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Le livre noir de Vladimir Poutine, sous la direction de Galia Ackerman et Stéphane Courtois

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Un livre de référence sur Vladimir Poutine et le poutinisme. C’est comme cela que l’on peut qualifier l’ouvrage collectif dirigé par Galia Ackerman et Stéphane Courtois, Le livre noir de Vladimir Poutine. L’historienne spécialiste du monde soviétique et russe, et l’historien du communisme, maître d’œuvre du formidable Livre noir du communisme (1997) viennent répondre à plusieurs questions : qui est Vladimir Poutine ? Comment fonctionne-t-il ? Pourquoi agit-il de cette manière ?

Composé de trois parties divisées en 20 chapitres, le livre rassemble une dizaine de spécialistes, des historiens, politologues, de nationalité française, russe, ukrainienne ou encore géorgienne. On compte notamment la présence de Françoise Thom, historienne et fine connaisseuse de la Russie et de l’URSS, auteur notamment de Comprendre le Poutinisme (2018). Cette diversité des auteurs permet une pluralité des angles de vues sur le régime poutinien.

Nicolas Tenzer détaille notamment les différentes actions du régime russe pour déstabiliser l’Occident sur tous les continents, « de la corruption systémique à la guerre ouverte, des cyberattaques à la guerre de l’information, de l’attentat de type terroriste à la pénétration des milieux de pouvoir et cercles intellectuels, sans parler de l’utilisation de l’arme énergétique ou de celle de la famine » (p. 170). Toutes les actions qui ne relèvent pas de la guerre ouverte servent à « dissuader toute action des démocraties libérales devant les actes de guerre ». M.Tenzer rappelle que la propagande russe ne vise pas nécessairement à susciter l’adhésion aux actions de la Russie, mais surtout à les minimiser. On obverse très bien cela sur les réseaux sociaux notamment, terrain de jeux de la propagande du Kremlin. Contrairement au récit poutiniste, l’OTAN a en réalité toujours tendu la main à Moscou et a accepté tous les compromis possibles au-delà même de l’acceptable. Nicolas Tenzer affirme « qu’une Russie coopérative et démocratique aurait sans doute fini par la rejoindre » (p. 179).

Vladimir Poutine, décrit comme un Homo sovieticus, est disséqué dans tous les sens : de sa psychologie à sa nostalgie « KGBiste » et soviétique, de sa façon de gouverner et de maintenir son pouvoir à l’image qu’il renvoie de lui à sa dialectique, etc. Tout cela l’a notamment amené à réécrire l’histoire de la Russie et de l’URSS jusqu’à créer une sorte de « mythologie poutinienne » gavée de faux faits issus de la propagande du KGB et d’interprétations fortement douteuses (justifiant notamment certains massacres) livrées dans les manuels scolaires des jeunes russes. Poutine utilise la « Grande Guerre patriotique » pour en faire l’un des fondements de la nouvelle identité russe.

Il est à la fois chef d’Etat, des oligarques, et quelque part aussi de l’Orthodoxie. Antoine Arjakovsky démontre comment Poutine utilise la religion orthodoxe, et la servilité de cette dernière. L’Eglise Orthodoxe de Russie a plus ou moins toujours été manipulée par l’Etat Russe, que cela soit dès la création du patriarcat de Moscou en 1448, après sa transformation en 1721 sous Pierre Ier ou encore sous le régime communiste. Certains propos de Poutine, qui a pourtant participé avec le KGB à des actions antireligieuses, sonnent comme ceux des intégristes. M. Arjakovsky rappelle qu’en 2018 à Sotchi, Poutine déclara « qu’en cas de conflit nucléaire, l’agresseur de la Russie mourrait sans même avoir le temps de repentir » et que les Russes n’auraient rien à craindre car selon lui, « nous irons au paradis en martyrs » (p.380).

Dans un chapitre, Mykola Riabtchouk et Iryna Dmytrychyn font état de l’obsession de Poutine et d’une partie de la Russie moderne envers la question ukrainienne. Le terme de dénazification trouve notamment ses sources dans un article de Timofeï Sergueïtsev, véritable manuel de génocide de la nation ukrainienne. Pour lui, et cela peut expliquer pourquoi les élites russes parlent de cette façon, « un nazi est un Ukrainien qui refuse de devenir russe » (p. 198).  Selon Sergueïtsev, « la dénazification sera inévitablement aussi une désukrainisation » car l’Ukraine n’existe pas, seules existent la Petite et la Nouvelle Russie (Malorussia et Novorussia). Il affirme également que l’Occident est le concepteur et le sponsor du nazisme ukrainien et que, in fine, « la dénazification de l’Ukraine est aussi inévitablement une déseuropéanisation » (p. 200).

Si le sujet ukrainien est d’actualité et occupe une partie de cet ouvrage, les auteurs rappellent également les exactions russo-poutiniennes exercées à l’encontre de la Tchétchénie et de la Géorgie, 20% du territoire géorgien est d’ailleurs toujours occupé par la Russie. Thorniké Gordadzé écrit dans le chapitre consacré à cette dernière qu’elle a été perçue comme une anomalie (décrite de cette façon par Segueï Lavrov) à partir du moment où les dirigeants élus, notamment Saakachvili à partir de 2004, ont souhaité prendre leurs distances avec la Russie et assainir leurs élites en luttant contre la corruption, en remplaçant les fonctionnaires de formation soviétique, en luttant contre la mafia, etc (p. 148).

Pour les auteurs, Poutine a estimé que la fin du régime soviétique et l’éclatement de l’URSS ont été une catastrophe. C’est pour cela qu’il s’attache à « reconstruire un édifice fantasmé et centré sur trois délires idéologiques » (p. 397) :. le rétablissement de l’URSS basé sur le déni de l’échec du régime communiste, le fantasme des frères slaves et des peuples frères ainsi qu’une mythologie de la Grande Russie des Tsars.

Le livre se conclut par un rappel : une fois la guerre en Ukraine terminée, l’agresseur (russe) doit payer pour ses méfaits. Cette « punition » (remboursement du montant des dégâts, libération totale du territoire ukrainien, retour chez eux des enfants ukrainiens déportés en Russie, etc.) doit permettre de réveiller la conscience des russes. Car ce n’est pas uniquement la guerre de Poutine : 70% des russes soutenaient cette guerre six mois après le début des combats (p.402), convaincus par la propagande continuelle, la désinformation et la censure du régime poutinien. En somme, la Russie sera sauvée quand elle en finira avec le soviétisme. A ce moment-là, ses voisins et l’Occident pourront respirer.

Documenté, parfaitement argumenté, dénonçant les réseaux de Vladimir Poutine en Occident et répondant à toutes les saillies du récit poutinien comme le mythe de l’humiliation de la Russie par l’Occident, c’est un livre majeur de décryptage du régime russe actuel. Un incontournable de 2022. Ainsi, nous ne pouvons que conseiller à nos lecteurs de se procurer cet ouvrage.

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1 commenter

B.GERMAIN 12 novembre 2022 - 11:30

Remarquable ouvrage. Mégalomanie, PSYCHIATRIE et concupiscence !
Sur la scène mondiale des « chefs d’état », on les compte par dizaines.
En premiers rôles sur le devant de la scène, le russe cinglé, à ses côtés, Kim Jong-Un (le nord-coréen) Assad en Syrie, le chinois Xi Jinping, le type du Vénézuela, et à l’arrière, les potentats africains. Ah ! si ! J’oubliais le charmant tueur iranien Ebrahim Raïssi. Belle et fraternelle cohorte de monstres ! Et enfin, tous les « voilés » du cerveau !
Finalement, on en revient toujours au terrible Valais suisse ou à l’Engadine dans ses belles montagnes.
Quel foutoir ce monde !

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