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« Le parti d’Edgar Winger », de Patrice Jean

par Brigitte Clavel

Que cherche à révéler Patrice Jean à travers ce roman dédié à un dénommé Edgar Winger, théoricien révolutionnaire disparu depuis vingt ans, mais recherché ardemment par ses fidèles disciples ? Celui-ci ayant été entrevu un jour au grand café de Lecce de Nice, Romain Bisset, nouvel adhérent à ce parti auquel il a apporté sa part d’héritage, est chargé de le retrouver. Fils d’un riche industriel, aussi naïf que généreux, en rupture avec sa famille, Romain adhère à ce rêve d’une société sans classes. Mais ses aventures niçoises, plutôt décevantes, lui font vite réaliser à quel point le fanatisme de ses amis idéologues est peu charitable. Et c’est là qu’apparaissent les grandes questions sociétales : la violence des dominés est-elle ou non justifiée ? La mythification de la femme empêche-t-elle l’avancée de l’égalitarisme ? L’autoritarisme du parti doit-il prévaloir sur toute histoire sentimentale ? Romain a le sentiment de s’éloigner peu à peu du doctrinaire recherché.

Mais, quand la providence le met sur son chemin, c’est un inconnu qu’il découvre. Dorénavant replié au fin fond de l’Allier, Edgar Winger qui a renoncé à tout jamais à ses combats égalitaristes, prêche l’individualisme qu’il a tant combattu, prône la beauté de la nature et de la poésie. Mais pourquoi un tel changement ? Ses explications suffiront-elles à convaincre Romain qu’il n’est pas un renégat ?  Et Romain sera-t-il capable de faire triompher l’individualisme sur le collectivisme dont il était le héraut ? Le rythme du livre, tout en lenteur et répétitions d’expériences à la fois malheureuses et burlesques, révèle à quel point est utopique la société idéale comme l’amour parfait ou un monde sans frontières. Car le mal ne vient pas de la société, il est en nous, et vouloir l’éradiquer par une violence collectiviste, c’est nier la vérité de l’essence humaine, c’est réduire arbitrairement à néant la partie sacrée de l’Homme. Beau message de Patrice Jean qui veut que « la vérité des êtres » n’échappe pas à ses lecteurs, au prix peut-être de passer pour un libertaire…

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