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« De poudre, de soufre et d’encens », par Pierre de Feydeau

par Brigitte Clavel

Plutôt anti-héros, car ses relations parentales et amoureuses ont fini par en faire un faible, Paul, jeune bourgeois parisien, s’engage sur un coup de tête dans une milice chrétienne pour combattre Daech avec l’espoir de retrouver Maryam, une Syrienne chrétienne qu’il a lâchement abandonnée. Le voilà parti pour la Syrie après moult hésitations car combattre aux côtés des forces d’Assad, n’est-ce pas être complice d’un dictateur omnipotent ? Sa charnelle attirance pour Jelena, la blonde croate qui fait partie de l’équipée, va-t-elle finir par effacer  le crucial souvenir de la brune Maryam ? L’angoisse va crescendo. Après la découverte d’un paysage crasseux, des ruines de monastères chrétiens qui contrastent avec la riche Tartous, Paul, parfait symbole de la jeunesse, passionné de liberté et de justice, découvre l’horreur des prisons d’Assad comme celles de Daech, avant de lui-même en subir le martyr. Quand Vadim, son rival russe, s’acharne avec sadisme  sur la femme sacrificielle de Raqqa, son écœurement est tel qu’il ne reste en lui plus que haine et désir de vengeance. Une lente descente aux enfers va-t-elle mener Paul à la folie ou en faire un héros ? Le style est celui d’un jeune écrivain, qui sait scander ses sentiments fluctueux mais toujours sincères par de belles anaphores, être tout à la fois argotique, humoristique, amoureux de l’amour, et même mystique. Il nous transporte dans un pays sale où les statues de Marie ont disparu à jamais au profit de portraits de propagandes. Le lecteur se retrouve aux côtés d’un Paul brisé physiquement au fin fond de prisons successives ou ballotté sur des voies défoncées entourées d’un maquis indomptable.. P. de Feydeau allie réalisme et lucidité sur les effets des guerres qui pervertissent les consciences et font de l’homme un loup pour l’homme. Paul, le fragile,  saura-t-il résister au lavage de cerveau et aux chantages ? Saura-t-il accueillir Celui qui porte secours à l’improviste ? En attendant, l’écho de son chant persiste : « Que tu es belle, Syrie, déesse fardée de crimes… », tout en offrant au lecteur un magnifique tableau christique. Livre d’une grande lucidité sur le cours des évènements en Orient, la folie des hommes et la grâce divine.

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