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Les Français au travail : totalement désengagés ! Et si l’État était aussi responsable ?

par Philbert Carbon
La « grande démission » n’arrête pas de faire couler de l’encre. Dans Les Échos du 8 septembre, Jean-Marc Vittori, s’appuyant sur les données de la Dares (ministère du Travail), affirme qu’un million de Français ont abandonné leur CDI en six mois, « 20 % de plus qu’avant l’épidémie ».

« Attention, vos salariés deviennent des mercenaires »

Vittori, reprenant les propos des chercheurs de la Dares, souligne que ce taux de démission « est élevé mais pas inédit ». Rien qu’au XXIe siècle, ce taux a été plus élevé en 2001 et en 2008, lors des pics de croissance de l’économie. Puis, il a chuté « pratiquement de moitié, lorsque l’activité s’est calmée. La récession qui se profile pourrait donc enrayer la bougeotte ».

Mais Vittori pense que le covid a tout changé et que les employeurs vont devoir être particulièrement imaginatifs pour fidéliser leurs salariés et attirer de nouveaux talents. C’est sans doute pour cela que l’on voit se multiplier, ces dernières années, des initiatives comme la gratuité du restaurant d’entreprise du petit déjeuner au dîner, les services de pressing et les salles de sport implantés dans les entreprises, les vacances illimitées, etc. Ce que dans la Silicon Valley, on appelle les perks (voir à ce sujet la vidéo de Luc Julia, un des pères de Siri). Mais tout cela ne mène pas à grand-chose puisque la « grande démission » frappe aussi les entreprises les plus généreuses en perks (ou avantages). D’ailleurs, dans la même édition des Échos, Muriel Jasor fait état d’une étude d’UKG, fournisseur mondial de solutions RH, qui « pointe que 65 % des démissionnaires français regretteraient déjà leur ancien employeur ». L’herbe n’est donc pas toujours plus verte ailleurs !

Selon Jean-Marc Vittori, c’est le management qu’il faudrait changer. Les employeurs n’auraient pas d’autre choix que d’associer les salariés « plus profondément à l’entreprise, les ‘intéresser’ pas seulement à l’argent mais aussi aux objectifs de l’entreprise et aux moyens de les atteindre. Sinon, ils deviendront vraiment des mercenaires à l’ancienne, dénués de toute forme d’attachement ».

Jon Clifton, le CEO de Gallup, ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit que les managers doivent davantage écouter et coacher leurs collaborateurs, leur apprendre à se développer, leur donner le sentiment d’être vraiment concernés par ce qu’ils sont et font, bref les aider à s’épanouir au travail.

Cette analyse n’est pas fausse, mais elle fait porter la responsabilité de l’engagement des salariés sur les seules épaules des dirigeants et managers d’entreprise. C’est un peu court, nous semble-t-il.

Les salariés français parmi les moins engagés au monde

Pour tenir de tels propos, Jon Clifton s’appuie sur la dernière enquête de Gallup, intitulée « State of the Global Workplace 2022 Report », qui fait le point sur l’engagement au travail (c’est-à-dire l’implication et l’enthousiasme que montrent les employés dans leur travail et sur leur lieu de travail).

Les salariés sont classés par Gallup en trois catégories :

  • les engagés : très impliqués et enthousiastes, ils participent activement à l’innovation et aux performances de l’entreprise et font avancer l’organisation ;
  • les non engagés : ils ne sont pas attachés à leur travail, ni à leur entreprise ; ils y consacrent du temps, mais pas d’énergie ni de passion ;
  • les activement désengagés : ils ne sont pas malheureux au travail, mais sont insatisfaits et sapent potentiellement ce que leurs collègues engagés accomplissent.

Gallup estime que le manque d’engagement coûte à l’économie mondiale 7 800 milliards de dollars américains et représente 11 % du PIB mondial ! Son analyse, qui s’appuie sur plus de 100 000 entreprises dans 96 pays, révèle en effet un lien étroit entre l’engagement des collaborateurs et les résultats en matière de performance de l’entreprise.

Dans le monde, seulement 21 % des salariés seraient engagés. Les écarts sont, on s’en doute, importants d’un pays à l’autre. Aux Etats-Unis, 35 % des employés sont engagés. En Europe, c’est la Roumanie qui se distingue avec 33 % des salariés engagés au travail. Suivent ensuite nombre d’anciens pays du bloc de l’Est et les pays du nord du continent avec des taux compris entre 25 % et 20 %. La France est avant-dernière du classement européen avec 6 % des salariés qui sont engagés, juste devant l’Italie (4 %).

Peu de pays dans le monde ont un taux aussi faible que la France et l’Italie : l’Algérie est à 7 %, Hong-Kong à 6 %, le Zimbabwe et le Japon à 5 %. Peut-être que les entreprises de tous ces pays ont un mauvais management – c’est probablement en partie le cas au Japon (voir « Stupeur et tremblements » d’Amélie Nothomb) – mais il est indéniable qu’en Algérie, au Zimbabwe et à Hong-Kong, les perspectives politico-économiques du pays doivent jouer sur le moral des citoyens et, par conséquence, sur leur engagement au travail.

Une corrélation entre l’engagement des salariés et la liberté économique ?

Et si c’était aussi le cas en France ? En Europe, la France et l’Italie sont mal placées dans le dernier rapport sur la liberté économique établi par le Fraser Institute. Ils se trouvent tous deux dans le deuxième quartile du classement, respectivement aux 54e et 44e places.

En France, avec un coût du travail exorbitant, une fiscalité qui rogne les marges des entreprises et les empêche d’investir, un droit du travail qui dissuade bien des bonnes volontés, des réglementations et tracas administratifs en tout genre…, on peut imaginer que là où l’entreprise aurait besoin de 10 collaborateurs, elle n’en embauche que 9. La charge de travail s’alourdit alors pour chacun générant fatigue, stress, énervement, etc., y compris chez les managers.

Alors, s’il est fort possible que le management français suscite un désengagement chez les salariés, il est  probable que l’État y ait aussi sa part. Réduire le poids de la fiscalité, des normes et des réglementations redonnerait assurément du souffle aux entreprises et, conséquemment, à leurs collaborateurs.

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10 commentaires

Vanney 16 septembre 2022 - 6:08

La corrélation avec le taux de fonctionnaire et assimilés semble oubliée

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Philbert Carbon 16 septembre 2022 - 11:49

Vous avez raison : les fonctionnaires et assimilés sont sans doute parmi les plus désengagés…

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Marcel 16 septembre 2022 - 6:30

L.instaration des 35 heures a modifié le regard porté sur le travail et les aides diverses au non travail en ont élargi la portée
Mj

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Laurent46 16 septembre 2022 - 6:41

On ne peut pas entendre et surtout voir la disponibilité et le peu de temps de travail de la grande moyenne des services publics à 20 h, de donner des RTT des vacances parentales etc. sans que cela ne puisse avoir de graves conséquences.
Reste les médias j’ai déjà dit que ce sont des organismes devenus dangereux, à chaque périodes de vacances scolaires de jours fériés ou de pont les entendre 24/24 images à l’appui la France qui part en vacances. Mettez-vous à la place de ceux qui dans le privé ne sont pas à cette enseigne là. Et puis il y a la politique, qui se prend elle aussi de grande largesses et qui pense toujours que l’économie et la richesse d’un pays se fait sur les loisirs. Nouveau, le télétravail, le temps partagé et adapté aux individus qui peut se permettre cela en dehors des services publics une fois de plus et de toutes ces entreprises basés sur le service à la population ou à la personne dans lesquels on retrouve les médias, mais aussi les assurance et autres service dont la République en a le secret. Tout cela à un coût et je voudrais que l’on me dise comment payer tout cela dans un pays le plus taxé au monde et en passe d’avoir le plus grand déficit par personnes. Et une fois de plus, l’Etat, les médias et les publicitaires continuent à promouvoir cette situation. La République à un fonctionnement gauchiste du plus pur effet de choses qui n’ont jamais fonctionné dans aucun pays au monde sauf dans les dictatures qui font trimmer la majorité pour une minorité qui s’en met plein les poches. Malheureusement c’est un virus sans vaccin qui a piqué l’Europe et une bonne partie de l’UE qui du haut leur grandes prétentions restent persuadés que l’argent gratuit est l’avenir de la société.

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Almaviva 16 septembre 2022 - 9:16

Très bonne analyse de LAURENT 46 à laquelle je souscrit entièrement ! Ce qui pourrait nous sauver ce serait de d’abattre ce système étatique actuel qui ressemble de plus en plus à l’ex URSS, pour mettre en place un système libéral tel qu’il existe dans d’autres pays qui s’en portent beaucoup mieux, telle la Suisse par exemple !

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vivien 16 septembre 2022 - 12:59

surement que les charges et reglemntations ont un impact, mais je sui désolé , apres 40 ans de mamnagement dans l’industrie je constate auprès de mes anvien colaborateurs que le comportement des nouveaux managers est lamentable; pas d’esprit d’équipe, on ne dit bonjour a personen pas la moindre mot d’encouragement, pas de sollicitudes, etc…. alors cherchez l’erreur

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Obeguyx 16 septembre 2022 - 1:00

C’est beau le rêve. L’Etat et ses sbires aux manettes sont TOUS responsables et coupables de ce que le peuple vit. Ils doivent rendre des comptes et le peuple doit les exiger par la force si besoin est. Sans oublier de remonter sur les 40 dernières années (Il y a des Fabius, Juppé, Attali, Sarkozy, Fillon, Hollande, Macron et bien d’autres dont les biens devraient être saisis et les avoirs gelés en attendant les verdicts, mais qui aura ce courage ?).

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PhB 17 septembre 2022 - 2:22

Bonjour
C’est exactement ça!
Entré en 1981 et 38 ans passés dans la même entreprise.
Les premières années, on se sentait réellement acteur de la vie de celle-ci.
C’était un peu notre seconde famille.
Parti, en retraite en juillet 2019, j’ai pu faire un super pot de départ en invitant à la Cafétéria (avec service d’un traiteur) 140 collaborateurs avec qui j’étais ou ai été en très bonne relation, même le PDG qui m’avait embauché et mon premier supérieur hiérarchique, sans oublier les « petites mains » dans les ateliers.
J’ai eu ainsi de très beaux témoignages, du président actuel, d’autres responsables passés et de certaines petits mains également.
Un moment très fort avec quelques photos souvenirs.
Par contre je n’ai pas invité le Grand Staff allemand (qui, heureusement était en congés: le jour de la Fête Dieu).
Il n’ y a pas un mot non plus pour l’équipe au USA qui tire les ficelles
La belle ambiance des débuts, qui a complètement disparue avec la « mise en Bourse » début des années 2000, est revenue pour quelques heures, un jeudi après-midi.
Eh! OUI!, faudrait peut-être revenir aux anciens concepts de travail, nous éloignant de ce côté mercenaire qui fait qui fait qu’aujourd’hui, le salarié se préoccupe principalement du chiffre en bas à droite de sa feuille de paye.
PhB en retraite depuis et, investi dans d’autres activités: dans le domaine bénévole et associatif.

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Astérix 18 septembre 2022 - 7:43

En accord avec LAURENT46 et ALMAVIVA. Je pense depuis longtemps que nous sommes en ex URSS !
Mais il faut demander aux français de réfléchir, et alors la nous ne sommes pas sortis de l’auberge !

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PhB 18 septembre 2022 - 7:01

Mon commentaire non diffusé de hier 17 septembre 2022
Bonjour
C’est exactement ça!
Entré en 1981 et 38 ans passés dans la même entreprise.
Les premières années, on se sentait réellement acteur de la vie de celle-ci.
C’était un peu notre seconde famille.
Parti, en retraite en juillet 2019, j’ai pu faire un super pot de départ en invitant à la Cafétéria (avec service d’un traiteur) 140 collaborateurs avec qui j’étais ou ai été en très bonne relation,
même le PDG qui m’avait embauché et mon premier supérieur hiérarchique, sans oublier les « petites mains » dans les ateliers.
J’ai eu ainsi de très beaux témoignages, du président actuel, d’autres responsables passés et de certaines petits mains également.
Un moment très fort avec quelques photos souvenirs.
Par contre je n’ai pas invité le Grand Staff allemand (qui, heureusement était en congés: le jour de la Fête Dieu).
Il n’ y a pas un mot non plus pour l’équipe au USA qui tire les ficelles
La belle ambiance des débuts, qui a complètement disparue avec la « mise en Bourse » début des années 2000, est revenue pour quelques heures, un jeudi après-midi.
Eh! OUI!, faudrait peut-être revenir aux anciens concepts de travail, nous éloignant de ce côté mercenaire qui fait qu’aujourd’hui, le salarié se préoccupe principalement du chiffre en bas à droite
de sa feuille de paye.
PhB en retraite depuis et, investi dans d’autres activités: dans le domaine bénévole et associatif.

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