée sur le marché pharmaceutique d’un vaccin contre le VIH, il faut se rappeler l’ampleur du sida dans le monde. Selon les chiffres de l’ONUSIDA, 37,7 millions de personnes vivaient avec le VIH en 2020, dont 1,5 million récemment infectés. Toujours en 2020, 680 000 personnes en sont mortes. Au total, depuis le début des années 80, on a enregistré 36,3 millions de décès sur 79,3 millions de personnes infectées.

Depuis que le VIH a été détecté et reconnu comme tel vers 1981 (il aurait sévi en Afrique centrale bien avant mais sans être identifié), des douzaines de médicaments antirétroviraux ont été trouvés, améliorés, pour le traiter. Ils ne font cependant que le contrôler : il s’agit d’une association d’au moins trois médicaments qui empêche le VIH de se multiplier mais ne l’élimine pas.

On voit les immenses bienfaits que pourrait apporter un vaccin contre le sida. On pourrait même envisager que sa propagation soit stoppée dans un avenir pas trop lointain et qu’il soit définitivement éradiqué, comme l’ont été bien d’autres maladies grâce aux vaccins.

Aurait-il pu être trouvé en France ?

L’exil nécessaire d’une recherche française en décrépitude

De toute évidence, non. Si Moderna est une entreprise qui a réussi, c’est grâce aux investissements privés, à la Bourse et à l’appui de l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux qui ne subventionne pas, mais facilite les démarches administratives et de commercialisation. Un climat de recherche et d’innovation bien plus attrayant qu’en France, temple du principe de précaution.

Dans notre pays, la recherche subventionnée du CNRS rapporte peu. Les laboratoires pharmaceutiques sont en outre soumis à de fortes normes, réglementations et impositions qui brident l’innovation.

Notre système universitaire est également en cause. En 2020, aucune université française n’a intégré le top 50 du classement de Shanghai en santé publique ; seulement deux en pharmacie et une en biologie. Les chercheurs français ne gagnent en début de carrière que 63% du salaire moyen de leurs confrères dans l’OCDE. Conséquence : une fuite des meilleurs, comme Stéphane Bancel et des milliers d’autres, surtout vers les Etats-Unis.

Qui plus est, notre pays a mal négocié le virage technologique du secteur. De 1995 à 2008, il était, en valeur, le premier producteur européen de médicaments. En 2017 il se retrouve à la 4e place, et sa position risque encore de chuter dans les années à venir.

On comprend pourquoi M. Bancel a décidé il y a quelques années de quitter la France, dont les laboratoires ont perdu la course à l’innovation, comme l’a prouvé la crise sanitaire du Covid-19. Et quand une start-up nantaise, Valneva, réussit à trouver un vaccin contre le coronavirus, c’est grâce à la Grande-Bretagne, un comble ! Si l’Etat souhaite décourager tout projet de recherche médicale en France, il s’y prend de la bonne manière.

Un vaccin contre le VIH serait évidemment un grand pas dans la recherche médicale, un grand pas pour la santé mondiale. Que cet espoir soit dû à un de nos chercheurs, forcé à l’exil pour réussir, est bien représentatif du « Mal français ». Pourrait-on lui demander de plancher en urgence sur un vaccin contre l’étatisme ?

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8 commentaires

François MARTIN 23 août 2021 - 5:47

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
La Cinquième République française, est en situation d’échec depuis plus d’un demi-siècle :

Crise de l’agriculture, crise de l’aménagement du territoire et de l’environnement, crise de l’apprentissage, crise de l’artisanat, crise de l’Administration, crise de l’enseignement, crise de l’immigration, crise de l’industrie, crise de la justice, crise du logement, crise du maintien de l’ordre, crise de la médecine, crise de la pêche, crise des prisons, crise du système social, chômage de masse, insécurité…

La “crise de tout“ a eu un impact impressionnant sur la vie des Français : “De 1975 à 2019 la France est passée du 5ème au 26ème rang mondial pour le niveau de vie par tête“. (Jacques de Larosière. 40 ans d’égarements économiques. Éditions Odile JACOB).

On ne voit vraiment pas pourquoi la recherche française échapperait à ce bilan catastrophique.

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Aymeric Belaud 23 août 2021 - 1:24

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
Bonjour et merci pour votre commentaire !

Nous recommandons, tout comme vous, la lecture de l’excellent livre de Jacques de Larosière.

Vous pouvez d’ailleurs retrouver notre chronique sur cet ouvrage : https://fr.irefeurope.org/Publications/Chroniques-de-livres/article/France-hausse-des-depenses-publiques-baisse-du-niveau-de-vie

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Dr Guy-André Pelouze 23 août 2021 - 8:34

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
Excellente mise au point.
Avec l’étatisme forcené de la France des CERFA et des zénark une autre « novation » est intervenue défendue bec et ongles par « toute la classe politique »: la nomination à vie sur des arguments d’autorité dans des fonctions comme la recherche, le développement, l’enseignement et même la pratique médicale. Tout cela bien sûr au sein d’organismes vivant de la manne étatique.
Ce système vient d’exploser mais la déflagration va durer longtemps.

Cette situation est un déclassement pour une nation précédemment compétitive dans les domaines de la science, l’ingénierie, la technologie et les mathématiques.
Il ne faut rien réformer car c’est impossible.
Il faut simplement libérer le pays des monopoles et en particulier celui des Universités d’état.
Un retour à la Renaissance ou même bien avant aux Écoles qui vivaient de leurs moyens propres. Et tout repartira car nous avons les ressources humaines pour jouer dans la compétition mondiale.
1/ des Universités libres
2/ le chèque éducation dans le primaire et le secondaire
3/ un capital risque avec une flat tax a 0% sur la plus value de la vente d’actions d’une entreprise
4/ un moins disant massif sur la réglementation de la recherche clinique et des délais imposés très court sur les autorisations.
C’est possible mais il faut balayer les débris du modèle qui d’ores et déjà détruit et inefficient.
Attention 2022 arrive et ceux qui n’ont rien fait de tout cela vont essayer de faire croire aux Français que cette fois ils vont faire.
Soyez bayésien, la p (de changement) avec les mêmes politiciens que ces 40 dernières années est directement déterminée par les changements réussis dans le passé. Le théorème de Bayes nous indique que c’est proche d’epsilon cube…

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Aymeric Belaud 23 août 2021 - 1:21

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
Bonjour et merci pour votre excellent commentaire.

En effet, la libération du pays est la clef du redressement !

Je vous invite à lire mon étude intitulée « Libérer l’université française pour la rendre plus compétitive »
https://fr.irefeurope.org/Publications/Etudes-et-Monographies/article/Liberer-l-universite-francaise-pour-la-rendre-plus-competitive

Bien à vous

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PICOT 23 août 2021 - 10:10

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
Il y a longtemps que les cerveaux quittent la France où rien n’avance en raison de réglementations et contraintes administratives pléthoriques. Bien sur que l’ARNm est connu depuis des décennies. Il est expérimenté en traitement de maladies graves (cancers, myopathies), avec pas mal de casse, mais il s’agit là de maladies très graves et les risques sont, de ce fait, acceptables. Pour le Sida il faut rappeler qu’un traitement très efficace existe actuellement. Il est d’autre part tout à fait surprenant, puisque cette technique ARNm est connue depuis longtemps, que l’on se préoccupe seulement maintenant de l’utiliser pour mettre au point un vaccin contre le Sida. Quelque chose ne paraît pas clair dans cette histoire.

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Aymeric Belaud 23 août 2021 - 1:18

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
Bonjour,

Certes des traitements existent, mais un vaccin permettrait de ne pas être infecté par le Sida, permettant ainsi d’éviter des traitements parfois lourds pour l’organisme. Une véritable aubaine pour la santé publique de plusieurs pays africains notamment.

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Obeguyx 23 août 2021 - 7:58

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
Vaccin ? Vous avez dit vaccin. Un vaccin devrait vous protéger pour quelques années, à minima, voire pour toute votre vie. Sinon, ce n’est pas un vaccin : c’est de la poudre de perlimpinpin, comme la politique. Le fric, le fric, il n’y a que ça qui compte et nos mafieux qui tirent toutes les ficelles ne sont pas prêts de lâcher. Dormez braves gens, ils veillent sur vous.

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John 27 août 2021 - 8:56

Après le COVID-19, la start-up Moderna s’attaque au sida
Vous dites à propos des vaccins , que la France est « le temple de la précaution » , en êtes-vous si sûr ?A regarder de près l’on peut en douter !!Même pas une chapelle, encore moins un oratoire . Un grand bazar certainement …

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